La colombe est l'un des nombreux animaux représentés dans la basilique St-Pierre de Rome | © Dnalor 1/Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0
Vatican

La basilique Saint-Pierre est un véritable zoo

Avec le pape Léon (de l’italien ‘Leone’ – lion), c’est déjà le 14e de ces félins qui occupe le trône de Saint-Pierre. La basilique Saint-Pierre abrite en fait de nombreux animaux, outre des lions, on y trouve des dragons, des abeilles, et même des hérissons…

Sabine Kleyboldt, CIC / traduction et adaptation: Raphaël Zbinden

Il y a près de 500 ans, la basilique Saint-Pierre devait empester le fumier de cheval. Lors du tristement célèbre Sac de Rome, en 1527, les pillards transformèrent l’église, alors encore en chantier, en écurie. Un signe flagrant de mépris. Il fallut encore beaucoup de temps avant que la deuxième construction de la plus grande église de la chrétienté soit prête à recevoir des fidèles. Elle fut consacrée le 18 novembre 1626, il y a bientôt 400 ans.

Bien sûr, à ce moment-là, le crottin de cheval avait disparu depuis longtemps. Et pourtant, aujourd’hui, la basilique Saint-Pierre devrait résonner de hennissements, de bourdonnements, de roucoulements, de sifflements et de rugissements. Car l’édifice est un véritable zoo. Ses animaux vivent sur les armoiries papales, sur des mosaïques aux motifs mythologiques et bibliques ou comme ornements sur les colonnes et les portails.

Urbain VIII: des abeilles à la place des mouches

Le pape Urbain VIII (1623-1644), de son vrai nom Maffeo Barberini, a déjà provoqué beaucoup d’agitation en commandant à Gian Lorenzo Bernini (dit Le Bernin) l’immense baldaquin qui surplombe la tombe de Saint-Pierre. L’artiste l’a décoré d’une multitude d’abeilles, les animaux héraldiques du pape.

Le baldaquin aurait dû à l’origine être décoré de banales mouches piqueuses, explique l’historien de l’art Martin Raspe, de la Biblioteca Hertziana à Rome. En effet, la famille d’Urbain s’appelait en réalité ‘Tafani’, ce qui signifie «taons». Mais les Tafani ont préféré prendre le nom de leur ville natale toscane, Barberino Val d’Elsa, dont l’emblème est trois abeilles dorées. Dès lors, les nobles insectes mellifères ont remplacé les vulgaires taons sur les armoiries.

Pigeonnier pour le Saint-Esprit

Innocent X (1644-1655, Giovanni Battista Pamphilj) a fait de la basilique Saint-Pierre un véritable pigeonnier. Grâce à lui, depuis 1650, des pigeons sont perchés sur tous les piliers de la nef centrale, un rameau d’olivier dans le bec. Il s’agit de la branche que la colombe rapporta à l’arche de Noé, signe que le déluge était terminé et que Dieu offrait la réconciliation aux hommes.

Innocent utilisa ce symbole de paix dans ses armoiries à double escient: pour allégoriser son nom et confirmer sa légitimité en tant que vicaire du Christ sur terre, explique Martin Raspe. En effet, le mot grec «Pamphilos» signifie «ami de tous». Le symbole de la colombe, de par sa couleur blanche et sa nature pacifique, correspond de plus bien au nom «Innocent».

En tant que symbole du Saint-Esprit, la colombe n’apparaît que sporadiquement dans les églises. Dans la basilique Saint-Pierre, on la voit à l’intérieur du baldaquin du Bernin ainsi que sur la célèbre fenêtre de l’abside, les ailes déployées dans les deux cas.

Un dragon mignon pour Grégoire XIII

Les animaux héraldiques de Paul V (1605-1621) ont en revanche un aspect plus menaçant: l’aigle et le dragon trônent en bonne place au-dessus de la façade de la basilique Saint-Pierre, qu’il a fait construire. Le pape de la réforme du calendrier, Grégoire XIII (1572-1585), arborait également le dragon dans les armoiries de sa famille. Mais sur son tombeau, dans la nef latérale droite, la créature mythique semble presque mignonne, malgré ses pattes griffues et sa gueule ouverte.

L’iconographie chrétienne fait entrer de nombreux animaux dans la basilique. Ainsi, «l’Agneau de Dieu», symbole de Jésus-Christ, trône sous forme de sculpture dans la chapelle baptismale de la nef latérale gauche. Et les quatre évangélistes sont représentés de manière traditionnelle avec des créatures ailées sur les mosaïques rondes dans les écoinçons de la coupole principale: Marc avec le lion, Luc avec le taureau et Jean avec l’aigle, tandis qu’un homme se tient aux côtés de Matthieu.

Un adorable éléphant au plafond

Il faut également lever les yeux pour admirer les représentations animales dans les écoinçons de la coupole au-dessus de la chapelle baptismale. Les mosaïques de 1723 montrent des allégories des quatre continents connus à l’époque: l’Europe couronnée avec un cheval de bataille, l’Asie avec un chameau, l’Amérique avec un jaguar et l’Afrique avec un adorable éléphant.

L’une des rares œuvres d’art modernes représente le pape Jean XXIII (1958-1963) entouré de nombreuses personnes. Mais le seul personnage du relief en bronze d’Emilio Greco de 1970, situé dans la nef latérale gauche, qui regarde le pape avec confiance est un chien émacié, symbole de l’humanité affamée de justice, d’amour et de paix.

Toujours en l’honneur de Jean XXIII, Giacomo Manzù (1908-1991) a créé en 1964 la Porta della Morte, pratiquement toujours fermée, à l’extrême gauche de la basilique Saint-Pierre. La «porte de la mort» représente symboliquement de nombreux animaux qui fuient la lumière, notamment des pieuvres, des crabes, des hérissons et même une tortue mordant un serpent – le message discret de Manzù: la vie se défend contre la mort, mais sans perspective de victoire absolue.

Des félins dans la basilique

Innocent XI (1676-1689) est l’un des papes ayant contribué à la diffusion du «roi des animaux»: son tombeau, situé dans la nef latérale gauche, est soutenu par deux lions de bronze. Le monument dédié à Clément XIII (1758-1769), situé près des confessionnaux dans la nef droite, est également orné de lions.

Mais quel est le rapport entre ces animaux prédateurs et la papauté? «D’une part, le lion symbolise la noblesse et la royauté, ce qui ne semble pas très approprié dans la basilique Saint-Pierre, explique Martin Raspe. D’autre part, il symbolise la puissance et la souveraineté de l’État pontifical, dont le pape était alors le souverain.»

Le 14e lion sur le trône de Saint-Pierre est ainsi le pape Léon. Élu le 8 mai, le pontife ne fait toutefois pas référence à l’animal prédateur avec son nom, mais explicitement au «pape social» Léon XIII (1878-1903). Léon XIV ne fait référence à un lion ni dans ses armoiries ni dans son signe astrologique. Il a tout de même reçu en cadeau cet été un étalon arabe – qui ne sera bien sûr pas autorisé dans la basilique Saint-Pierre. (cath.ch/kath/cic/sk/rz)

La colombe est l'un des nombreux animaux représentés dans la basilique St-Pierre de Rome | © Dnalor 1/Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0
9 février 2026 | 11:15
par Rédaction
Temps de lecture : env. 4  min.
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