«L'évolution consciente» vers un retour en grâce?

Etats-Unis: L’Eglise embarrassée par la pensée de Pierre Teilhard de Chardin

Washington, 26 mai 2014 (Apic) La pensée du jésuite Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) a toujours reçu une réponse ambivalente au sein de l’Eglise catholique. Le cardinal Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) a récemment critiqué la principale association des religieuses américaines, la LCWR, pour porter une trop grande attention au principe d’»évolution consciente» développé par le théologien français. Le journal américain «National Catholic Reporter» (NCR) note néanmoins que les idées de Pierre Teilhard de Chardin connaissent un intérêt renouvelé dans l’Eglise catholique.

Mgr Müller a affirmé le 30 avril dernier aux responsables de la LCWR, qui regroupe 80% des religieuses du pays, que les principes de l’»évolution consciente», selon laquelle l’humanité se transforme à travers l’intégration de la science, de la spiritualité et de la technologie, s’opposait à la révélation chrétienne et menait à des «erreurs fondamentales».

Pierre Teilhard de Chardin estimait en effet que la Création était en constante évolution et que l’être humain était partie prenante de ce mouvement. Il unifiait la théorie de l’évolution de Charles Darwin, la géologie de Vernadsky et la théodicée chrétienne en une approche holistique. Pour lui, le «phénomène humain» devait être pensé comme une étape de l’évolution conduisant au déploiement de la «noosphère» (la sphère de la pensée humaine), préparant l’avènement de la figure dite du «Christ Cosmique». Selon le jésuite, qui était également géologue et paléontologue, en situant la Genèse en un ‘point Alpha’ du temps, l’Homme devait rejoindre Dieu en un ‘point Oméga’ de parfaite spiritualité. Il estimait que la théologie catholique pouvait aider à ce processus si elle en épousait le mouvement évolutif.

Ostracisation

Ce genre d’idées lui a valu de se retrouver dès le début en porte-à-faux avec les autorités de l’Eglise. Dès les années 1920, ses supérieurs jésuites l’empêchèrent de publier ses écrits, puis d’enseigner. Ils l’exilèrent finalement en Chine, où il s’adonna à la recherche de fossiles. En fait, la plus grande partie de son travail ne fut publié qu’après sa mort, en 1955. En 1962, le Vatican diffusa un avertissement formel sur «les dangers représentés par les écrits de Pierre Teilhard de Chardin et ses disciples».

Mais, si ses écrits restent relativement marginaux, ces idées sur la foi et la science jouissent toujours d’une certaine influence et, selon le NCR, elle vivent actuellement une sorte de renaissance. Le journal mentionne par exemple certaines déclarations de Benoît XVI, qui a, il y a quelques années, a loué la «formidable vision» de Pierre Teilhard de Chardin d’un univers qui serait un «hôte vivant».

D’après le NCR, le pape François a lui aussi évoqué des concepts proches de ceux de son défunt collègue jésuite concernant le développement de la conscience humaine. Les observateurs du Vatican assurent qu’il ne serait pas surprenant que Pierre Teilhard de Chardin fasse son apparition dans l’encyclique sur l’environnement que le pape est actuellement en train d’écrire.

Une pensée actuelle?

Pour le Père jésuite Paul Crowley, de l’Université de Santa Clara, en Californie, Pierre Teilhard de Chardin est actuellement plus cité ou évoqué que jamais dans le magistère de l’Eglise catholique. Pour le spécialiste de la pensée du théologien français, l’une des raisons de ce intérêt renouvelé est le fait que sa pensée entre en résonance avec les problèmes globaux actuels, notamment écologiques, et la demande d’une réponse holistique à ces derniers.

Le Père Crowley estime qu’un de principaux problèmes avec Pierre Teilhard de Chardin est que sa pensée est largement reprise par des tenants des théories du Nouvel Age, pas forcément crédibles, ni fiables. Au-delà de ça, l’universitaire jésuite pense que le religieux-philosophe doit faire l’objet d’une «attention théologique substantielle». Selon lui, il convient d’étudier Pierre Teilhard de Chardin en «séparant le bon grain de l’ivraie et en se l’appropriant d’une nouvelle manière». (apic/ncr/rz)

26 mai 2014 | 15:21
par webmaster@kath.ch
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