«L’Eglise catholique ne fait pas de prosélytisme», affirme le cardinal Kasper
Paris: L’engagement œcuménique du Vatican est «irréversible», mais il faut être patient
Paris, 11 mai 2010 (Apic) Quelques semaines avant son départ à la retraite, le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a rappelé lors de sa visite à Paris la semaine dernière que «l’engagement œcuménique de l’Eglise catholique est ’irréversible’ même s’il faut ’être patient’ pour aboutir à de nouvelles avancées.» Le théologien allemand de renom était au Centre Sèvres, le 5 mai dernier, pour donner une conférence sur «Penser aujourd’hui la tradition chrétienne». Il était à Paris à l’occasion de la réédition de ses ouvrages.
«Le chemin œcuménique sera plus long que nous l’avions pensé après le Concile Vatican II», a souligné le cardinal Kasper, faisant référence au IIe Concile œcuménique du Vatican (1962-1965), qui avait induit un certain nombre de changements dans l’Eglise catholique, notamment dans ses relations avec les autres Eglises. «Chaque Eglise a son identité et nous devons respecter cela», a ajouté le cardinal, venu donner une série de conférences à Paris à l’occasion de la réédition, aux Editions du Cerf, de plusieurs de ses ouvrages.
Devant la presse et des représentants des différentes Eglises implantées en France, Walter Kasper, dont la pensée s’est inspirée de théologiens célèbres, notamment du jésuite Karl Rahner, expert au Concile Vatican II, et du Père Yves Congar, a tenu à saluer la mémoire du fameux dominicain français qu’il a qualifié de «père de la théologie œcuménique».
Crise de l’anglicanisme: «des illusions à Rome»
Ancien évêque de Rottenburg-Stuttgart, en Allemagne, le cardinal Kasper a été interrogé sur la récente visite de trois évêques anglicans à Rome, venus «étudier» la récente proposition du Vatican de permettre aux anglicans mécontents de conserver certaines de leurs traditions s’ils se tournaient vers l’Eglise catholique. Il a précisé que les évêques anglicans avaient été reçus à la Congrégation pour la doctrine de la foi, ajoutant toutefois que la priorité de Rome demeure le «dialogue œcuménique» et que «l’Eglise catholique ne fait pas de prosélytisme».
Concernant la crise au sein de l’anglicanisme, le cardinal Kasper estime par ailleurs qu’il y a eu «des illusions à Rome» concernant un possible ralliement des opposants à l’ordination des femmes en tant qu’évêques et à la bénédiction des couples homosexuels. «Parmi les opposants, il n’y a pas que des anglo-catholiques mais aussi des évangéliques qui sont, eux, loin du catholicisme», a-t-il expliqué.
Des résistances vis-à-vis de l’œcuménisme au sein de l’Eglise de Grèce
Pour ce qui est des relations avec l’orthodoxie, le responsable catholique a indiqué que les discussions portent désormais sur la primauté de l’évêque de Rome. «Nous avons pris conscience que nous n’avions pas la même interprétation du premier millénaire du christianisme», a souligné le cardinal Kasper.
«Il n’y aura pas, je crois, de texte final» lors de la prochaine réunion, en septembre à Vienne, de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe, a poursuivi le responsable de la curie romaine. Le cardinal Kasper a souligné que les résistances vis-à-vis de l’œcuménisme étaient particulièrement vives au sein l’Eglise orthodoxe de Grèce. Il a également précisé qu’aucune rencontre entre le pape Benoît XVI et le patriarche orthodoxe de Moscou Kirill Ier n’était pas à l’ordre du jour pour le moment.
Crise des abus sexuels: un «processus de purification» est nécessaire
Interrogé sur les scandales d’abus sexuels, le cardinal Kasper a souligné qu’il s’agit là d’une «crise énorme». Il estime toutefois que «ce processus de purification» est nécessaire. «Il faut maintenant reconstruire la confiance. Au final, la situation sera plus constructive», a-t-il ajouté.
Toutefois, le responsable catholique considère que le pape a été injustement attaqué. «Il a mis en place une nouvelle politique, soucieuse des victimes, plus transparente, qui ne cherche pas à couvrir les faits», a plaidé le cardinal Kasper. A son poste actuel à Rome depuis 2001, le cardinal Kasper quittera ses fonctions le 1er juillet prochain. Il ne devrait toutefois pas regagner son pays d’origine, l’Allemagne, mais demeurer dans la capitale italienne. «Il y a beaucoup de choses à découvrir et à visiter à Rome, a-t-il déclaré à la l’agence œcuménique ENI. Mes fonctions ne m’en ont pas laissé le temps».
Encadré
Né le 5 mars 1933 à Heidenheim, en Allemagne, le cardinal Walter Kasper est l’auteur d’ouvrages fondamentaux comme notamment «La théologie et l’Eglise», «Le Dieu des chrétiens» et «Jésus le Christ», réédités cette année par les dominicains français des Editions du Cerf dans de nouvelles éditions revues et augmentées. Il est l’auteur également de «Renouveau de la méthode théologique», Paris, Cerf, 1968; «La Foi au défi», Paris, Nouvelle Cité, 1989; «L’Espérance est possible», Paris, Parole et silence, 2002; «Sacrement de l’unité, eucharistie et Eglise», Paris, Cerf, 2005; «Serviteur de la joie, La vie de prêtre – Service sacerdotal», Paris, Cerf, 2007; «Manuel d’œcuménisme spirituel», Paris, Nouvelle Cité, 2007. (apic/eni/be)



