Pérou: L’archevêque de Lima consolide son pouvoir et fait le vide autour de lui
(*) L’APIC reviendra dans son édition de lundi sur la conférence du Professeur Jean Bernard.
Mgr Cipriani trop proche du gouvernement
Lima, 11 septembre 2000 (APIC) Les préoccupations suscitées après la nomination de Mgr Juan Luis Cipriani, leader de l’Opus Dei, comme archevêque de Lima, en janvier 1999 semblent aujourd’hui se confirmer. Nombre de catholiques et beaucoup d’évangéliques s’inquiètent des méthodes de l’archevêque, politiquement proche du pouvoir de Fujimori.
Ses prises de positions, s’indigne-t-on, sont souvent plus en rapport avec la politique qu’avec les préoccupations de l’Eglise péruvienne. Le leader de l’Opus Dei au Pérou est également la cible des journaux de l’opposition. Mgr Cipriani passe pour avoir placé des micros dans la résidence de l’ambassadeur japonais au Pérou, et permis à l’armée de massacrer les membres du MRTA qui retenaient alors plusieurs dizaines d’otages.
Une lettre de Mgr Cipriani au provincial des Pères comboniens au Pérou, Conrado Franco, publiée par la revue «Ideele», révèle les menaces par lesquelles l’archevêque a obtenu que le directeur de la revue «Mision Sin Fronteras», le Père Jorge Garcia Castillo, soit écarté de son poste. «Ideele» note que «Mgr Cipriani est sans doute l’évêque péruvien qui exprime le plus clairement ses points de vue sur des thèmes de politique nationale». La revue n’y trouve rien à redire – «l’Eglise ne peut être étrangère aux problèmes qui concernent ses fidèles» -; ce qu’elle conteste, c’est sa manière de voir les choses.
C’est que Mgr Cipriani fait pression et sanctionne tous ceux qui, dans l’Eglise, ne pensent pas comme lui. Il a mis en cause un article de «Mision Sin Fronteras» sur les troubles contre Fujimori qui se sont produits dans la ville d’Iquitos, en Amazonie, à la veille des élections présidentielles. Il a critiqué d’autres articles qui, à ses yeux, «ne reflètent pas l’esprit qui convient à une revue religieuse «missionnaire» et dont le contenu, dit-il, doit porter, précisément, sur la mission. «Je regrette profondément d’avoir à vous communiquer que c’est la dernière remarque que je fais sur la nécessité de garder une fidélité ininterrompue au contenu de la foi et des enseignements de l’Eglise dans la revue ’Mision Sin Fronteras’», écrit Mgr Cipriani au Père Franco, provincial des Comboniens.
Ne pas déplaire au gouvernement
Et d’avertir: «Faute d’un changement clair et immédiat, je me verrai dans l’obligation d’informer du cas les autorités supérieures». En effet, le Père Garcia a quitté la direction de la revue il y a trois mois. Le cas de «Mision Sin Fronteras» et du Père Garcia n’est pas isolé. Mgr Cipriani qui, à différentes occasions, s’est prononcé publiquement contre l’avis de la Conférence épiscopale péruvienne concernant les abus du gouvernement, est décidé à montrer «qui commande» dans l’Eglise catholique de Lima.
La revue «Ideele» a signalé récemment que le Père Eduardo Arens avait quitté la paroisse de Santa Maria Reina à Lima, «parce qu’il commentait avec humour et subtilité l’actualité nationale, ce qui a déplu à des fonctionnaires du gouvernement». La même revue signale en outre que trois prêtres ont été éloignés de l’Université catholique. Motif: trop indépendants et hostiles au gouvernement. (apic/cip/pr)



