Rome : Le Brésilien Braz de Aviz souhaite un collège cardinalice encore plus ›universel’

L’Occident doit cesser de regarder de haut le Sud

Rome, 17 février 2012 (Apic) Parmi les 22 nouveaux cardinaux du consistoire de ce 18 février 2012, il en est un qui attire plus particulièrement l’attention : le Brésilien João Braz de Aviz. D’abord parce que nul ne s’attendait, il y a un peu plus d’un an, à ce que Benoît XVI l’appelle à Rome pour prendre la tête du dicastère en charge des religieux du monde entier. Egalement parce qu’il est aujourd’hui le seul haut prélat, au sein de la curie, à représenter le plus grand pays catholique du monde et le seul Latino-américain à recevoir la barrette cardinalice lors de ce consistoire.

Alors qu’une bonne majorité des cardinaux électeurs (82 sur 125) provient d’Europe ou d’Amérique du Nord, il souhaite que le collège cardinalice soit toujours plus «universel» et que l’on tienne compte, à Rome, des épiscopats du Sud. Avant de recevoir des mains de Benoît XVI la barrette rouge de cardinal, Mgr João Braz de Aviz s’est confié à I.MEDIA.

Ce souriant prélat de 64 ans vit depuis près de 30 ans avec 130 plombs dans le corps, ›souvenirs’ d’une fusillade au milieu de laquelle, jeune prêtre, il s’était retrouvé par hasard sur une petite route de campagne. Il a été nommé évêque au Brésil alors qu’il n’avait que 46 ans. Il passera alors par quatre sièges épiscopaux. En janvier 2011, Benoît XVI l’a arraché de Brasilia, la capitale, et nommé Préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, en charge de veiller sur près de 800 000 religieux et religieuses à travers le monde. Il ne cache pas son amitié avec le mouvement italien des Focolari.

Dans l’Eglise, mais plus largement sur le plan politique et économique, il souhaite que l’Europe et les Etats-Unis descendent de leur piédestal. Le nouveau cardinal assure que son nouveau titre n’est qu’un encouragement supplémentaire au «service» et pas une «grosse promotion».

Vous êtes à Rome le seul préfet de Congrégation représentant les continents du Sud du monde. Qu’est-ce que vos continents peuvent dire à ceux du Nord ?

En Amérique latine et ailleurs, nous devons reconnaître la grandeur historique et la beauté de l’Europe. Mais l’Europe devrait de son côté redescendre à une attitude de fraternité à l’égard des autres continents en cessant de regarder de haut les autres. D’un point de vue politique, économique, mais également dans l’Eglise… jusqu’à quand serons-nous dirigés par l’Europe et les Etats-Unis ? Il n’y en a peut-être plus pour très longtemps. On ne peut plus considérer que l’Amérique latine, l’Asie ou l’Afrique n’ont pas changé, qu’elles sont encore des colonies ou le tiers monde.

Le prochain pape ne viendra donc pas d’Europe ?

Non, le pape peut être originaire de n’importe où ! Il s’agit de prendre conscience qu’il y a entre nous, les chrétiens, une seule chose qui fait notre dignité : le baptême. Le ministère ne nous donne pas de dignité particulière, il fait de nous des serviteurs. Quant aux différents charismes, ce sont des dons au service de la communauté, mais ils ne rendent pas certains plus importants que d’autres. Nous sommes donc tous différents, avec notre ministère et nos charismes, mais nous avons tous la même dignité de baptisés.

Que dites-vous du déséquilibre du collège cardinalice au regard de la répartition des fidèles à travers le monde, et du nombre toujours très important d’Italiens ?

Je ne suis pas en mesure de juger cet équilibre, et il y a tellement de raisons ! Mais je pense que plus ce collège sera universel, mieux il représentera l’Eglise. On a déjà fait beaucoup en ce sens, mais il faut continuer. L’Eglise est tellement originale, avec son unité et la diversité du monde à la fois. C’est pourtant simple de voir cela ! Pourquoi ne tenons-nous pas compte de ce qu’ont déjà appris les Eglises à travers le monde, en appelant ici leurs représentants. Il y a des continents où l’Eglise se développe à merveille, en profondeur. Il nous faut avoir un cœur de plus en plus attentif à cela, sans avoir peur. Concernant de nombreux aspects, il faut encore re-évangéliser tous ces endroits…

Vous voulez dire qu’il faut évangéliser de nouveau le Vatican ?

Il y a des choses qui changent fortement, nous devons être attentifs ! C’est particulièrement dû à Benoît XVI, c’est un pape tellement humble, très intense dans son rapport personnel avec l’autre, et capable de discerner les problèmes au niveau intellectuel. Il y a ceux qui l’accusent de tout, mais on ne peut rien faire contre cela. Je pense qu’il est l’homme juste en ce moment de l’histoire de l’Eglise. Il a un courage terrible. Voici ce qu’il a récemment dit à tous les chefs de la curie romaine : «Soyez des témoins, soyez transparents en toute chose et travaillez comme des pasteurs prêts à donner leur vie pour les autres». Cette ›transparence’ m’a beaucoup touché. On a changé d’époque.

Que signifie votre accession au cardinalat ?

Le cardinal, c’est avant tout un titre, mais c’est aussi une marque de confiance du Saint-Père, d’une collaboration plus étroite avec lui car nous devons être prêts à donner notre vie pour l’Eglise, à ne pas rompre la communion.

Que répondez-vous à ceux qui vous placent parmi les ›papabili’ ?

Je réponds que nous serons 125 à pouvoir être élus ! (rires) Mais il y a quelque chose qui me préoccupe : parfois, pour beaucoup de gens, le cardinalat semble être une grosse promotion. Cette façon de voir les choses me choque, car le cardinalat offre surtout la possibilité d’un service, avec bien sûr plus d’autorité, mais ce n’est pas cela qui te rend plus important qu’un autre, pas plus que lorsque tu deviens évêque ! Je ne suis pas tellement intéressé par la préséance, par la place que l’on me donne ou pas. C’est en dedans de moi que des choses doivent changer, mais je ne veux pas perdre ma liberté intérieure d’être un homme de service, d’amour et de collaboration. Si je peux faire en sorte que le pape soit tranquille à propos de ce ›morceau d’Eglise’ dont j’ai la charge, alors je serai content. Je lui ai d’ailleurs dit récemment : si vous n’êtes pas content de nous, dites-le nous et nous changerons tout ! Il s’est mis à rire. (apic/imedia/ami/mp)

18 février 2012 | 10:09
par webmaster@kath.ch
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