Jura: Mgr Felix Gmür à cœur ouvert devant plus de 300 personnes, à Porrentruy

L’évêque de Bâle, entre enfer et éclats de rires

Porrentruy, 29 janvier 2012 (Apic) Pour la première fois depuis son ordination épiscopale en janvier 2011, Mgr Felix Gmür a animé une conférence publique à l’aula du Collège Saint-Charles à Porrentruy, le 26 janvier 2012, dans le cadre du Forum Saint-Charles. Devant plus de 300 personnes et durant deux bonnes heures, l’évêque de Bâle a parlé de son parcours de croyant avant de répondre aux questions du public.

«Je suis surpris de voir autant de monde de cette région qui est aussi un peu la mienne, pas uniquement parce que je suis évêque de Bâle et que dans le passé les princes-évêques résidaient ici, mais parce que mon père a fait son lycée à Porrentruy. C’était encore un lycée bernois et de fait, mon père est le seul membre de notre famille ayant obtenu une maturité protestante», a déclaré Mgr Gmür, déclenchant d’entrée un éclat de rire général. «Je ne vais pas tenir une conférence durant une heure, mais je préfère ouvrir quelques pistes et vous donner ensuite la parole, pour que l’on puisse débattre, dialoguer ou entrer en discussion sur différents sujets. J’aimerais avant tout vous parler de mon parcours de foi», a-t-il précisé.

L’évêque de Bâle a alors évoqué les interrogations qui, vers l’âge de 16 ou 17 ans, l’ont amené à se remettre en question quant à son identité, sa destinée, ou son rôle dans la société. «Comme tous les jeunes de mon âge, j’étais ouvert à tous les courants philosophiques, idéologiques ou religieux. Je me suis intéressé au bouddhisme, à l’islam et bien sûr au christianisme. J’ai découvert que je pouvais être chrétien parce que ce Dieu, le père du Christ, qui devient homme, est essentiellement un Dieu qui nous veut humains. Ce constat m’a rassuré et me plaît toujours.»

Avec des anecdotes vécues, les souvenirs de son voyage au Japon ou de ses séjours à Munich, Mgr Gmür a relaté – durant quarante minutes – les expériences qui ont jalonné son parcours et qui lui ont permis d’être l’homme qu’il est aujourd’hui, avec ses convictions et son amour pour l’humain. «Ceux qui sont détenus ici, dans le château des anciens princes-évêques – quels que soient leurs crimes – sont les mêmes que nous, ils sont humains comme nous. Pas plus, ni moins. Les migrants, d’où qu’ils viennent, sont comme nous aussi. Je ne peux pas dire que j’aime Dieu quand je ne peux pas aimer telle ou telle personne. Ce n’est pas possible. C’est une contradiction en soit. Je ne peux aimer Dieu que par le biais de l’amour des hommes.»

Le célibat des prêtres, une grande fantaisie

Lors de ses échanges avec le public, l’évêque de Bâle a évoqué sa vision de l’enfer: «Je crois que l’enfer n’est pas un lieu physique créé par Dieu, en opposition au ciel. Je suis persuadé que l’enfer est une manière de vivre son existence de façon dangereuse. Pour moi, le prototype de l’enfer, c’est la torture. Elle ne respecte pas l’humain et le prive de liberté.»

D’une voix posée et dans un français qu’il manie admirablement bien, Mgr Gmür s’est permis de répondre à plusieurs questions en plaisantant. Ainsi, lorsqu’on lui a demandé si l’Eglise ne manquait pas de fantaisie par rapport au célibat des prêtres ou à l’ordination des femmes, il a répondu du tac-au-tac: «Mais ça témoigne d’une grande fantaisie de vivre le célibat!»

Plus sérieusement, il a avoué que de gros problèmes subsistent concernant l’œcuménisme, l’unité des chrétiens, notamment avec les orthodoxes. «Ils sont moins nombreux que les autres communautés ecclésiales et, pourtant, ils sont quelques millions. En pratique, il faut avancer pas après pas, comme pour le célibat des prêtres ou le diaconat des femmes.»

Puis, quand on l’a interrogé au sujet des progrès effectués dans le rapprochement entre catholiques et protestants, l’évêque de Bâle a une fois de plus démontré son sens de l’humour: «Vous allez peut-être un peu vite en parlant de progrès. Plaisanterie mise à part, j’ai le privilège d’en discuter de temps en temps avec le cardinal Kurt Koch. Ce que je peux dire, c’est qu’au niveau institutionnel, il n’y a pas de progrès. Par contre, je vois des progrès du côté des communautés locales, des groupes paroissiaux ou de ceux qui témoignent ensemble de la même foi, du même Christ et des mêmes valeurs chrétiennes.»

Sexualité et interdits

L’évêque a aussi abordé le sujet sensible de la sexualité: «Je crois que ce que l’on appelle l’éthique sexuelle de l’Eglise catholique est très difficile à faire comprendre. Notamment parce que le nœud de cette éthique, basé sur le respect de l’autre et la durabilité de la relation – l’amour donc – a toujours été superposé à des règles en forme d’interdits. Du style ’aimer c’est superbe, réjouissez-vous de votre amour, mais dans ce cas-là vous ne devez pas, etc.’ J’ai connu ça avec ma grand-mère, qui disait que l’on ne pouvait pas apprécier d’avoir un ami, parce que ce n’est peut-être pas ’juste’». Et de conclure cette conférence, plutôt décontractée, par cette phrase: «L’Eglise est un immense chantier qui progresse.» (apic/pt/nd)

29 janvier 2012 | 16:21
par webmaster@kath.ch
Partagez!