Fribourg: L'Institut d'études œcuméniques tire un bilan positif de ses 50 ans d'existence

L’œcuménisme est devenu une partie essentielle de la formation théologique

Fribourg, 12 novembre 2014 (Apic) Selon le souhait de Vatican II, l’œcuménisme est devenu une partie essentielle de la formation théologique. C’est une des réalisations auxquelles a contribué, depuis sa création en 1964, l’Institut d’études œcuméniques de l’Université de Fribourg, assure son directeur, Guido Vergauwen. A l’occasion de la dernière manifestation du jubilé de l’Institut, qui se déroulera le 14 novembre à l’Université de Fribourg, le recteur de l’institution revient sur cette démarche de (re)connaissance mutuelle entre chrétiens.

Apic: Dans quelles circonstances est né l’Institut?

Guido Vergauwen: L’Institut a vu le jour en 1964, encore avant la fin du Concile Vatican II, qui avait encouragé le dialogue œcuménique et la création des institutions qui devaient y être consacrées. C’est mon prédécesseur direct, le professeur de théologie fondamentale Heinrich Stirnimann, décédé en 2005, qui avait pris l’initiative de fonder l’Institut à l’intérieur de la Faculté de théologie.

Apic: Quelles ont été les réalisations de l’Institut depuis ses débuts?

GV: Avec l’Institut, ont été créées une bibliothèque de recherches, ainsi qu’une série de publications, dont Studia Oecumenica Friburgensia. Des colloques sont également régulièrement organisés, tant avec les traditions issues de la Réforme qu’avec les divers courants de l’orthodoxie.

L’enseignement sur l’œcuménisme est une partie intégrante de la formation des théologiens. Nous offrons donc des cours sur l’œcuménisme et sur les questions importantes qui y sont liées.

Mais l’Institut a surtout été à la base de la création d’un réseau extrêmement actif de relations avec les autres confessions chrétiennes. Nous bénéficions aussi de la présence de nombreux étudiants provenant de ces confessions. Nous sommes également fiers d’avoir formé un grand nombre de personnes très compétentes dans le domaine de la théologie.

Tout cela a contribué de manière essentielle au rayonnement de la Faculté et de l’Université de Fribourg. A présent, les études œcuméniques sont un des trois piliers de la Faculté, avec l’Institut d’études bibliques et l’enseignement de la tradition dominicaine thomiste. Selon le souhait du Concile, l’œcuménisme est devenu une partie intégrante de la formation en théologie.

Apic: L’Institut semble particulièrement orienté vers les relations avec l’orthodoxie. Pour quelle raison?

GV: Cela tient à la fois du choix et de l’occasion. Depuis une dizaine d’années, nous travaillons de manière très intensive avec l’Institut orthodoxe de Chambésy, près de Genève, qui dépend du Patriarcat de Constantinople.

Cela tient aussi à l’orientation des compétences de nos collaborateurs. Nous avons, par exemple, à l’Institut, la professeur Barbara Hallensleben, qui est spécialisée dans la théologie orthodoxe. Il y a aussi la professeur Astrid Kaptijn, qui a de grandes connaissances dans le domaine des chrétiens d’Orient.

Ceci dit, nous avons également renforcé, ces dernières années, notre réseau avec les mouvements évangéliques en créant au sein de l’Institut du «Centre d’études pour la foi et la société». Le but est d’intéresser ainsi davantage les chrétiens venant des Eglises dites «libres».

Il faut également rappeler que Gottfried Locher, le président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), est membre du directoire de l’Institut.

Nous entretenons donc des liens très intenses aussi avec les traditions issues de la Réforme.

Apic: Le dialogue avec les protestants n’est il pas plus facile qu’avec les orthodoxes? On sait que les relations entre Rome et le Patriarcat de Moscou, notamment, sont délicates.

GV: Nous avons de très bons contacts avec le Patriarcat de Moscou, ainsi qu’avec celui de Constantinople. Le ‘numéro deux’ de l’Eglise orthodoxe russe, le métropolite Hilarion, est d’ailleurs professeur titulaire de la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg. Cela ne veut pas dire que nous souscrivons à toutes les positions politiques du Patriarcat. Mais nous restons dans une bonne atmosphère de dialogue en discutant de questions qui touchent avant tout le domaine de la foi.

Apic: Que pensez-vous de la situation de l’œcuménisme dans le monde?

GV: Il est vrai que la relation avec les Eglises autocéphales orthodoxes n’est certainement pas facile au niveau mondial. Il existe une commission officielle de dialogue, mais qui ne semble pas vraiment avancer sur des questions délicates surtout liées à la compréhension de la primauté. C’est ainsi toujours l’institution de la papauté qui est au cœur des débats.

Nous avons cependant de l’espoir que le grand synode des Eglises orthodoxes, annoncé en 2016, puisse contribuer à des ouvertures vers les autres Eglises, surtout l’Eglise catholique.

Avec les réformés, les questions portent beaucoup moins sur la primauté du pape que sur des aspects de la fonction même de l’Eglise et de la sacramentalité.

Mais il est dans tous les cas trop tôt pour faire un quelconque bilan du dialogue œcuménique, ce serait comme s’arrêter en chemin. Il convient plutôt de considérer le but du mouvement œcuménique, qui est que les Eglises restent en marche vers une plus grande unité et reconnaissance mutuelle.

Mon impression avec l’oecuménisme, c’est que l’on est toujours en quelque sorte au début, puisqu’il faut constamment reprendre les questions essentielles. Mais ce qui est aussi, voire plus, important que les grands débats théologiques, c’est de se reconnaître mutuellement, de s’apprécier mutuellement, de perdre ses préjugés envers l’autre, de refaire l’histoire de nos confessions, de «purifier la mémoire».

Encadré

Trois livres pour décrire l’unité dans la diversité

L’Institut d’études œcuméniques présentera, le 14 novembre, trois livres récemment parus qui «témoignent de façon exemplaire de trois horizons de perception du monde et de trois perspectives de notre engagement en dialogue», affirme Barbara Hallensleben, professeur de dogmatique et de théologie de l’œcuménisme à l’Institut dans un communiqué transmis à l’apic.

Pour le premier de ces ouvrages, Gudrun Sailer, de Radio Vatican, présente ses recherches sur l’archéologue Hermine Speier, une juive allemande qui fut engagée en 1934 dans les Musées du Vatican.

La traduction allemande du livre «Justification. God’s Plan and Paul’s Vision» de Nicholas Thomas Wright, théologien et professeur de Nouveau Testament et de christianisme primitif à l’Université de St Andrews, en Ecosse, est également présentée. L’auteur explique le contexte du débat et le professeur Friedrich Weber, ancien évêque luthérien et responsable pour les contacts avec l’Eglise catholique, réagit aux thèses principales.

L’experte en économie Natalia Makasheva, de Moscou, démontre l’actualité en Russie de la thèse d’habilitation de l’économiste et théologien Serge N. Boulgakov, intitulée «Philosophie de l’économie».

«Ces trois points de vue dans la diversité colorée universelle que l’on appelle, de façon raccourcie, «oecuménisme», illustrent bien l’esprit qui anime la commémoration de la création de l’Institut d’études œcuméniques», affirme Barbara Hallensleben.

Une nouvelle manière «d’être Eglise»

Dans sa présentation de l’Institut, elle rappelle que l’Université de Fribourg décida de créer l’institution avant même que les Pères conciliaires aient fini de débattre.

Elle souligne que, pour l’Institut, l’œcuménisme n’a jamais été assimilé à une forme de «politique étrangère de l’Eglise» destinée à quelques experts. Il s’agissait plutôt de la découverte d’une nouvelle manière «d’être Eglise». Le terme grec «oïkumenê» signifie le cercle terrestre habité. Le mouvement œcuménique ne doit donc pas se demander: qui est la véritable Eglise? Comment puis-je être sauvé? Il cherche plutôt ce que nous pouvons apporter pour répandre sur tout le cercle terrestre les promesses de Dieu et l’immense espoir qui l’accompagne, affirme Barbara Hallensleben.

La professeur souligne que la Faculté de théologie est elle-même devenue «un lieu de connaissance œcuménique où des étudiants de diverses confessions découvrent, à travers la rencontre avec d’autres, les forces et les limites de leurs traditions réciproques».

«Une période glaciaire de l’œcuménisme?», se demande Barbara Hallensleben. Elle estime en tout cas qu’à Fribourg, «il existe un sursaut dynamique et une joie intense, par lesquels l’Esprit de Dieu continuera à conduire l’Institut dans les 50 prochaines années». (apic/com/rz)

12 novembre 2014 | 09:26
par webmaster@kath.ch
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