Vaud: Le Prof. Brandt s’interroge sur le lien entre santé psychique et recherche du salut
L’individu doit se prendre en charge s’il ne veut pas être exclu de la société
Lausanne, 29 janvier 2010 (Apic) Au cours d’une conférence organisée au centre Saint-Jacques par la Société vaudoise de théologie sur les quêtes spirituelles contemporaines, le psychologue des religions Pierre-Yves Brandt a émis une série d’interrogations sur le rapport entre la santé psychique et le salut.
Dans une société occidentale de plus en plus séduite par les spiritualités orientales, le chercheur s’est demandé si les gens trouvent réellement le salut qu’ils vont chercher après avoir tourné le dos au christianisme.
Pierre-Yves Brandt part d’un constat amer. En Suisse comme dans le reste de l’Occident, le citoyen n’a plus la possibilité de se situer autrement que par rapport à lui-même; il est devenu sa propre mesure. Il ne supporte pas l’émancipation par rapport à la tutelle d’un ordre qui imposerait son organisation et la fondait sur quelque réalité transcendante. En même temps, l’individu triomphant apparaît aujourd’hui de plus en plus démuni et vulnérable que jamais; faute d’être désormais réceptif à la symbolique, aux rituels et aux lois qui cimentaient jadis la colIectivité, il se voit condamné à l’atomisation.
A ses yeux, tout part des progrès de la médecine qui dissocient, surtout depuis le dernier siècle, soins médicaux et actes de guérison que posaient depuis longtemps certains ecclésiastiques. Si le médecin d’aujourd’hui se rend compte qu’il ne peut pas tout faire, l’heure n’est plus de s’en remettre à son Eglise traditionnelle. «Des mouvements spirituels, principalement orientaux, ont pris les devants de la scène», observe Pierre-Yves Brandt, psychologue des religions.
L’enseignant donne entre autre exemple le Groupe Reiki, une spiritualité japonaise dont le siège central se trouve à Orbe, dans le canton de Vaud mais bien connu dans d’autres cantons comme Fribourg pourtant connu pour son attachement à la tradition catholique. Avec l’enseignement du Reiki, l’individu n’a pas besoin d’être intégré à la collectivité. L’important, c’est d’être psychiquement solide. Ainsi, la prise en charge individuelle, qui part essentiellement de l’imposition des mains selon le témoignage du chercheur, propose les solutions telles que l’aide en cas de troubles psychologiques, de dépendance à l’alcool, au tabac, etc. En Suisse, les gens y vont aussi pour des problèmes de boulimie, d’anorexie. Certains adhèrent aussi au groupe pour chercher de l’aide dans les cas de dépression et autres problèmes psychiques comme le stress, les angoisses et les peurs.
De tels problèmes ne manquent cependant pas de solutions chrétiennes si l’on en croit le professeur Pierre-Yves Brandt. Avant que la laïcité ne gagne du terrain en Occident, les Eglises se faisaient entendre par leur appel à consolider la collectivité, une tradition qui n’a pas d’ailleurs changé même de nos jours. Les mêmes Eglises militent aujourd’hui contre l’exclusion de l’étranger, la visite des malades et aux prisonniers ainsi qu’à la solidarité avec les pauvres. C’est à ce seul prix qu’on peut prétendre être un jour citoyen du royaume des cieux.
L’individu hanté par l’instant présent
Seulement voilà! Presque plus personne ne veut s’interroger sur l’au-delà qui préoccupe le conférencier. La société actuelle met l’accent sur la prise en charge individuelle. L’individu n’a plus le temps de réfléchir à plus long terme. Il est hanté par le présent et son succès réside dans la construction sociale du soi, un soi capable de résister aux déséquilibres momentanés auxquels chacun peut faire face un jour ou l’autre. Le rapport à soi-même est assuré par l’individu qui, abandonné à lui-même sous l’effet placebo, ne pense plus à Dieu.
Pour Pierre-Yves Brandt, cet engouement pour les spiritualités orientales devrait faire réfléchir les citoyens occidentaux Sans les mettre en garde comme l’ont déjà fait les évêques américains, le psychologue des religions se demande ce que sera l’avenir d’une société où chacun veut s’appartenir et où Dieu n’a plus de place. (apic/dng/pr)



