«La communauté ne vit pas sur une île»

Suisse: Nouveau départ pour la communauté oecuménique de Beinwil

Beinwil, 13 août 2009 (Apic) «La communauté de Beinwil ne vit pas sur une île», affirme Christoph Wilden, théologien réformé allemand et directeur, depuis le 1er février 2008, de la Communauté Oecuménique de Beinwil, dans le canton de Soleure (Suisse). Un an et demi après la renaissance de la vie communautaire dans l’ancien Monastère bénédictin, il tire un bilan positif. La Communauté Œcuménique avait été dissoute en 2006 en raison de difficultés internes.

«Nous ressentons une grande sympathie de la part des Eglises et de la région», déclare-t-il à l’Apic dans une interview. Installée dans l’ancien monastère bénédictin de Beinwil dans le canton de Soleure, depuis les années 1980, la Communauté Oecuménique a connu des hauts et des bas, pour être finalement dissoute en 2006 en raison de querelles autour de l’ancien prieur Christian Homey. A l’époque, les dissensions avaient fait la une des journaux.

Les temps difficiles sont un avertissement

Depuis le nouveau départ en février 2008 avec une nouvelle communauté, «de nombreux amis du monastère» sont aussi de retour, selon Christoph Wilden. Les temps difficiles sont un avertissement pour la Communauté qui a dû, dans un premier temps, consacrer une bonne partie de son énergie à la rénovation des bâtiments. Elle peut maintenant se consacrer à l’accueil de ses hôtes.

La nouvelle structure offre 30 chambres simples et des espaces de travail pour des réflexions et méditations spirituelles. La Communauté offre également des manifestations comme une «nuit du silence» ou des jours de réflexion. Elle songe également à la constitution d’autres communautés comme par exemple à Fribourg ou à Bâle.

Avec pour base l’Evangile et la règle de Saint Benoît, la vie communautaire réside dans la «rencontre œcuménique et le silence dans le style de vie, le travail et l’hospitalité». La communauté ne reçoit de subventions permanentes ni l’Eglise ni de l’Etat, mais subvient à ses propres besoins. Le Cercle des amis, fort de quelque 180 membres, ainsi que quelques dons contribuent à son entretien. 15 membres composent actuellement la Communauté; ceux-ci exercent leurs professions à l’extérieur du monastère. AK/JS

Apic Interview

Par Andrea Krogmann

Apic: Les anciennes blessures sont-elles cicatrisées? Qu’est-ce qui a changé depuis ce renouveau dans la vie en commun?

Christoph Wilden: Grâce à l’aide de Dieu, nous avons bien pu redémarrer la Communauté en 2008. Au cours des 20 dernières années, de nombreuses personnes déçues ont quitté Beinwil. Mais dès l’année passée déjà, après une longue période d’absence, nombre d’entre elles ne pouvaient plus attendre de pouvoir, revenir à Beinwil et y prier dans le silence. Cette année aussi, nous assistons à un grand retour de nombreux amis du monastère.

Ce lieu est ouvert à toutes les personnes de bonne volonté et sans aucune barrière, tout comme Dieu est présent pour tous, sans aucune condition préalable. A certains, c’est l’accès et la disponibilité à la réconciliation réciproque qui est nécessaire. Nous sommes reconnaissants au passé pour tout le bien qu’il a pu apporter, mais, d’un autre côté, c’est pour nous aussi un avertissement. Nous éprouvons actuellement une grande sympathie de la part des Eglises et de la région. Un très beau signe en est la bonne cohabitation avec la paroisse de Beinwil. Tout a contribué de manière décisive à ce nouveau départ. Et on peut vraiment percevoir comment les gens l’espéraient depuis longtemps et comment ils sont prêts à collaborer avec nous.

Apic: Après la phase de «reconstruction», votre communauté cherche maintenant le «contact dans la région, au service de laquelle elle présente son offre». En quoi consiste ce service? Comment la communauté conçoit-elle sa mission?

Christoph Wilden: Nous avons consacré notre énergie jusqu’à maintenant à reconstruire: les bâtiments étaient en mauvais état. Aujourd’hui, les locaux et les jardins sont accueillants. Des hôtes individuels ou en groupes les utilisent déjà pour quelques heures ou pour plusieurs jours. Nous avons maintenant le loisir d’accepter des demandes de paroisses. D’une part, des groupes peuvent trouver chez nous 30 chambres individuelles ainsi que des salles de réunion comme cadres spirituels pour leur travail. D’autre part, nous consacrons davantage d’énergie pour créer différentes manifestations: une nuit du silence, des journées de réflexion et de méditation…

La communauté ne vit pas sur une île. Comme chrétiens, nous sommes intéressés par ce qui se passe dans le monde. De nombreuses personnes se sentent concernées par notre message proposant les valeurs chrétiennes face à la cupidité et la démesure dans le contexte de la crise financière et économique mondiale. A Beinwil, nous acceptons dans notre vie quotidienne des hôtes, indépendamment de leur relation à l’Eglise, de leur religion ou de leur origine. Nous songeons également nous engager à l’extérieur, comme par exemple en créant des communautés à Fribourg ou à Bâle.

Apic: Comment se compose la nouvelle communauté ? Quel est le déroulement d’une journée?

Christoph Wilden: La communauté se compose de 15 personnes, d’âges, de professions, de nationalités, de formes de vie divers, mais qui vivent toutes selon la règle, que ce soit au monastère ou à l’extérieur. Certaines demeurent constamment ici, mais la plupart ont une profession ou une famille et viennent ici de manière permanente plusieurs fois par mois et pour plusieurs jours. Toutes se sont engagées à participer au travail à Beinwil. Toutes sont égales. Nous ne distinguons pas entre les uns et les autres, entre catholiques et évangéliques, entre hommes et femmes, et ainsi de suite. Chaque jour, de deux à cinq membres sont présents ici. Trois nouveaux membres viennent juste de nous rejoindre et nous nous réjouissons de cette saine croissance.

Chaque journée est ponctuée par les trois heures de prière à 7, 12 et 21 heures, ce qui vient du temps où l’Eglise n’était pas encore divisée. A cela s’ajoutent des périodes d’échange, de silence et de travail. La force du silence qui ressort de ce lieu est impressionnante. On peut difficilement décrire ce phénomène, mais chacun peut venir ici et en faire lui-même l’expérience.

Apic: Vous avez choisi comme devise celle de l’ancien évêque de Bâle, Mgr Anton Hänggi, «ut unum sint». Que signifie-t-elle concrètement pour vous?

Christoph Wilden: D’abord la reconnaissance que par nos seules forces nous ne serions plus ici: la confiance en Dieu et la prière nous donnent le calme et l’énergie d’aborder la multiplicité des tâches qui nous attendent. Au sens propre du terme œcuménisme, nous cherchons le dialogue et la prière, non des disputes théologiques. On veut vivre l’œcuménisme au quotidien, que ce soit à Beinwil ou à l’extérieur. De même les exigences de la société ne peuvent être satisfaites qu’en commun et dans le respect mutuel. La paix confessionnelle est un grand bien et une mission de Dieu qui concerne tous les chrétiens.

Apic: Vous vivez selon la règle de Saint Benoît. Qu’est-ce qui vous distingue des autres communautés qui suivent cette règle?

Christoph Wilden: A tous, la règle ne donne pas de réponses toutes faites – elle nous exhorte à prendre en considération les conditions actuelles de vie. A réfléchir comment Benoît les formulerait aujourd’hui. Nous nous efforçons de pratiquer la rencontre œcuménique et d’adopter un style de vie empreint de silence. Nous intégrons les hôtes à la communauté: ils ont accès aux espaces intérieurs du monastère. Les prières et les repas sont communs. Ce qui signifie une participation directe à notre vie quotidienne. L’hôte ne doit pas être emprunté par quelque motif que ce soit. C’est pourquoi nous n’avons pas de prix fixes de séjour. Ici aussi, nous faisons confiance à Dieu.

Apic: Comment est financée la communauté? Les membres vont-ils poursuivre leur activité professionnelle?

Christoph Wilden: A Beinwil, nous travaillons sans salaire, sans employés, sans aide permanente de l’Eglise ou de l’Etat. De nombreux membres de la communauté poursuivent leur activité professionnelle à l’extérieur. Nous obtenons aussi de l’aide d’autres personnes, qui nous font des dons occasionnels ou qui nous soutiennent financièrement. Nous sommes reconnaissants au «Cercle des amis» et à ses 180 membres. Sa croissance est pour nous une confirmation: souvent, après une visite ici, des hôtes adhèrent à ce Cercle. D’autres ont été convaincus de nous soutenir après notre nouveau départ. Il ne faut pas oublier que ce lieu, avec sa force, transforme les êtres humains et les met sous la garde de Dieu.

Indications: Communauté Œcuménique Beinwil, Prières chaque jour à 7 H, 12 H et 21 H; le dimanche aussi à 15 H. Visites du monastère et du musée: chaque jour de 9 H à 19 H . www.beinwil.org

Indications pour les rédactions: des photos gratuites sont disponibles pour ce reportage. Vous pouvez les commander à l’agence de presse Apic: kipa@kipa-apic.ch

13 août 2009 | 09:32
par webmaster@kath.ch
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