Suisse: A un mois des élections les politiciens affirment leurs convictions chrétiennes

L’amour du prochain est-il une valeur politique ?

Fribourg, 29 septembre 2011 (Apic) Avec la croix sur son drapeau et sa Constitution rédigée sous l’invocation du Dieu tout puissant, la Suisse se réfère explicitement à ses racines chrétiennes. Simple héritage historique plus ou moins lourd à porter ou cadre de référence nécessaire dans une société mondialisée, la question est posée. Foi et engagement politique font-ils bon ménage chez les candidat-e-s au parlement fédéral ? En allant à la rencontre de huit femmes et hommes politiques romands, l’Apic a voulu en savoir plus.

«La foi peut éclairer la raison de l’homme politique et lui servir de guide, comme le suggère le pape Benoît XVI dans son encyclique «Deus caritas est», relève le Conseiller national libéral vaudois sortant Claude Ruey. Si la réalisation du bien commun ne peut être imposée par l’Eglise ou par quelque religion que ce soit, l’Eglise et les chrétiens n’ont pas à se désintéresser du sort de ce monde. Ratzinger souligne aussi que la mission de l’Etat est de préserver l’ordre dans la cohabitation entre les hommes, de créer un équilibre de liberté et de valeurs permettant à chacun de mener une vie digne.»

«Avant tout, nous sommes des êtres humains à la recherche du sens de la vie. Etre chrétien est une des réponses à cette quête», renchérit la chrétienne-sociale fribourgeoise Marie-Thérèse Weber-Gobet. «Le christianisme fait appel à la responsabilité de chacun en vue du bien commun. C’est redire que les chrétiens ont la vocation à s’engager en politique. Tous les partis politiques devraient donner une énorme place aux valeurs de l’éthique chrétienne-sociale, qui dépassent de fait les frontières des confessions et les religions. Les décisions politiques seraient plus équilibrées et mieux adaptées au bien-être de tous», estime-t-elle.

La base c’est la Bible

José Lorente, président de l’Union démocratique fédérale (UDF) Fribourg et candidat au Conseil national va plus loin : «La base de notre programme c’est la Bible. Je n’envie pas les autres partis car ils doivent toujours trouver des stratégies pour mieux se vendre. Chez nous ça ne change jamais parce que la Parole de Dieu est immuable «

Du côté du parti Evangélique (PEV), la référence est explicite comme le relève Marianne Streiff, vice-présidente PEV et conseillère nationale bernoise : «Jésus était d’après moi une figure hautement politique. Il n’a jamais gardé son avis devers soi, il a pointé les injustices, s’est engagé pour les faibles. Il a vraiment vécu l’amour du prochain mais il pouvait également être très dur, par exemple en chassant les vendeurs du temple. La politique c’est rechercher le bien d’un Etat, Jésus a recherché le bien de l’humanité.»

D’amour du prochain, il en est aussi question chez Luc Recordon, conseiller aux Etats écologiste vaudois : «La foi me soutient dans mes convictions. Elle m’aide notamment à rester fidèle à des principes de paix et d’amour du prochain. Dans mes fonctions, je dois en permanence lutter pour des valeurs. Et la foi est un guide très puissant lorsqu’il faut opérer des choix. Elle m’aide à m’engager en vue de maintenir un lien social fort entre les différents groupes de personnes, à me montrer solidaire vis-à-vis des autres peuples, des membres des autres religions et – ce qui n’est pas moindre – de mes adversaires politiques».

Nous avons été trop loin dans l’individualisme

Anne Seydoux-Christe, conseillère aux Etats PDC du Jura enchaîne sur les valeurs: «La foi imprègne mon engagement pour la famille et pour les autres. Pour moi, ce sont les valeurs fondamentales : respect, tolérance, solidarité, attention au prochain. Je crois que nous ne pouvons pas laisser des personnes au bord du chemin.

La religion ne sert guère à l’heure actuelle de cadre de référence. Nous avons été très loin dans l’individualisme et le libéralisme. On commence à en voir les limites. A mon avis, la solution à ces crises passe par un retour à des bases plus solides. Il s’agit de définir et de mettre en place un cadre pour protéger les personnes. Une prise de conscience existe, mais il faut davantage penser aux intérêts de l’ensemble et pas seulement à ceux des groupes particuliers.

Face à certaines dérives populistes, la Jurassienne insiste : «Je pense qu’il faut abandonner les mythes sur le «peuple» qui a toujours raison et la démocratie «directe», dont on abuse, auxquels certains veulent encore faire croire, mais qui ne correspondent pas à la réalité de la Suisse actuelle. Pour moi, le ’C’ de PDC n’est pas seulement une façade, mais un engagement profond et une volonté de défendre ces valeurs.»

Les chrétiens en politique ne sont pas les armées du Vatican

Catholique fribourgeois, ancien élève de feu Mgr Bernard Genoud, Christian Levrat ne renie pas ses racines, mais plaide pour une certaine distance: «Les chrétiens en politique ne sont pas les armées du Vatican. Il est pour moi logique et normal qu’ils s’engagent, qu’ils développent des idées différentes. Mais je crois qu’il faut rester assez prudent avec ces étiquettes. Etre chrétien est un socle de valeurs, qui peuvent être interprétées très différemment. Chacun vit sa foi et comprend sa religion comme il l’entend. C’est pour cette raison que je pense qu’être chrétien en politique ne veut pas dire grand-chose, estime le président du Parti socialiste suisse et conseiller national fribourgeois. Je m’efforce de construire ma propre réflexion et je crois qu’il vaut mieux garder sa foi comme quelque chose de privé. Même si pour moi il y a une convergence évidente entre le message de l’Evangile et les grandes lignes politiques du PSS, je suis plutôt attentif à une séparation assez stricte entre l’Eglise et l’Etat, qui me paraît justifiée, quand bien même je suis catholique.»

Pour Dominique Baettig, conseiller national UDC jurassien, catholique sorti de son Eglise, la foi «représente surtout la tradition, le lien avec la société dans laquelle je vis. Mon engagement est enraciné dans l’histoire de ce pays, de cet Etat. Et je place les valeurs spirituelles avant les valeurs économiques. Un grand reproche que l’on fait au politicien fidèle à ses valeurs est de défendre ses propres intérêts. Or, si «Aime ton prochain» est un principe tiré de l’Evangile, il ne faut pas oublier le «comme toi-même» qui le suit immédiatement. Il s’agit là d’une obligation spirituelle: Il faut s’aimer soi-même (et non renoncer à soi comme l’Eglise l’a souvent prôné) pour pouvoir partager l’amour avec le prochain». (apic/mp)

La série complète «politiciens chrétiens»

Le président du PSS nourrit des craintes quant au successeur de Mgr Genoud

Le nouvel évêque devra représenter une Eglise qui «ose entrer dans le débat»

24 août 2011

Marie-Thérèse Weber-Gobet, Conseillère nationale Parti chrétien-social

«La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres»

26 août 2011

Nyon: Les convictions du conseiller national vaudois Claude Ruey

«Libéral parce que social»

29 août 2011

Lausanne: La foi de Luc Recordon l’aide dans ses rapports avec les autres religions

«Le Créateur m’a accordé tout ce que j’aurais pu souhaiter pour ma vie»

30 août 2011

Dominique Baettig déplore que l’immigration s’impose comme un droit absolu

«Dire parfois ’non’ est en adéquation avec la foi chrétienne»

7 septembre 2011

Pour Anne Seydoux-Christe le ’C’ de PDC ne doit pas être qu’une façade

«Nous avons été trop loin dans l’individualisme et le libéralisme»

8 septembre 2011

Entretien à «Bible ouverte» avec José Lorente, président de l’UDF Fribourg

«J’aime confirmer mes décisions avec la parole de Dieu»

12 septembre 2011

Entretien à «cœur ouvert» avec Marianne Streiff, vice-président du PEV

«L’amour du prochain est essentiel en politique»

15 septembre 2011

29 septembre 2011 | 10:45
par webmaster@kath.ch
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