La crise asiatique attaque de plein fouet Hong Kong

Hong Kong à l’heure de son «apocalypse» économique

Hong Kong, 8 juin 1998 (APIC) La crise asiatique est en train d’arracher à Hong Kong tous les records économiques qu’elle avait acquis en vingt ans. Le paradis des touristes et les meilleurs «duty free shops» (libre de taxes) de la région, après avoir été pris d’assaut par les nouveaux riches de Malaysia et de Taïwan, sont aujourd’hui devenus une sorte de musée, visités par des employés chinois de la mère-patrie, qui regardent, mais qui n’achètent pas. Hong Kong vit actuellement à l’heure des bouleversements sociaux et politiques à cause de la crise qui frappe l’Asie.

La faute n’en revient pas à son retour à la Chine. Depuis l’effondrement des monnaies du sud-est asiatique, en août dernier, Hong Kong perd en effet toujours plus de clients et d’investissements. Les hôtels qui donnaient une chambre au prix de 1’500 dollars HK (300 francs), offrent à présent des chambres luxueuses à 75 francs. Mais les salons ornés de tapis et de plantes tropicales sont vides. Un vendeur de pierres précieuses déclare que son commerce n’est plus qu’à 10% de ce qu’il était il y a quelques mois. Les maisons et les bureaux qui, dans le passé, étaient à des prix inabordables, vraie richesse de la Bourse de Hong Kong, ont vu leur valeur baisser de 50%.

La population est prise de panique. La ville de rêve, où tous espéraient pouvoir vivre, est considérée à présent comme une place sans avenir : les domestiques philippines elles-mêmes, qui payaient des «fortunes» pour aller travailler à Hong Kong, se débattent pour essayer d’émigrer ailleurs, en Italie par exemple. Les étudiants qui ont passé leurs examens ne trouvent pas de travail et devront probablement se contenter d’une place en Chine où l’on cherche du personnel qualifié; mais les salaires représentent un dixième de ce qu’ils étaient à Hong Kong. Cela peut entraîner une dispersion des gens de Hong Kong sur le territoire chinois, et l’impossibilité, pour beaucoup, d’y retourner et de s’y marier.

Le fléau du chômage

A Hong Kong, le chômage est devenu un fléau. D’après les syndicats, cette nouvelle maladie, presque inconnue auparavant, frappe aujourd’hui 13% de la population active, alors que le gouvernement affirme qu’elle a atteint «seulement» 3%.

La métamorphose, pour ne pas dire l’apocalypse économique de Hong Kong est le reflet de ce qui se passe dans tout l’Extrême-Orient. Avec une différence: que l’ex-territoire anglais a peut-être encore des réserves qui peuvent lui permettre de survivre à la crise qui, selon les pronostics, durera au moins deux ans. Mais qu’en sera-t-il d’autres pays: Thaïlande, Indonésie, Myanmar, Vietnam, Corée et Chine ?

Selon des chiffres donnés par l’Agence internationale FIDES à Rome, d’ici la fin de l’année, 1’800’000 Thaïlandais perdront leur travail, 1’000’000 de Coréens, 3’000’000 d’Indonésiens, 20’000’000 au moins de Chinois. «Nous sommes probablement au tout début d’un bouleversement économique, social et politique de l’Asie tout entière. Il y a le risque que la chute des marchés n’entraîne une fermeture des économies: la Malaysie et Singapour chassent déjà les réfugiés en provenance d’Indonésie; et les travailleurs venus du Myanmar, des Philippines, du Bangladesh, sont renvoyés dans leurs pays», écrit FIDES.

La misère et l’inflation qui étouffent ces pays risquent d’exploser contre les gouvernements, qui sont tous soutenus par l’armée, et en rien soutenus par la population, sauf en Corée. Ce qui s’est passé en Indonésie peut constituer une prophétie pour la Thaïlande, le Myanmar, le Vietnam, la Chine. Le jour de la démission du Président Suharto, Télé Pékin a donné seulement la nouvelle, sans montrer les images des manifestations et des émeutes populaires: Elles rappelaient de trop près celles du mouvement de Tienanmen, commencé lui aussi avec la critique contre la corruption et l’augmentation des prix. Ce même soir, le canal international de la CNN a connu un ’black-out’ surprenant des images», commente en conclusion l’Agence romaine. (apic/fides/pr)

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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