L’Amérique: face à la «globalisation»
Le Saint-Siège plaide pour la subsidiarité et la solidarité
Lima, 6 juin 1997 (APIC) Face à l’uniformisation que risque d’entraîner ce qu’il est convenu d’appeler le «processus de globalisation», il est essentiel de préserver le patrimoine culturel et social qui caractérise le continent américain. Cela suppose que le principe de subsidiarité soit appliqué au plan international et que les initiatives d’intégration économique bénéficient à tous, et spécialement les plus pauvres, a souligné Mgr José Antonio Almandoz Garmendia, chef de la délégation du Saint-Siège à la 27e assemblée ordinaire de l’Organisation des Etats Américains (OEA), qui s’est tenue du 1er au 5 juin à Lima.
Mgr Almendoz Garmendia, qui travaille à la nonciature à Lima, a rappelé que le patrimoine culturel et social américain est fondé sur «un héritage chrétien commun». Mais, a-t-il ajouté, cet «apport occidental» s’est appuyé sur les civilisations indigènes et, très tôt, sur la présence africaine et celle, plus récente, asiatique et moyen-orientale. Cela a produit un «substrat culturel unique», à la fois commun et divers, selon que l’on mette davantage l’accent sur «les valeurs des droits personnels, de la démocratie et de la légalité», ou sur «les valeurs de la famille, les liens sociaux non formels (amitié, parenté, voisinage, communautés de base) et de la solidarité».
La crainte du porte-parole du Saint-Siège est que ce processus de globalisation, qui est surtout le fruit de la révolution technologique des communications, «n’en vienne, sans le vouloir, par sa vocation uniformisante, à mettre en péril l’identité culturelle des pays». Ce sera le cas si elle devait répondre à la seule «logique économique», où l’homme est vu comme un élément de production et de consommation: une «globalisation incontrôlée» ne peut qu’être qu’»un instrument d’exclusion et d’oppression». Le profit ne peut être la valeur suprême !
Le prélat a ici plaidé pour «une application internationale du principe de subsidiarité», afin d’»harmoniser l’irréversible processus d’intégration économique mondiale avec la défense des valeurs essentielles». Soulignant le rôle de la doctrine sociale de l’Eglise, née au moment de la révolution industrielle, il a indiqué que l’économie ne peut ériger ses propres règles juridiques et éthiques. Une «législation universelle» doit l’accompagner, qui est de la responsabilité des organisations mondiales et régionales.
Mgr Almendoz Garmendia a souligné le rôle décisif que peuvent jouer l’OEA et ses agences face aux nouveaux défis mondiaux pour favoriser une «intégration américaine conforme au souci des pères fondateurs des nations américaines». Et d’inviter l’organisation à «réaffirmer sa mission centrale, tant dans sa tâche de donner aux grands concepts de liberté, de développement et de droits de l’homme un contenu concret et conforme aux réalités américaines, comme dans l’engagement à défendre et à promouvoir le patrimoine culturel américain à travers l’action du Conseil Interaméricain pour l’Education, la Science et la Culture et des autres organismes spécialisés. Une action guidée par des objectifs généreux, à la fois réalistes et concrets, évitera, a-t-il ajouté, que l’invocation répétée des grands principes ne finisse par les vider de leur contenu pour en faire le véhicule de la prééminence du profit comme valeur pratique suprême».
Tous doivent bénéficier de l’intégration
Le représentant du Saint-Siège a conclu: «Le service de la dignité et de la vocation à la réalisation humaine intégrale est le pilier d’un authentique développement économique et la condition d’une fructueuse intégration continentale, qui prendra le meilleur de la globalisation en sachant se prémunir des éléments uniformisants préjudiciables. Il ne s’agit pas d’intégrer seulement ceux qui détiennent le pouvoir pour influer sur le processus économique, il faut aussi faire en sorte que les avantages de l’intégration soient au bénéfice de tous, et aussi que leurs valeurs culturelles et sociales soient préservées. Tous les habitants du continent doivent devenir les acteurs et bénéficiaires de l’intégration régionale et continentale. Les efforts d’unification économique et de coordination politique doivent répondre à l’urgence d’améliorer effectivement la condition de tous, spécialement des plus pauvres et des déshérités, en préservant en même temps leur identité et leur patrimoine culturel et religieux.» (apic/cip/bol/mp)




