Suisse

La Bolivie à Romont

«Combien de ‘Suisses’ faut-il pour remplir la Bolivie?», demande Noemi Honegger avec un léger accent suisse allemand. «20», «100», «1000»: les réponses fusent dans la salle de théâtre de l’école primaire de Romont ce mercredi soir 10 décembre! Une trentaine d’enfants sont là pour rencontrer d’autres jeunes venus de Bolivie, invités par Missio, la branche suisse des Œuvres Pontificales Missionnaires internationales. Deux mondes, avec leurs ressemblances et leurs dissemblances, sont allés à la rencontre l’un de l’autre.

«Vous savez, chez nous les situations des enfants sont très différentes entre elles. Certains ont tout et d’autres vivent dans des familles très pauvres», explique Alvaró, l’aîné de cette délégation de cinq jeunes venus de la ville Cochabamba, au centre de la Bolivie. «Il arrive que certains parents doivent partir dans des pays lointains pour gagner leur vie. Ils envoient beaucoup de cadeaux à leurs enfants restés en Bolivie, comme des téléphones portables ou des jouets. Mais ces enfants sont tristes».

«Au moins, toi, tu as une maman!»

Des situations parfois douloureuses que les jeunes ont mis en scène dans une petite pièce de théâtre pour faire comprendre à la trentaine d’enfants du catéchisme de Romont le quotidien de certains jeunes Boliviens. «Tu as trop de chance d’avoir autant de jouets et un téléphone portable!» lance ainsi la petite Jhancarla à José Pablo, dont les parents sont partis travailler à l’étranger. «Moi j’en ai pas et en plus je dois aider ma maman dans son travail». «Au moins ta maman est avec toi!», lui répond José Pablo, dépité.

Un téléphone portable ne remplacera jamais la présence d'une maman (Photo: Pierre Pistoletti) Un téléphone portable ne remplacera jamais la présence d’une maman (Photo: Pierre Pistoletti)

«Elle est vraie cette histoire?», demandent un enfant du catéchisme. «Ce sont des situations que l’on retrouve malheureusement souvent en Bolivie», répond Martin Bernet, coordinateur du bureau suisse alémanique et rhétoromanche de Missio, qui accompagne les jeunes Boliviens dans leur séjour en Suisse amorcé il y a un mois.

«Nous espérons qu’ils repartiront avec la conviction qu’un lien fraternel est possible entre différentes cultures»

Si certaines situations émeuvent les jeunes présents, la Bolivie est aussi pour eux un motif de curiosité. Ce grand pays, qui pourrait contenir 26 fois la Suisse, «ressemble à une maison à trois étages» explique, photos à l’appui, Noemi Honegger, collaboratrice à Missio. «Il y a des plaines au climat tropical, un vaste plateau, l’Altiplano, et de grands sommets qui culminent à plus de 6500 mètres d’altitude». «Il y a beaucoup de différences entre les régions, renchérit Alvaró, et parfois un peu de rivalité. Mais l’équipe nationale de football et la fête de la Vierge d’Urcupina, qui a lieu chaque année au mois d’août à Cochabamba, rassemble tout le pays».

4’000 km et 25 étapes

Les petits Romontois sont tout ouïe et ouvrent de grands yeux écarquillés. Les chants et la danse leur permettront, plus tard, d’aller encore plus avant dans la rencontre de ces jeunes si différents et si proches à la fois.

«Leur quotidien devient tangible pour les enfants que nous rencontrons ici en Suisse, explique Martin Bernet. «Dans le même temps, en venant en Suisse, ils découvrent notre manière de vivre». «Nous espérons qu’ils repartiront avec la conviction qu’un lien fraternel est possible entre différentes cultures», ajoute Noemi Honegger, comme pour signifier l’essentiel de cette initiative qui s’achève ces jours.

Romont est en effet l’ultime étape d’un séjour d’un mois où Ana Belén, José Pablo, Jhancarla, Claudia et Alvaró sont allés à la rencontre de jeunes de toute la Suisse. 25 rencontres ont jalonné leur voyage, les conduisant de Saint-Gall – où ils ont été reçus par Mgr Markus Büchel – à Sion en passant par la Suisse centrale et le Tessin.

Vie de famille

«Nous avons vécu quatre semaines ensemble», explique Martin Bernet. «Nous avons parcouru plus de 4’000 kilomètres, nous avons séjourné dans différents endroits de Suisse. A côté des rencontres, il fallait s’occuper des petites choses du quotidien: cuisiner, faire la lessive, organiser nos journées». Quatre semaines «en famille» avec ses joies et ses peines ont permis à ces jeunes Boliviens de s’immerger dans leur pays d’accueil.

«Les Suisses sont très respectueux et très bien éduqués», s’émerveille Ana Belén, douze ans, toute sérieuse. «Il y a beaucoup de chocolat, on en trouve partout, mais les enfants dansent moins que chez nous». Elle repart chez elle, ce week-end chargée de souvenirs et de nouveaux amis.


Encadré:

Infancia y Adolescencia Misionera (IAM)

Ana Belén, José Pablo, Jhancarla, Claudia et Alvaró font partie de l’Infancia y Adolescencia Misionera (IAM), une association qui permet aux enfants et jeunes Boliviens de se retrouver tous les samedis pour chanter, prier et jouer. Ils approfondissent leurs connaissances de la Bible et de la vie de Jésus. En dehors de leur groupe, ils s’engagent auprès de personnes âgées, malades et dans le besoin en donnant ainsi une visibilité publique à leur vie dans la foi chrétienne. Les groupes de l’IAM font partie de Missio en Bolivie, qui leur fournit le matériel pédagogique. Les groupes sont très actifs et dynamiques, parce que, en tant qu’animateurs, les enfants et les jeunes portent eux-mêmes la responsabilité de la vie du groupe.

Jhancarla et Noemi Honegger, collaboratrice à Missio pour le secteur Enfance
10 décembre 2015 | 14:33
par Pierre Pistoletti
Bolivie (49), Missio (33), Romont (14)
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