Afrique: Une enquête révèle la position hégémonique des négociants suisses sur le pétrole du continent

La Déclaration de Berne et SWISSAID demandent plus de transparence

Berne, 21 juillet 2014 (Apic) Les négociants suisses de pétrole possèdent une position hégémonique en Afrique subsaharienne. C’est ce que révèle une enquête exclusive publiée le 21 juillet 2014 par la Déclaration de Berne (DB) et SWISSAID, avec l’organisation américaine «Natural Resource Governance Institute». Les ONG de développement demandent à la Confédération d’augmenter la transparence des transactions dans le contexte de pays producteurs massivement marqués par la corruption.

Le rapport «Big Spenders: Swiss Trading Companies, African Oil and the Risks of Opacity» relève que les négociants suisses font main basse sur un quart du pétrole africain. L’ampleur des achats de brut réalisés entre 2011 et 2013 par les acteurs helvétiques auprès des gouvernements des dix principaux pays exportateurs d’Afrique subsaharienne atteint 55 milliards de dollars, soit l’équivalent de 12% des recettes budgétaires cumulées de ces Etats. Ces flux financiers, opérés dans des contextes où la corruption s’avère endémique, requièrent une transparence que le Conseil fédéral s’est refusé d’imposer en juin 2014, préférant que la Suisse demeure une oasis réglementaire pour les négociants, fustige DB et SWISSAID dans un communiqué du 21 juillet.

Haro sur le brut

Les négociants se sont aménagés une part de marché de 25% sur le segment très opaque du pétrole mis en vente par les Etats et les compagnies publiques, affirment les ONG suisses. Allant jusqu’à détenir le monopole dans certains pays, les sociétés helvétiques dominent nettement les exportations au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale, au Nigeria ainsi qu’au Tchad, indique le rapport. Au Tchad, le géant des matière premières Glencore, basé à Zoug, a acquis en 2013 100% de la part étatique du pétrole pour une valeur correspondant à 16% du budget national de ce pays, l’un des plus pauvres de la planète. En Guinée équatoriale, les firmes Arcadia Petroleum, basée à Nyon, Glencore, Trafigura, basée à Lucerne et Vitol, qui a son siège à Genève, ont acheté du brut pour plus de 2,2 milliards de dollars en 2012, un montant égal à 36% des recettes du pétro-Etat, classé avant-dernier au niveau mondial en matière de corruption. Au Nigeria, les négociants suisses ont exporté du brut pour 37 milliards de dollars entre 2011 et 2013, soit plus de 18% du budget de la première économie du continent africain.

La «malédiction des ressources»

Ces nations sont victimes de la «malédiction des ressources», phénomène décrivant les pays qui disposent d’importantes réserves de matières premières mais dont les indicateurs de développement humain restent faibles, expliquent les ONG. La mauvaise gouvernance et la corruption comptent parmi les maux qui régissent et perpétuent cette malédiction, rendue possible par le secret entourant la conduite des affaires.

Ainsi, pour DB et SWISSAID, la transparence constitue l’un des moyens pour remédier à ce scandale, parce qu’elle permettrait aux citoyens de ces pays de demander des comptes à leur gouvernement quant à la façon dont celui-ci administre leur principale source de richesse.

«En tant que pays hôte de la première place de négoce des matières premières au niveau mondial, la Suisse peut et doit prendre ses responsabilités», lancent les ONG de développement. Elles rappellent que le Conseil fédéral avait cette possibilité, suite à un postulat déposé par le Parlement lui demandant d’examiner l’opportunité d’introduire une loi sur la transparence des paiements applicable à l’ensemble du secteur des matières premières, c’est-à-dire à l’extraction et au négoce. Tout en reconnaissant l’importance d’une telle transparence pour les pays producteurs ainsi que le risque de réputation que le secteur fait peser sur la Suisse, le gouvernement a refusé, fin juin 2014, d’inclure le négoce dans son projet de réglementation. «S’il maintient cette position inacceptable, les transactions faramineuses réalisées entre firmes suisses et gouvernements africains demeureront secrètes», préviennent DB et SWISSAID. (apic/com/rz)

21 juillet 2014 | 11:54
par webmaster@kath.ch
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