« L'instrumentalisation de la religion », une cause des persécutions des chrétiens dans le monde
Paris: 6e «Nuit des Témoins» en faveur de la liberté religieuse
Paris, 27 mars 2014 (Apic) Pour cette sixième édition de la «Nuit des Témoins», une messe, suivie d’une veillée, est prévue ce vendredi 28 mars 2014 en la cathédrale Notre-Dame de Paris (entre 20h et 22h) pour honorer les chrétiens morts et persécutés en raison de leur foi. A l’initiative de l’œuvre d’entraide catholique l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED), cette soirée donnera aussi la parole aux hommes et femmes d’Eglise qui vivent dans leurs pays des atteintes à la liberté religieuse. Cette semaine, l’événement s’est aussi tenu à Strasbourg, Marseille et Bordeaux.
«Aujourd’hui, dans de nombreux pays, être prêtre est devenu dangereux », indique Marc Fromager, directeur d’AED, en ouverture de la conférence de presse organisée le 27 mars 2014 pour présenter la « Nuit des Témoins ».
« On dit souvent qu’il y a autant de prêtres assassinés que journalistes assassinés », ajoute-t-il.
En 2013, le nombre de missionnaires tués en raison de leur foi a doublé par rapport à 2012, indique le communiqué de l’AED. Et pour la cinquième année consécutive, l’Amérique latine détient le triste record du nombre de prêtres assassinés: 17 au total, dont la plupart en Colombie et au Mexique, deux pays marqués par la corruption et la violence du crime organisé et des cartels de la drogue.
En plus de défendre la liberté religieuse pour tous les croyants dans le monde, la « Nuit des Témoins » donne cette année la parole à quatre personnalités remarquables venues de Syrie, d’Irak, d’Egypte et de Centrafrique, pour alerter sur les difficultés et les persécutions que vivent nombre de chrétiens dans leur pays. Toutes, en creux ou directement, désignent l’instrumentalisation politique de la religion comme une cause des persécutions subies par les chrétiens dans leurs pays.
Centrafrique et Syrie
En Centrafrique, où les Séléné (musulmans) et les anti-balakas (chrétiens) s’entretuent dans un contexte d’anarchie institutionnelle, «ce sont des groupes extrémistes qui sont responsables des violences, ils manipulent les populations qui sont démunies », dénonce Mgr Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, la capitale, pour qui le danger est l’instrumentalisation de la religion. « Ce n’est pas une guerre religieuse, martèle-t-il. « Depuis le début, l’imam [Layama, président de la communauté musulmane], le pasteur et moi-même travaillons ensemble pour tenter de calmer les choses».
En Syrie, où trois ans de guerre civile ont déjà fait 140’000 morts et neuf millions de déplacés, la situation des chrétiens s’est aussi particulièrement dégradée. « Avant la guerre, la Syrie était un pays laïque, dans lequel musulmans et chrétiens cohabitaient dans le respect, raconte Raghida Al Khouri, religieuse d’origine syrienne aujourd’hui installée dans le sud de la France. Mais comme les chrétiens sont restés à l’écart et n’ont pas pris les armes pour faire la révolution [contre le régime de Bachar Al-Assad, ndlr], ils sont accusés d’être complices et sont réprimés par les rebelles. Pour elle, la communauté internationale ne doit surtout pas envoyer d’armes aux rebelles syriens qui aujourd’hui « comptent surtout des combattants venus de l’extérieur », estime la sœur. « Les armes ne sont pas pour faire la paix, il faut plutôt se mettre en les deux parties et tenter de les rapprocher.
Irak et Egypte
L’Irak est aussi une terre dangereuse pour les chrétiens. Il y a dix ans, ils étaient 1,5 million à vivre en Irak. Aujourd’hui les chrétiens sont dix fois moins nombreux (entre 300’000 et 150’000 selon les estimations), note le communiqué de l’AED. « L’instabilité politique affecte la société, les lois et rend difficile la cohabitation entre les communautés religieuses », témoigne Mgr Amel Shamon Nona, archevêque chaldéen de Mossoul en Irak, dont le prédécesseur a été assassiné. « La culture de violence présente dans la région fait qu’il est difficile pour les chrétiens d’exister, poursuit-il. Le problème n’est pas la diversité des rites et croyances, c’est d’utiliser une religion à des fins politiques ».
En Egypte en revanche, Mgr Ibrahim Isaac Sidrak, patriarche de l’Eglise catholique copte égyptienne, voit des « signes d’espérance » pour les chrétiens. La nouvelle Constitution, votée en janvier dernier, est « plus représentative de tous les Egyptiens et pas d’un seul groupe comme la précédente [les Frères Musulmans ndlr]», estime-t-il. « Les trois Eglises, orthodoxe, catholique et protestante, ont participé à sa rédaction, elle reconnaît les minorités religieuses et redonne une place aux femmes. » A la question de la lecture qu’il faut avoir de la condamnation à mort, il y a quelques jours, de plus de 500 Frères Musulmans en terme de liberté religieuse, Mgr Sidrak estime que la justice n’a pas encore dit son dernier mot et qu’il faut regarder les actes qu’ont commis ces hommes lors des manifestations contre le gouvernement du président déchu Mohamed Morsi issu des Frères Musulmans. Il condamne toutefois « toute sorte de violation des droits de l’homme envers quiconque. » (apic/lg/rz)



