Brésil: Un syndicat agricole demande l'aide de l'Eglise pour combattre les cultures transgéniques
L’Eglise brésilienne «sensible» aux questions agraires
Brasilia, 14 août 2014 (Apic) Via Campesina, le plus grand syndicat agricole du monde, a remis, le 13 août 2014, à Mgr Leonardo Ulrich Steiner, secrétaire général de la Conférence des évêques du Brésil (CNBB), un document demandant à la CNBB de prendre publiquement position contre les cultures transgéniques.
Outre les responsables de Via Campesina, qui représente 164 organisations dans 79 pays et plus de 200 millions de travailleurs ruraux, la délégation reçue au siège de la CNBB, à Brasilia, était composée de Joao Pedro Stedile, porte-parole du Mouvement des paysans sans terre (MST), et d’une demi-douzaine de scientifiques latino-américains combattant les cultures transgéniques depuis de longues années.
En quelques phrases, le document remis à l’évêque auxiliaire de Brasilia – le même que celui qui été présenté au pape François en avril dernier – explique l’impact de ces cultures sur les populations rurales et urbaines, les risques en termes de perte de souveraineté alimentaire, ainsi que les effets négatifs sur l’économie et l’environnement.
Pollution et exode rural
Le rapport indique également que les peuples des pays du Sud sont les plus affectés par les conséquences de ce type d’agriculture. En lui remettant leur rapport, les scientifiques ont rappelé à Mgr Steiner que de très nombreuses études réalisées dans divers pays de la planète ont démontré que non seulement les semences transgéniques avaient une productivité moindre que les semences classiques, mais qu’elles nécessitaient, de surcroît, une quantité beaucoup plus importante de produits chimiques. Outre les conséquences environnementales, l’impact est aussi social, puisque ces cultures et monocultures, généralement très mécanisées, provoquent un chômage important au sein des populations paysannes et, par conséquence, un exode rural considérable.
«Le thème des transgéniques n’est pas seulement un débat scientifique et technique, rappelle le document. Il possède de fortes ramifications économiques et politiques. De nombreux scientifiques défendant les cultures transgéniques occultent la majorité des problèmes et des incertitudes scientifiques. Sans oublier qu’avec les transgéniques, les grandes entreprises d’agrobusiness prennent progressivement le contrôle absolu du système alimentaire».
L’Eglise brésilienne déjà impliquée
Les scientifiques ont rappelé à Mgr Steiner à quel point le caractère irréversible des transgéniques et la complexité de leurs effets étaient inquiétants. Ils ont demandé au secrétaire général de la CNBB de les aider à convaincre les autorités des pays concernés à investir dans une agriculture sans organismes génétiquement modifiés, basée sur la diversité des cultures et les connaissances des paysans. «C’est le chemin le plus sûr pour combattre la faim et les changements climatiques», conclut le document.
Mgr Steiner a de son côté rappelé que l’Eglise brésilienne a toujours été sensible à la question agraire et au monde rural. En mai dernier, à Aparecida, au sud du Brésil, l’assemblée annuelle de la CNBB avait approuvé un document important sur la question agraire dans le pays. Les évêques y condamnaient entre autres l’usage des semences génétiquement modifiées et le contrôle exercé sur le secteur agricole par quelques groupes multinationaux faisant de l’alimentaire un instrument de rendements maximaux. Le document critiquait également le gouvernement dans son incapacité à limiter l’appropriation, par le secteur privé, des ressources hydriques du pays. (apic(jcg/rz)



