L’équipe d’aumônerie du CHUV à Lausanne assure une permanence 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Composée de trois prêtres et d’une assistante catholique laïque, ainsi que de six pasteurs, d’une femme diacre et d’une assistante protestante, elle s’apprête
Q.: Pourquoi n’avez-vous rien préparé de particulier, à l’occasion du prochain «dimanche des malades»?
B. Jordan: Cette journée peut sembler différente, vue de l’extérieur. Pas véritablement en ces murs. Toutefois, chaque année, une attention y est accordée notamment lors de la célébration eucharistique. Le CHUV et l’Hôpital orthopédique comptent environ 5’000 soignés et soignants. Nous côtoyons ces personnes quotidiennement et sommes disponibles pour les rencontrer, prendre du temps avec elles et partager un bout de chemin, quelles que soient leurs valeurs et leurs croyances. Nous nous efforçons toujours de chercher avec elles ce qui leur permettra de faire un pas en avant, via des paroles, des silences, des émotions, des prières ou des célébrations.
Notre rôle consiste à rejoindre ou à accompagner quiconque, en lui donnant la possibilité de mettre son histoire du moment dans une perspective plus large de vie et d’espérance. En d’autres termes, nous vivons «la Journée des malades» tous les jours, avec les familles également. Et surtout, chaque dimanche. Nous avons une petite chorale, plusieurs personnes qui poussent les lits et d’autres laïcs encore qui nous accompagnent. Cette présence attentionnée et dévouée est remarquable, d’autant plus qu’elle est bénévole. Elle représente une belle image de marque pour notre Eglise.
Q.: Précisément, comment comprendre le «Dimanche des malades» lorsque l’on est bien portant?
B. Jordan: Une personne en bonne santé doit avoir à l’esprit qu’une dépendance, en l’occurrence la maladie, peut un jour lui tomber dessus. Or, il est souvent difficile de trouver un sens quand tout va bien. La souffrance est pourtant inhérente à l’amour: si on aime quelqu’un, on souffre. A cela peut s’ajouter la douleur. C’est à ce moment qu’intervient très vite la recherche des vraies valeurs de la vie. La quête d’un acte de liberté, humble et sincère, pour et sur soi. Voilà peut-être un petit aspect positif de la souffrance. Cela aide à s’attacher davantage à Dieu et, en même temps, à se détacher de certaines réalités qui ne font plus le poids lorsqu’elles ont été vérifiées par l’état de dépendance. Une famille, proche d’un malade, le comprend sans long discours. Combien de personnes se sont réconciliées avec la mort, dès l’instant où elles ont pu accompagner quelqu’un qui leur était cher.
Q.: Quels sont vos rapports de travail avec le personnel médical?
B. Jordan: Il y a une interaction très importante entre les soignants, les familles et les aumôniers. Un profond respect des charismes de chacun soude ce triangle complémentaire. Vous n’imaginez pas le nombre de fois où un médecin, par exemple au service des urgences, m’a demandé de «prendre la relève» parce que son patient, cliniquement perdu, en éprouvait le besoin et le réclamait. Entourés de la famille, nous pouvons alors préparer le dernier adieu.
Q.: Avez-vous dû suivre une formation propre au milieu hospitalier?
B. Jordan: Le travail sur soi est le premier maillon de la chaîne. Etre bien dans sa peau, avec un bagage psychologique certain, est un élément capital. Nous devons aussi être des témoins de Jésus-Christ, en qualité de prêtres, dans ce lieu où tant d’étapes de la vie se déroulent. Il est nécessaire d’apprendre encore à décrypter, sociologiquement parlant, le comportement humain parallèlement à cette réelle dimension qu’est le respect total et absolu de l’individu. Cela dit, nous organisons également des cours trois fois par année. C’est du reste le CHUV, lui-même, qui demande la collaboration de l’aumônerie.
Q.: Par rapport à l’Eglise, n’éprouvez-vous jamais de difficultés lorsqu’il s’agit d’évoquer des problèmes liés à l’éthique. Par exemple, lors de greffes d’organes?
B. Jordan: Nous sommes appelés à nous prononcer sur l’éthique. Nous échangeons avec les médecins et les patients, dans toutes les divisions, effectivement souvent lorsqu’il est question de greffes. Mais, en réalité, nous ne sommes pas les demandeurs dans ce domaine. L’on vient plutôt recueillir notre avis. Des discussions toujours enrichissantes, de part et d’autre, en ressortent. Voilà une autre et belle forme de reconnaissance pour nous.
Q.: Est-ce que l’évolution de la société ou les nouvelles formes de croyance vous ont obligés à adapter votre «discours»?
B. Jordan: Devant la souffrance, on ne fait pas les malins. Que l’on soit chrétien, incroyant ou d’une autre religion, nous devons tous nous aider. Sachons accueillir simplement ce qui vient. C’est déjà une immense grâce, si un malade arrive à s’ouvrir. Partons d’abord de cette base, ensuite effectuons un cheminement. (apic/jcz/pr)



