L’objectif de cette assemblée est ambitieux: préciser le rôle de l’Eglise dans la société actuelle. Les délégués ont entendu, durant la matinée, les synthèses cantonales des groupes de dialogue qui se sont réunis depuis novembre dernier. Le constat est pessimiste: peur de l’avenir, primauté de l’économie sur toutes les autres valeurs, exclusion des plus faibles, chômage et paupérisation grandissante qui engendrent xénophobie, repli individualiste. Sur une telle trame, difficile de parler de solidarité, de partage.
L’Assemblée diocésaine AD 2000 s’est ouverte dimanche 17 mai à Fribourg. La centaine de délégués venus des quatre cantons du diocèse disposaient, comme base de travail, des rapports de plus de 500 groupes de dialogue. Constat unanime: il y a malaise face
L’Eglise, constate une déléguée neuchâteloise, se frigorifie. Beaucoup de rapports notent qu’elle n’intéresse plus les jeunes, se bloque sur son légalisme, cultive des liens ambigus avec les puissants, avec l’Etat. «Mais si nous sommes très critiques vis-à-vis de l’Eglise, c’est que nous l’aimons», relève Mme Christe, déléguée vaudoise, qui a accompagné d’une série de dessins humoristiques la synthèse des rapports de son canton.
L’Eglise au crible de la critique
Tout ce qui fait la vie de l’Eglise a été passé au crible de la critique par les groupes de dialogue: liturgie sans vie (»Je m’ennuie pendant la messe, écrit une petite fille, sauf pendant la quête et la communion»), jeunes qui se sentent exclus, langage hors du temps, place des femmes, des prêtres débordés, une hiérarchie qui a peur de perdre son pouvoir…
Mais les groupes, selon ces rapports cantonaux, suggèrent des pistes: pour relever les défis actuels, il faudra inventer de nouveaux chemins de solidarité. L’Eglise peut paraître en perte de vitesse dans la société, mais cette marginalité est aussi une chance: les Fribourgeois souhaitent une Eglise plus pauvre, engagée concrètement aux côtés des moins favorisés, rejoignant les exclus. Des communautés plus petites, de base, pourront aussi être plus proches de la vie des gens et représenter de réels signes d’espérance dans un monde qui en recherche désespérément partout.
La faute aux médias
Face à cette matière, les délégués ont choisi un ordre de priorité pour les discussions futures dans les groupes de dialogue et en assemblée plénière, en novembre prochain. Des groupes que Mgr Amédée Grab, évêque du diocèse, espère toujours plus nombreux. Le constat assez pessimiste qui ressort des débats du matin est dû aux médias, qui donnent une image négative de l’Eglise, estiment certains délégués. Il faut savoir communiquer, oser transmettre ce qui est vécu en utilisant les recettes du marketing, insiste un diacre vaudois.
Mais certains délégués trouvent que l’Eglise doit répondre autrement à la soif de spiritualité qui est patente aujourd’hui. Elle doit se rendre crédible par son engagement, pas seulement par ses paroles: «Que reste-t-il du Concile, du Synode?, s’est demandé un groupe de travail. Les mêmes questions demeurent. N’ayons pas peur d’inventer pour permettre aux gens de se rencontrer, de dialoguer».
Conduits par Jacques Ducarroz, qui a aussi présidé dans la même salle les débats de l’Assemblée ecclésiastique du canton de Fribourg, les participants ont entériné la proposition faite par l’équipe d’animation de garder comme thème des prochaines discussions «une Eglise plus heureuse, conviviale et accueillante». Certains jugeant cette démarche nombriliste, auraient souhaité d’abord analyser la réalité de la société actuelle et ensuite seulement y réfléchir à la place des communautés chrétiennes. Le pasteur Perrin, apportant le salut des autres Eglises chrétiennes, s’est dit heureux de «faire route ensemble pour rendre espérance à un monde qui désespère de tout, surtout de Dieu».
Les délégués ont terminé cette première journée à la cathédrale Saint-Nicolas. Quelle que soit la succession des thèmes choisis pour AD 2000, a rappelé Mgr Grab, les chrétiens ont pour guide l’Evangile, tout l’Evangile. Rien de moins. (apic/ys/ab)



