Allemagne: Sévère critique de la cheffe des protestants sur la question de l’Afghanistan
L’évêque Kässmann trouve un appui et un allié en la personne de Mgr Reinhard Marx
Trèves, 20 janvier 2010 (Apic) Un archevêque catholique d’Allemagne, Mgr Reinhard Marx, a apporté son soutien à la principale évêque protestante du pays, Margot Kässmann, très critique envers la stratégie militaire de l’Allemagne en Afghanistan.
L’évêque Kässmann est elle-même confrontée à des critiques de la part des milieux politiques depuis sa prédication du Nouvel An, dans laquelle elle a déclaré que les armes «n’apportent de toute évidence pas la paix» en Afghanistan. Dans sa prédication, elle a par ailleurs appelé à trouver d’autres moyens que la force armée.
Pour Reinhard Marx, archevêque catholique de Munich et Freising, qui s’est exprimé sur la radio bavaroise Bayerischer Rundfunk, l’évêque Kässmann a lancé un débat important sur le rôle de l’Allemagne en Afghanistan. «Peut-être que la mission militaire en Afghanistan ne se trouve plus là où nous voulions à l’origine qu’elle se trouve», a déclaré l’archevêque Marx.
L’Allemagne compte plus de 4000 soldats en Afghanistan, ce qui en fait le troisième plus gros contingent de la force internationale menée par l’OTAN. La présence allemande dans ce pays est critiquée, en particulier depuis septembre, lorsqu’une frappe aérienne ordonnée par l’état-major allemand a causé la mort de civils.
Margot Kässmann a été élue en octobre 2009 à la tête de l’Eglise évangélique d’Allemagne (EKD), la principale organisation protestante du pays.
Dans une interview accordée en décembre déjà au journal allemand Hannoversche Allgemeine Zeitung, l’évêque Kässmann devait déclarer: «Même selon les critères les plus larges de l’Eglise évangélique d’Allemagne, cette guerre ne peut pas être justifiée. C’est pourquoi il faut mettre un terme au conflit armé dès que possible».
Elle a appelé à établir une «stratégie claire de sortie», tout en mettant en garde contre un retrait «trop précipité» des troupes.
Selon de récents sondages, environ 71% de la population allemande s’oppose aux opérations militaires du pays en Afghanistan. Ce que ne semble pas entendre le ministre allemand du Développement, Dirk Niebel, qui a estimé nécessaire le déploiement de son pays en Afghanistan, affirmant qu’il ne partageait pas le point de vue de l’évêque Kässmann. «Mme Kässmann a peut-être une opinion sur l’Afghanistan mais elle ne devrait pas exprimer ses critiques sur le déploiement de l’armée en Afghanistan au nom des membres de l’Eglise», a-t-il déclaré.
L’évêque Kässmann a réitéré ses critiques le 17 janvier lors d’un débat public à Berlin avec Gregor Gysi, qui préside le groupe parlementaire de gauche die Linke, seul parti au Parlement s’opposant totalement à la présence militaire de l’Allemagne en Afghanistan. «Cela fait trop longtemps qu’on étouffe le débat», a affirmé l’évêque Kässmann. Elle a en outre déploré que la conférence internationale sur l’Afghanistan prévue fin janvier semble se concentrer exclusivement sur le nombre de troupes. «Si nous y envoyons des soldats, nous devons envoyer quatre fois plus de civils et de spécialistes du développement», a déclaré l’évêque protestante. (apic/eni/pr)



