5ème partie
L’encyclique Humanae Vitae a 40 ans
La pensée de Zundel, un antidote à Humanae Vitae
Pierre Jordan, prêtre retraité
Fribourg, 26 mai 2008 (Apic) A l’occasion du 40ème anniversaire de la parution de l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI, l’agence Apic a questionné plusieurs personnalités du monde de l’Eglise pour leur demander leur avis sur ce texte très controversé.
Le quatrième volet est consacré aux remarques de l’abbé Pierre Jordan, retraité à Yverdons-les-Bains. Vicaire à Villars-sur-Glâne, puis curé de Sainte-Croix, Pierre Jordan a aussi été aumônier de prisons. De la génération des jeunes prêtres en 1968, il exprime sa conception des choses et montre comment Maurice Zundel, prêtre qui a eu des ennuis avec sa hiérarchie, peut être une source d’espérance par rapport à un texte aussi intransigeant qu’Humanae Vitae. Il nous livre librement ses réflexions en un seul tenant.
Pierre Jordan: Humanae vitae est, je pense, un texte rédigé dans un climat de peur. En 1968 aux Etats-Unis, toute une jeunesse se rebelle contre la guerre du Vietnam, beaucoup se droguent, d’autres désertent l’armée, et les hippies font la fête en chantant qu’il vaut mieux faire l’amour que la guerre. Les Noirs se révoltent également, Martin Luther King s’efforce de maintenir le mouvement pacifiquement: il est assassiné en 1968.
On ne peut oublier le mois de mai à Paris: un malaise profond traverse cette société. Toutes les institutions craquent de partout.
A l’interne de l’Eglise, le Concile a éveillé une espérance formidable, mais rien ne se concrétise, la cocote minute explose, plus de 60’000 prêtres et religieux quittent le ministère.
La société évolue rapidement, beaucoup de femmes prennent du travail à l’extérieur, loin du foyer, avec les conséquences qui en résultent. Il n’y a pas seulement la machine à laver le linge et la vaisselle qui libèrent les femmes: une petite pilule sème la panique.
La peur n’est pas bonne conseillère; elle a certainement bien influencé la rédaction d’Humanae vitae.
La pensée de Zundel un antidote à Humanae Vitae
J’imagine que Paul VI demande à Maurice Zundel d’écrire un petit fascicule de 50 pages à l’intention de tout un monde taraudé par la peur. Cette idée n’est pas si farfelue puisque 3 ans plus tard, Zundel est invité au Vatican.
J’imagine non sans raisons, qu’il aurait utilisé les 40 premières pages pour parler de Dieu, de l’échange Divin au sein de la Trinité. Zundel avait une grande estime pour la science et les chercheurs. Il nous aurait invités à lire avec sérieux les travaux des médecins, des psychiatres, psychologues, voire des sexologues. A chacun son travail! Il nous aurait parlé avec chaleur et confiance. Pour que, dans le concret, on sache s’aimer soi-même et surtout les autres. Je pense qu’il nous aurait invités à prendre la haute mer.
Le projet de célébrer l’anniversaire de la parution d’Humanae vitae n’est, je crois, pas une idée très heureuse. Il serait mieux d’attendre 2 ou 3 ans et d’évoquer la parution du livre «Quel Homme et quel Dieu?» de Zundel. On ne peut parler de ce livre sans être en admiration devant le grand homme Paul VI qui a invité ce prêtres aux pieds nus à venir au milieu du faste du Vatican évangéliser le milieu (à cette nouvelle les dignitaires de notre diocèse ont dû avaler leur salive avec difficulté!).(apic/js)



