L'ancien directeur général du CICR soutient ce «pont entre l'Orient et l'Occident»

Fribourg: Paul Grossrieder réélu président de l’Association des Amis de l’Hôpital de la Paix

Fribourg, 17 mai 2014 (Apic) Paul Grossrieder, ancien directeur général du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a été réélu samedi 17 mai 2014 à la présidence de l’Association suisse des Amis de l’Hôpital de la Paix, situé dans le quartier de Sisli, à Istanbul. C’est sous les applaudissements de la trentaine de membres présents à la Maison provinciale des Filles de la Charité, à Fribourg, que le Charmeysan a accepté un nouveau mandat à la tête de cette association fondée en 1999 et qui se veut en quelque sorte «un pont entre l’Orient et l’Occident».

L’année précédente, cet hôpital fondé par les Soeurs de Saint Vincent-de-Paul en 1858 dans le sillage de la guerre de Crimée (1854), avait été confiée à la Province suisse des Filles de la Charité. Alors qu’en Turquie, comme presque partout ailleurs, les hôpitaux deviennent de plus en plus un «business», l’Hôpital de la Paix reste une oasis de paix, dans cette bruissante et bruyante métropole turque à cheval sur les continents européen et asiatique.

Une oasis de paix, dans cette bruissante et bruyante métropole turque

Même s’il est toujours davantage «turquisé» – l’administration est confiée depuis juin 2012 à un directeur turc, Cafer Selçuk, qui donne entière satisfaction -, l’Hôpital conserve son esprit de charité et continue d’héberger nombre de patients pauvres ou de conditions modestes. Et ceci grâce à la présence en son sein de la petite communauté des Filles de la Charité. Ces six religieuses, issues de cinq nationalités différentes, sont les garantes de l’esprit de service qui caractérise l’établissement. Elles sont très présentes auprès des malades – que ce soit au niveau de l’animation, de l’accueil, de la pharmacie ou de l’administration.

Certes, la vie à Istanbul n’est pas un long fleuve tranquille, comme l’a montré le médecin genevois Rémi Russbach, membre du conseil d’administration de l’Hôpital. Docteur en médecine spécialisé en pédiatrie, ancien médecin-chef du CICR, Rémi Russbach visite l’établissement depuis 12 ans. Il déplore que le Ministère de la santé «invente toutes sortes de choses pour nous mettre les bâtons dans les roues…»

La bureaucratie étouffante de l’Etat turc

Malgré les difficultés rencontrées, notamment la bureaucratie étouffante de l’Etat turc et ses directives extrêmement rigides et pas toujours cohérentes, l’Hôpital évolue dans la bonne direction, devenant «de plus en plus turc et de moins en moins suisse». Cette évolution, voulue par les sœurs, vise à le rendre, petit à petit, davantage autonome et moins dépendant des aides extérieures. «Les sœurs sont cependant encore régulièrement sollicitées pour boucher les trous dans le domaine financier». Le médecin genevois constate qu’il y a encore des améliorations à apporter, notamment dans le domaine de la psycho-gériatrie.

Lors de sa dernière visite sur place, il en a discuté avec le nouveau psychiatre de l’établissement, un médecin qui a travaillé à Bâle, et avec la responsable des soins. Rémi Russbach constate cependant que les 150 lits ne sont désormais plus tous occupés, cela étant dû notamment à la concurrence des hôpitaux publics devenus plus performants et meilleur marché. «Mais ces établissements n’acceptent pas les gens pauvres, comme nous le faisons! La présence de la communauté, qui reste très discrète et en retrait, est très précieuse auprès des malades. De plus, il est positif de disposer, avec les Filles de la Charité, d’une référence extérieure, qui offre une sécurité pour le personnel et les malades».

Le docteur Russbach est optimiste quant à l’amélioration de la qualité des soins et salue l’état d’esprit qui règne à l’Hôpital de la Paix, «qui est pour les patients un havre de sérénité, grâce à la présence des sœurs!».

Au chapitre des comptes, présentés par la caissière Claire-Lise Demierre, l’Association – forte d’une centaine de membres individuels et d’une dizaine de membres collectifs – dispose d’un capital d’environ 24’000 francs. Elle a récolté l’an dernier des dons pour quelque 10’000 francs et des cotisations pour 3’500 francs. Si l’Association n’offre pas de contribution financière au budget de fonctionnement de l’Hôpital de la Paix, elle soutient des projets spécifiques.

L’an dernier, elle a ainsi mis à disposition CHF 4’000 pour le matériel et l’équipement de projets d’ateliers dans le domaine de la céramique, des arts manuels et de la peinture. L’Association finance également un appareil de podologie avec tout son équipement, les soins de pédicure étant d’une importance primordiale, notamment pour les pensionnaires alités. Interpellé par l’assistance sur l’importance du capital disponible, le comité de l’Association va étudier les possibilités d’investir davantage pour les projets qui lui sont soumis.

Encadré

Turquie: Progression de l’islamisation de la société

Présente à Fribourg avec deux de ses consoeurs qui l’accompagnent, Sœur Catherine est responsable de la communauté des sœurs d’Istanbul depuis novembre 2012. Venue des montagnes du Jura français, la religieuse de 80 ans découvre une métropole turque bigarrée et vibrante. Depuis son arrivée dans le quartier de Sisli, elle ressent autour d’elle une nette progression de l’islamisation de la société: «Je vois de plus en plus dans la rue de femmes complètement voilées, de véritables ‘fantômes noirs’ dont on voit à peine les yeux… Quelle image d’elles ces mères montrent-elles à l’enfant qu’elles tiennent dans leurs bras ?»

Lors des grandes manifestations de mai-juin dernier contre la destruction du Parc Gezi, à côté de la Place Taksim, elle a été le témoin de la brutalité exercée contre les protestataires. Nombre d’entre eux étaient brûlés au visage ou dans le dos par les substances contenues dans l’eau dont ils étaient arrosés. «Nous avions reçu l’ordre des autorités de ne pas soigner les blessés, mais nous l’avons tout de même fait, c’est notre devoir et notre mission d’aider les gens qui souffrent», confie-t-elle à l’Apic. (apic/be)

17 mai 2014 | 17:15
par webmaster@kath.ch
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