Egalité entre hommes et femmes à l’ENPG: un rapport accablant
L’Eglise réformée genevoise tient son Consistoire
Genève, 11 juin 1998 (APIC) Les délégués au Consistoire de l’Eglise réformée genevoise, récemment réunis, ont entendu, éberlués, l’état des lieux peu flatteur des relations entre hommes et femmes au sein de l’Eglise nationale protestante de Genève (ENPG). Ils se sont également vu expliquer la deuxième étape de la restructuration institutionnelle, concernant l’organisation des services qui s’adresse à l¹ensemble du canton.
«Nous avons été frappé(e)s, voire scandalisé(e)s par la très grande passivité de l’ENPG face aux problèmes spécifiques des femmes.» Le constat, sévère, émane du Groupe Décennie oecuménique des Eglises solidaires des femmes. Mandatée en juin 1993 pour évaluer la réalité féminine au sein de la vénérable institution réformée genevoise, cette commission du Consistoire a présenté en ce début juin son rapport, qui ne ménage pas l¹institution.
Forts de leur réflexion et d’un certain nombre d’entretiens effectués à l’intérieur et à l’extérieur de l’Eglise, les auteurs du document relèvent tout d’abord une grande ambiguïté de langage. Les protestants déclarent volontiers qu’»il n’y a pas de discours anti-féminin dans l’Eglise». N’y a-t-il pas d’ailleurs, et depuis très longtemps, égalité absolue entre hommes et femmes sur le plan de l’accès au ministère et de sa rétribution financière? Leurs propos révèlent pourtant que «l’institution ne sait pas toujours comment intégrer les femmes». Les exemples sont légion: «Les problèmes concrets du monde du travail ne sont pas à l’ordre du jour des lieux d¹Eglise, en particulier des paroisses. L’Eglise ne réfléchit pas aux liens qui précarisent les femmes et ne lutte pas pour une meilleure répartition des tâches. Les pasteurs ne sont pas sensibilisés au problème de la violence envers les femmes et délèguent ailleurs le rôle qu’on attend d’eux».
Certains lieux, telle la Cathédrale Saint-Pierre, sont même désignés comme des bastions de résistance au ministère féminin. D’ailleurs, des ministres consultés reconnaissent «qu’une parole de femme aura plus de poids dans l’Eglise si elle est appuyée par un homme». Et parmi leurs collègues, certaines parlent de créer un lobby féminin au sein de la Compagnie des pasteurs et des diacres.
«L’Eglise est complice des violences faites aux femmes»
Mais plus que tout cela, le rapport veut dénoncer le tabou qui semble régner au sein de l¹institution: «L’Eglise devrait dire et faire quelque chose contre la violence faite aux femmes, mais elle se tait.» Les auteurs constatent «qu’il est admis dans certains cercles centraux de l’ENPG que ce sont là les problèmes de la société et non pas de l’Eglise!»
Ils estiment que l’Eglise se voile la face: «En Suisse, une femme sur dix subit de la violence de la part de son conjoint. Régulièrement, des femmes sont l¹objet de sarcasmes, d’agressions verbales qui les conduisent à une profonde dépréciation d’elles-mêmes. Elles se sentent profondément opprimées. L’Eglise se doit de confesser que de nombreuses erreurs ont été faites dans le passé, dues aux traditions culturelles qui tranchent radicalement avec les paroles de l’Evangile». Chose qu’elle ne fait pas, ou pas assez, selon le rapport: «Aujourd¹hui, nombre de femmes estiment que l’Eglise est complice de toutes ces violences».
Les délégués au Consistoire se sont trouvés pris de court par la gravité des accusations. Croyant sans doute appartenir à une Eglise progressiste, une grande partie d’entre eux avouait n’avoir pas pris le temps de lire les vingt-cinq pages du rapport. Troublés, ils ont suivi le voeu du Groupe Décennie, qui demandait à pouvoir discuter de propositions concrètes en mars 1999, suite à l¹Assemblée générale que le Conseil oecuménique des Eglises (COE) tiendra en décembre prochain au Zimbabwe, précisément sur les questions de solidarité avec les femmes.
L’institution refuse de s’éparpiller
Le Consistoire s’est également penché sur la nouvelle structure de ses services cantonaux. C’est en fait la deuxième étape d’une réforme institutionnelle démarrée en octobre dernier, et qui s’était traduite par le regroupement des paroisses et d’une partie de leurs activités suivant un découpage du canton en six régions. Dès à présent, l’ensemble des régions de l’Eglise genevoise pourra compter sur l’appui de six entités distinctes, dont quatre services et deux plates-formes. Il s’agit du Service Enfance et jeunesse, du Service de la Formation d’adultes, du Service Terre Nouvelle (oeuvres d’entraide) et du Service de la Formation à l’accompagnement et à la visite. Chacun de ces services dispose d’un ministre responsable à niveau cantonal, travaillant en équipe avec six collègues exerçant chacun leur ministère dans une des régions.
Nouveauté: les responsables de ces six entités se rencontrent plusieurs fois l’an au sein d’une Assemblée des services de l’Eglise (ASE), sorte de forum informel mais structuré, qui devrait permettre par exemple de lancer des activités communes à différents ministères cantonaux, ou encore de tenir les présidents de régions au courant des axes choisis. (apic/spp/pr)




