Fribourg: Un groupe de réflexion lance des pistes pastorales 10 ans après AD 2000
L’Eglise doit-elle rejoindre les exclus ou éviter d’exclure?
Fribourg, 9 février 2010 (Apic) AD 2000 a été un événement fort pour le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. De nombreuses réflexions ont été lancées par une assemblée diocésaine au début de ce millénaire. Dix ans plus tard, un groupe d’une dizaine de chrétiens publie un document, fruit de ses réflexions, en vue de poursuivre la mise en pratique de AD 2000.
«Nous sentons que malgré les bonnes intentions, la conversion qui permettrait un autre regard sur ’l’exclu’ n’est pas réalisée. Car la vraie question pourrait ne pas être ’comment l’Eglise rejoint les exclus’, mais bien ’comment l’Eglise n’exclut pas?». C’est à cette réflexion – et à beaucoup d’autres – qu’invite dans une publication de 20 pages une dizaine de chrétiens actifs dans l’Eglise catholique, qui lancent des propositions d’approfondissement de AD 2000. Ce petit groupe est formé des prêtres Claude Ducarroz, Jean-Claude Dunand, Jean-Marie Pasquier et Thomas Perler, et des laïcs Jean-Marie Cattin, Rolf Maienfisch, Marianne Pohl-Henzen, François Rouiller et Sr Marie-Brigitte Seeholzer, soit un groupe diversifié au niveau des situations de vie, des âges, des sensibilités et des provenances (y compris linguistiques). Les réflexions résultent de discussions qu’il a menées durant quatre ans.
La brochure imprimée en décembre 2009 peut être commandée à l’adresse courriel floraison2000@upcompassion.ch ou téléchargée sur le site www.upcompassion.ch/ onglet «Floraison2010). Intitulée «Voici que je fais un monde nouveau: il germe déjà, ne le voyez-vous pas? (Isaïe 43,19) / Invitation à la réflexion et au débat sur quelques réalités d’Eglise, 10 ans après AD 2000», elle aborde des pistes pastorales à partir de quatre intuitions qui constituent autant de chapitres: Une Eglise de proximité; Présence au monde et diaconie; Liturgie et vie religieuse; Ministères et charismes.
Que d’autres chrétiens assument leur part de responsabilité
Mettant en évidence l’envers de la médaille des restructurations et planifications menées depuis quelques années dans le diocèse, les auteurs du document constatent une perte de pastorale de proximité. Ainsi, la baisse du nombre de prêtres a provoqué une absence d’eucharistie dominicale notamment dans les paroisses rurales. Autre constat: les demandes et les services se concentrent dans le domaine cultuel et catéchétique (»pastorale d’entretien»), aux dépens «d’initiatives pastorales relevant davantage de l’évangélisation des réalités humaines et des personnes ou groupes qui auraient d’autres attentes que cultuelles». Dans ce contexte, le groupe propose entre autres de «responsabiliser au maximum toutes les personnes, en jouant pleinement le jeu de la confiance». Ainsi, «le manque de prêtres et d’agents pastoraux spécialisés pourrait être une chance pour que d’autres chrétiens assument leur part de responsabilité».
Dans le chapitre «Présence et monde et diaconie», le groupe de réflexion porte l’attention sur «les personnes qui se sentent exclues à l’intérieur de l’Eglise catholique, par exemple les prêtres mariés, les divorcés remariés, les homosexuels, etc ” Ces situations ont été évoquées dans le document AD 2000, mais «bien peu de choses ont bougé sur ces terrains délicats». «Il y a des gestes concrets dans les communautés, mais ils sont souvent le fait de quelques audacieux qui agissent ’en catimini’, tandis que le discours officiel et public est toujours aussi rigide», constate le groupe de réflexion. «Peut-il y avoir des hommes et des femmes que le Christ n’appellerait pas?»; se demande-t-il. Dans ce même chapitre, les auteurs relèvent ensuite que l’Eglise est présente dans les médias par des figures emblématiques ou lors d’événements d’envergures. Mais pas uniquement. «De nombreux baptisés ont voix dans les médias, où leurs prises de position, sous forme de témoignages ou de courrier des lecteurs par exemple, bien que n’ayant pas le caractère officiel de l’Eglise, sont pétries de valeurs évangéliques.»
Au niveau «liturgie et vie de prière», le document, notamment en raison du manque de prêtres, invite à «imaginer d’autres rassemblements liturgiques, par exemple autour de la Parole de Dieu, qui est aussi une ’présence réelle’ du Christ à son peuple». Les auteurs se penchent également sur la désertion des assemblées dominicales et se demandent comment entendre les souhaits et les besoins de celles et ceux qui «désertent nos liturgies traditionnelles».
Des prêtres ne se sentent pas reconnus
Dans le dernier chapitre, intitulé «Ministères et charismes», la brochure met notamment en évidence, dans l’Eglise en Suisse, «une grande tension entre la structure ecclésiale (c’est-à-dire hiérarchique) et les valeurs telles qu’elles sont reconnues et vécues dans la société civile (possibilité de participation et de codécision, égalité de chances, etc.). Selon le groupe de réflexion, la diversité des conceptions de l’Eglise «est souvent mal vécue et provoque bien des blessures, surtout chez les ministères ordonnés. Des prêtres – et parfois aussi des diacres – ont l’impression de ne pas être reconnus dans leur identité. De leur côté, les laïcs se sentent écartés, les femmes mises de côté, voire maintenues dans une position inférieure (malgré des déclarations officielles)». Les auteurs du document proposent de «reprendre courageusement la réflexion sur le sens et l’identité des ministères», en partant de la notion de «peuple de Dieu» propre à Vatican II. Et de souligner que les «charismes et ministères sont complémentaires et ne peuvent être mis en opposition». (apic/bb)



