Lucerne: L’Action de Carême prépare sa campagne de carême 2011
«L’extraction minière, un business indigeste»
Lucerne, 27 août 2010 (Apic) «L’extraction minière, un business indigeste», tel sera le slogan de la campagne de carême 2011 qui débutera le 9 mars prochain, mercredi des cendres, pour se terminer le 24 avril, dimanche de Pâques. La campagne mettra l’accent en particulier sur l’Afrique, notamment sur la République démocratique du Congo (RDC), où l’extraction et le commerce des «minerais des conflits» ou «minerais de sang» – l’oxyde d’étain, le coltan, la wolframite et l’or – alimentent les conflits ethniques en RDC et dans les pays voisins.
Pour les organisateurs de la campagne œcuménique, menée conjointement en Suisse par les œuvres d’entraide catholique Action de Carême (AdC) et protestante Pain pour le Prochain (PPP), l’exploitation des ressources minières met en danger la production agricole dans de nombreux pays en développement. Elle porte atteinte à l’environnement, provoque fréquemment l’expulsion des populations locales de leurs terres, sans parler des conditions de travail souvent déplorables.
Poursuite de la campagne sur le droit à l’alimentation
Le thème choisi pour 2011 représente le volet d’une campagne pluriannuelle sur le droit à l’alimentation et la sécurité alimentaire. En 2012, l’accent sera mis sur les femmes, «qui nourrissent le monde». Au cours de la prochaine campagne, a expliqué jeudi à Lucerne Matthias Dörnenburg, non seulement le grand public sera rendu attentif aux conséquences ravageuses sur l’environnement et les populations locales de l’action des entreprises minières, mais les entreprises suisses actives dans ce secteur seront interpellées ainsi que le gouvernement suisse.
Au moyen d’une récolte de signatures sur internet, relève le chef du secteur «Média Communication Formation» à l’AdC, les autorités fédérales seront priées de mieux concilier la politique économique extérieure de la Suisse avec ses obligations en matière de droits humains. Berne devrait ainsi s’engager à inscrire dans la législation la présentation des activités des entreprises transnationales pays par pays (selon la méthode du country by country reporting – CBCR), de manière à empêcher l’évasion fiscale et à permettre que la richesse créée reste dans le pays. Il s’agira également de légiférer afin de fixer la responsabilité juridique des maisons mères pour les violations des droits humains commis par leurs filiales. On pourra ainsi leur demander des comptes pour les conséquences négatives de leurs activités.
Le recueil d’un grand nombre de signatures donnera suffisamment de poids aux exigences posées au gouvernement afin de pouvoir atteindre des résultats substantiels dans le domaine de l’économie et des droits humains également en Suisse. L’AdC est active dans la coopération au développement et la coopération pastorale dans 16 pays. Ses programmes et projets privilégient les relations stables avec des organisations locales (Cf. encadré).
Des hôtes venus du Congo RDC
«Le Congo est trop riche pour la paix», tel sera également l’un des fils rouges de la campagne à venir, qui verra la participation d’hôtes venus du Congo RDC: le théologien jésuite Ferdinand Muhirgirwa Rusembuka, directeur du Centre d’Etudes pour l’Action Sociale (CEPAS) à Kinshasa, une institution de la Province d’Afrique Centrale de la Compagnie de Jésus, et le pasteur protestant Jacques di Mapianda Bakulu, coordinateur du Centre pour la Promotion et l’Education des Communautés de base (CEPECO) à Boma, en RDC. Ce partenaire de l’Action de Carême est confronté à l’exploitation du pétrole dans le Bas Congo.
S’appuyant sur la tradition biblique, la campagne œcuménique rappelle que le sol et ses trésors sont prêtés aux hommes par Dieu qui les leur confie et que la cupidité et la recherche exclusive du profit s’opposent au bien commun et au message biblique. Pour l’AdC, la terre produit assez de nourriture pour tous les êtres humains : «Le droit à l’alimentation est ainsi pleinement réalisable. La faim, dont les causes sont humaines, est un scandale !».
Au cours de la désormais traditionnelle «Journée des roses» de la campagne de carême, le 2 avril 2011, «160’000 roses pour le droit à l’alimentation» seront vendues dans les rues de Suisse, dont 30’000 en Suisse romande. L’opération «Le Pain du partage» sera également répétée, grâce au concours d’artisans boulangers-pâtissiers. Une nouvelle tenture de carême sera disponible, réalisée par un artiste africain, avec un cahier de méditation pour l’accompagner. Notons encore qu’en 2011, l’Action de Carême et Pain pour le Prochain célèbrent leur 50e anniversaire. Des actions indépendantes de la campagne œcuménique sont également prévues. JB
Encadré
L’exemple du Burkina Faso
Présentant le travail de l’Action de Carême au Burkina Faso, Felix Wertli, chargé de programme pour le Burkina Faso et le Kenya, a expliqué que ce pays de près de 16 millions d’habitants, 6,5 fois plus grand que la Suisse, est le 3ème pays le plus pauvre du monde. Sa productivité agricole reste faible et les méthodes de culture doivent être améliorées. C’est à cela que s’attache l’AdC, dans un pays où les zones sèches ont tendance à s’étendre et à déborder la zone sahélienne, en raison du changement climatique et de la raréfaction des pluies. Pour faire face à ce phénomène, l’AdC travaille avec 11 organisations partenaires et 103 groupes de village, soit quelque 10’000 personnes concernées par ces projets. Actuellement, un montant annuel d’un demi million de francs est affecté pour le programme du Burkina Faso, relève Felix Wertli.
Par le biais des organisations locales, l’AdC finance la construction de diguettes pour éviter l’érosion et la déperdition de l’eau lors des rares pluies, ainsi que la formation de personnes chargées de la vaccination des poulets contre une maladie qui les décime. D’autres projets concernent la sélection des semences et l’édification de greniers pour stocker les grains pour la période de «soudure», qui dure selon les régions de 3 à 4 mois.
L’œuvre d’entraide suisse favorise encore la formation de collaborateurs locaux – par exemple dans le domaine de la comptabilité, également importante pour gérer les microprojets et les programmes de développement – car dans certains villages isolés, le taux d’analphabétisme frise les 100% ! L’AdC favorise également l’échange d’expériences entre les diverses organisations de village. C’est ainsi que les villageois se sont mis à construire des fosses à compost (impossible dans les zones trop sèches) sans employer de ciment, qui est rare et cher, pour produire de l’engrais. Ils ont également appris à semer leurs plantes dans des sortes de petits entonnoir, pour épargner l’eau. «En adaptant ainsi la manière de cultiver, avec des méthodes simples, ont peut augmenter la production jusqu’à 50%», insiste Felix Wertli. Une vraie plus-value qu’offre l’AdC aux paysans de cette région pauvre d’Afrique. (apic/be)




