Honduras: Les secteurs de l’Eglise divisés face au coup d’Etat

L’armée a tiré sur la foule des sympathisants du président Zelaya

Tegucigalpa, 6 juillet 2009 (Apic) Le coup d’Etat militaire qui a renversé le 28 juin dernier le président légitime du Honduras Manuel Zelaya, appuyé par les secteurs patronaux, la grande presse hondurienne et les forces conservatrices du pays, divise l’Eglise catholique hondurienne. En raison de son attitude face au coup de force des militaires commandité par les milieux conservateurs, l’institution a perdu beaucoup de sa crédibilité.

L’armée hondurienne a tiré dimanche sur la foule des sympathisants attendant le président à l’aéroport de Tegucigalpa, faisant au moins deux morts, selon Radio Globo, un émetteur indépendant qui n’est plus atteignable pour l’heure sur internet. Il a été interrompu à plusieurs reprises par des soldats armés en faction devant le siège de la radio. Les médias critiques ont été censurés, et les grands médias honduriens rapportent essentiellement la version des putschistes.

Selon l’organisation de défense des journalistes «Reporters sans frontières», le gouvernement de facto a suspendu, le 1er juillet, certaines garanties constitutionnelles fondamentales comme la liberté d’association et de réunion, le droit de libre circulation et le droit à un domicile inviolable pendant le couvre-feu, de 10 heures du soir à 5 heures du matin. Par ailleurs, le délai maximum de détention n’est plus limité à 72 heures, mais devient illimité.

«Extrême désinformation des médias nationaux»

Dans son bulletin N° 3, la Caritas du Honduras déplore «l’extrême désinformation des médias nationaux», qui ne distribuent que de l’»information officielle». Le président de facto désigné par une majorité du Congrès hondurien, Roberto Micheletti, affirme que la déposition du président élu démocratiquement n’est pas un coup d’Etat, mais «une succession constitutionnelle».

Dimanche 5 juillet, l’armée hondurienne, en plaçant des véhicules militaires sur la piste de l’aéroport de Toncontin, a empêché le retour au pays du président Zelaya et tiré sur la foule des sympathisants du président déchu. Les autorités honduriennes issues du coup d’Etat – qui ne sont pas reconnues par la communautés des pays démocratiques, l’ONU, l’Organisation des Etats Américains (OEA) – ont étendu le couvre feu, qui est proclamé de 18h30 à 5h du matin jusqu’au mardi 7 juillet.

Prise de position du cardinal Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga

La droite qui a pris le pouvoir rejette toute proposition de revenir en arrière, nie l’existence d’un coup d’Etat, en le présentant comme une mesure «légale» approuvée par la Cour suprême et une très large majorité du parlement.

Samedi 4 juillet, l’archevêque de Tegucigalpa, le cardinal Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga, a demandé au président légitime de ne pas revenir dans son pays. Président de Caritas Internationalis depuis deux ans, le cardinal Rodriguez Maradiaga a demandé aux organismes internationaux de prendre en compte les «faits illégaux» qui se sont passés dans le pays avant le 28 juin dernier, date du coup d’Etat, un coup de force rejetée à l’unanimité par la communauté internationale. «Nous pensons qu’un retour au pays en ce moment pourrait provoquer un bain de sang», a commenté le prélat salésien dans une lettre qu’il a dit signée par les onze évêques de la Conférence épiscopale du Honduras.

Caritas rejette le coup d’Etat contre le gouvernement constitutionnel

Le secrétaire exécutif de Caritas du Honduras, le Père German Calix, a pour sa part assuré que l’Eglise catholique rejetait le coup d’Etat contre le gouvernement constitutionnel de son pays. «L’Eglise considère que le coup d’Etat n’est pas la solution pour la vie en démocratie. Le coup ne résout pas le problème politique qui dure depuis plus d’une décennie dans un épuisement du système de partis au Honduras, où il existe un bipartisme traditionnel depuis le siècle passé, depuis plus ou moins 1920…»

Ces partis ont besoin de se réformer, admet-il, mais les réformes ne peuvent venir par le biais du caudillisme, de la voie autoritaire, «et encore moins par le biais d’un coup d’Etat». La particularité de cet événement, est, à ses yeux, que les membres qui sont supposés être à l’origine de ce coup d’Etat – «où les militaires ne sont que la main visible et fugace» – qu’il s’est produit entre membres du même Parti Libéral.

Depuis plusieurs jours, le Front de résistance populaire a lancé un mot d’ordre de grève générale jusqu’au rétablissement des institutions démocratiques et au retour au gouvernement des autorités issues des dernières élections. Le Front regroupe les trois centrales syndicales, les organisations paysannes, de jeunesse, d’étudiants, des droits de l’homme et autres organisations sociales.

L’archevêque vénézuelien Baltazar Porras Cardozo soutient le pustch

Mgr Baltazar Porras Cardozo, archevêque de Merida, au Venezuela, a qualifié d’»hypocrites» les organisations internationales qui considèrent comme «illégitime» le nouveau président issu du coup d’Etat contre le président élu du Honduras. Le vice-président de la Conférence épiscopale du Venezuela a appelé les Nations Unies et l’Organisation des Etats Américains «un club de leaders qui défendent leurs propres intérêts, ignorant ceux qui ont un plus grand pluralisme et représentent tous les secteurs de la population».

Cité par l’agence de presse catholique américaine, Mgr Porras a déclaré que la corruption, le narcotrafic et le désir du président déchu Manuel Zelaya de changer la Constitution (dans un processus démocratique de consultation populaire, ndr), pour rester au pouvoir «l’ont ostracisé de son propre peuple».

Sans directement faire allusion au président de son pays, Hugo Chavez, l’archevêque de Mérida a déclaré que ces coups d’Etat «étaient provoqués par des présidents qui veulent se perpétuer eux-mêmes au pouvoir et utilisent le pouvoir de manière non raisonnable». (apic/cns/rsf/com/be)

6 juillet 2009 | 12:52
par webmaster@kath.ch
Partagez!