El Salvador : Vives polémiques après une décision du maire de San Salvador

L’assassin de Mgr Romero aura-t-il une rue à son nom ?

San Salvador, 1er décembre 2015 (APIC) Le maire de San Salvador a provoqué une immense indignation après avoir annoncé son intention de baptiser une rue historique de la capitale salvadorienne du nom de Roberto d’Aubuisson, soupçonné d’avoir organisé les escadrons de la mort durant la guerre civile (1980-1992). Escadrons justement impliqués dans l’assassinat de l’ancien archevêque de San Salvador, Mgr Oscar Romero.

Le maire, Norman Quijano, a indiqué que sa décision ne devait pas être interprétée comme un mépris à l’égard de Mgr Romero dont la béatification est attendue pour l’année prochaine, mais plutôt comme un hommage au président de la Constituante qui a rédigé la Constitution du Salvador. Un homme, toujours selon le maire, par ailleurs fondateur du parti ARENA, qui a gouverné le pays après la guerre.

L’annonce a été particulièrement mal accueillie au sein de la société civile salvadorienne. A l’image de David Morales, le procureur des Droits humains. Ce dernier a immédiatement annoncé son intention de déposer un recours légal contre ce projet qui « fragilise le droit à la vérité et parce qu’il va à l’encontre des recommandations de la Commission Interaméricaine des droits de l’homme en ce qui concerne le cas de Mgr Romero.» Le procureur a également informé qu’il avait reçu de nombreux courriers de réclamation et de condamnation à propos de cette décision.

Moment très mal choisi

Le moment choisi par Norman Quijano -quelques jours à peine après que les salvadoriens aient célébré le sombre 25ème anniversaire de l’assassinat de six jésuites au sein de l’Université Catholique de El Salvador et quelques mois avant l’anniversaire du 35ème anniversaire de l’assassinat de Mgr Oscar Romero- a attiré l’attention et les objections des militants qui insistent sur le fait qu’il n’est pas «approprié» de baptiser une rue du nom d’un criminel de guerre.

L’argument développé par le maire de San Salvador pour justifier son choix est que Roberto D’Aubuisson n’a jamais été condamné pour les crimes qui lui sont attribués, rejetant l’argument de nombreux militants pour la défense des droits humains, qui soulignent que Roberto d’Aubuisson et ses alliés ont tout fait pour faire obstruction aux efforts déployés pour enquêter sur les atrocités et mener les responsables devant la justice.

Cours de la justice entravé

L’argument du maire de San Salvador est d’autant plus inacceptable pour les défenseurs des droits humains que Roberto D’Aubuisson a été un officier de la tristement célèbre Garde Nationale, une sorte de Police Militaire interne, et fondateur du service de renseignent interne. Il a surtout été à la tête de l’Agence Nationale de Sécurité Salvadorienne (ANSESAL). A la fin des années 1970 et au début des années 1980, d’Aubuisson aurait également été lié au financement et à l’organisation des escadrons de la mort, une organisation paramilitaire.

En 1993, une Commission de la Vérité de l’ONU a conclu que «alors le conflit social s’étendait à El Salvador (…), Roberto d’Aubuisson s’est arrangé pour se retrouver dans une position privilégiée afin de pouvoir mettre en synergie un secteur très agressif de la société salvadorienne avec le réseau de renseignement interne et les opérations des forces de sécurités ». La Commission a d’ailleurs conclu que d’Aubuisson a activement cherché à éliminer l’opposition au régime à travers «un usage illégal de la force.»

Formellement désigné par l’ONU comme l’assassin de Mgr Romero

Avant même que la Commission prenne cette décision, Roberto d’Aubuisson s’était vu refuser un visa d’entrée aux Etats-Unis par l’Administration Reagan sous le motif que ce dernier était soupçonné d’avoir procédé à de nombreuses exécutions extrajudiciaires pour des motifs politiques.

La Commission de Vérité de l’ONU a également conclu que « l’ordre d’assassiner l’archevêque Mgr Oscar Romero était parti de l’ex major Roberto d’Auduisson et qu’il avait donné des instructions précises aux membres de son groupe de sécurité, agissant comme « escadron de la mort » pour organiser et superviser l’assassinat », de Mgr Romero. L’implication de d’Aubuisson dans cet assassinat a ensuite été confirmé par la Commission des Droits de l’Hommes de l’Organisation des Etats d’Américains (OEA), une sentence civile d’un tribunal des États-Unis, ainsi que par de nombreuses enquêtes journalistiques et académiques.

Pour l’instant aucune réaction n’a filtré de la part de la Conférence des Évêques de El Salvador.(apic/jcg/mp)

1 décembre 2014 | 17:15
par webmaster@kath.ch
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