Jérusalem: Appel des leaders chrétiens pour mettre un terme à l’occupation de la Palestine

La communauté internationale interpellée par le ’Kairos palestinien’

Jérusalem, 14 décembre 2009 (Apic) La communauté internationale reste étrangement silencieuse à la veille de Noël alors que nombre de Palestiniens ont le sentiment de se trouver dans une impasse, affirment les leaders de diverses communautés et organisations chrétiennes de Terre Sainte.

Dans un document publié ce week-end et intitulé «Un moment de vérité», l’ancien patriarche latin Michel Sabbah, l’évêque luthérien de Jérusalem Munib Younan, et l’archevêque Theodosios Atallah Hanna, du Patriarcat orthodoxe grec de Jérusalem, parlent d’un ’Kairos palestinien’ (*). Leur appel est destiné à secouer l’opinion publique afin de mettre un terme à l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Les chefs religieux chrétiens veulent interpeller les responsables politiques de la région et les Eglises du monde entier sur leur rôle dans l’aspiration à la liberté du peuple palestinien. Même «au milieu de cette catastrophe», l’appel se veut une parole de foi, d’espérance et d’amour.

Au milieu de la catastrophe, une parole de foi, d’espérance et d’amour

Réunis à Bethléem, dans la ville qui a vu naître le Christ, aujourd’hui enserré dans de hauts murs qui l’étranglent, les dirigeants chrétiens ont publié ce week-end un document intitulé le ’Kairos palestinien’, on se référant à l’appel lancé par les Eglises sud-africaines dans le milieu des années 80, au plus fort de la répression exercée par le régime d’apartheid. Cet appel avait galvanisé les Eglises et un large public dans un effort concerté qui avait fini par aboutir à la chute du régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Les auteurs du document interpellent les responsables politiques des sociétés palestinienne et israélienne, la communauté internationale et leurs «frères et sœurs dans nos Eglises» dans le monde sur la nécessité urgente d’une paix accompagnée de justice. Exprimant leur douleur, les signataires de l’appel dénoncent le vide des promesses et des déclarations sur la paix dans la région.

Mépris manifeste d’Israël pour le droit international

Ils attirent l’attention du monde sur le mur de séparation érigé en territoire palestinien, le blocus de Gaza, les ravages causés à leurs terres par les colonies israéliennes, l’humiliation aux points de contrôle, les restrictions en matière de liberté religieuse et le contrôle des accès aux lieux saints, le sort des réfugiés attendant leur droit au retour et des prisonniers croupissant dans les prisons israéliennes, le mépris manifeste d’Israël pour le droit international ainsi que la paralysie de la communauté internationale face à cette tragédie.

Rejetant l’argument de la légitime défense avancé par Israël pour justifier ses agissements, ils déclarent sans ambiguïté que s’il n’y avait pas d’occupation, «il n’y aurait pas de résistance; il n’y aurait eu non plus ni peur ni insécurité.»

«Non à toute utilisation de la Bible pour légitimer l’injustice

Selon les signataires de ce «Kairos palestinien», «Dieu nous a créés non pour que nous nous disputions et nous affrontions,» mais pour «édifier ensemble cette terre, par notre amour et notre respect mutuel.» Ils ajoutent croire que leur terre «a une vocation universelle» et affirment que «la promesse de la terre ne fut jamais un titre d’appropriation politique. Elle est plutôt une introduction au salut universel». Par ailleurs, le «lien avec cette terre est une question existentielle. Ce n’est pas seulement une question d’idéologie ou de théorie théologique», disent-ils. En outre, ils rejettent toute utilisation de la Bible pour légitimer ou soutenir des choix et des positions politiques qui se fondent sur l’injustice.

Qualifiant l’occupation des terres palestiniennes de «péché à l’encontre de Dieu et de l’humanité», ils s’accrochent fermement aux signes d’espoir, tels que les centres locaux de théologie et les nombreux dialogues interreligieux, affirmant que ces signes apportent de l’espoir à la résistance à l’occupation. Dans une approche pacifique, la résistance est autant un droit qu’un devoir, car elle a la capacité de hâter le moment de la réconciliation.

A l’approche de Noël 2009, les signataires de l’appel concluent avec émotion: «En l’absence de tout espoir, nous faisons entendre aujourd’hui notre cri d’espoir. Nous croyons en un Dieu bon et juste. Nous croyons que sa bonté finira par triompher sur le mal de la haine et de la mort qui règne encore sur notre terre. Et nous finirons par entrevoir une ’terre nouvelle’ et un ’homme nouveau’, capable de s’élever par son esprit jusqu’à l’amour de tous ses frères et sœurs qui habitent cette terre».

La communauté catholique de Terre Sainte, à l’approche de Noël, cherche à améliorer le climat des rapports interreligieux et à multiplier les occasions de dialogue et de réconciliation au niveau social et religieux. De récents épisodes, comme l’attaque de certaines colonnes israélienne contre une mosquée en Cisjordanie font craindre que le conflit israélo-palestinien, sur le plan politique, dégénère en «guerre de religion». Mais, «Dieu ne peut jamais être source de violence et de destruction», répètent les leaders dans le document. (*) Le «kairos» est un «moment de grâce», un «temps favorable». (apic/com/coe/fides/be)

14 décembre 2009 | 11:35
par webmaster@kath.ch
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