Iran: Mgr Grampa discute avec les Ayatollah

La dignité humaine: un entretien entre sourds?

Lugano, 21 janvier 2011 (Apic) Mgr Pier Giacomo Grampa a livré ses impressions au «Giornale del Popolo», le 19 janvier, à son retour de voyage en Iran avec le Groupe de travail «Islam» de la Conférence des évêques suisses (CES). Quatre jours d’entretiens dans quatre instituts différents de recherche, deux à Téhéran et deux à Qom, le centre des études religieuses, philosophiques et scientifiques du pays avec ses deux universités, ses 33 instituts de recherche religieuse, tel a été le programme de la délégation helvétique, du 7 au 14 janvier 2011.

Aux dires de Mgr Grampa, président du Groupe de travail «Islam» de la Conférence des évêques suisses, les rencontres ne furent pas faciles. La diversité de langage, d’approche méthodologique, de culture, de sensibilité humaine et d’expérience religieuse ont généré des moments d’incompréhension et de tension, a confié l’évêque de Lugano au «Giornale del Popolo». Une autre raison, à ses yeux, est que la délégation suisse était toujours composée des mêmes personnes, qui ont développé un langage articulé, alors que leurs interlocuteurs ont continuellement changé en fonction des différents instituts. Ils ont alors fini par répéter les mêmes discours, d’ordre général sur le problème de la dignité humaine, qui ne doit pas être confondue avec celui des droits de l’Homme. Au contraire, la délégation helvétique a affronté les différents aspects politiques, juridiques, sociologiques, éducatifs et religieux, que l’affirmation du principe de la dignité humaine entraîne, a précisé Mgr Grampa. Les personnes rencontrées ont surtout insisté pour dire que l’Islam a une autre vision.

La dignité vient de Dieu

La dignité vient de Dieu, a insisté le prélat. Tous les prophètes l’ont affirmé différemment. Et même si on change le mode d’agir de l’Homme, la volonté de Dieu ne change pas. Il faut donc éduquer à la sagesse humaine, sur la base de la Parole de Dieu contenue dans le Coran. C’est pourquoi, on ne peut pas accepter tous les documents produits de l’Occident sur les droits humains, leur a-t-on dit. Celui qui affirme sa supériorité sans la sagesse, la perd, et ce qui est différent dans ses contenus ne peut être mis sur le même plan. D’où le reproche adressé à la délégation suisse, à mi-parcours, d’être préoccupée par des problèmes singuliers et de sacrifier plutôt la vision de fond.

Des points de désaccord et des bases communes

Il n’y a pas de points d’accord, a protesté irrité un ayatollah, provoquant ma ferme réaction, a précisé l’évêque de Lugano. Ainsi, «pendant que j’illustrais les caractéristiques concrètes d’un dialogue fructueux, un petit billet où il était écrit «please conclude» m’est parvenu. Alors, je n’ai pas manqué d’exprimer ma surprise… Surprise parce que… le dialogue ne doit pas abolir les différences, mais les éclairer, les faire comprendre, les harmoniser, ce qui ne veut pas dire les mêler». Ce serait alors comme mêler une tasse de thé avec une tasse de café, a illustré Mgr Grampa.

Durant le dialogue, des bases communes ont émergé, mais il reste des points concrets à clarifier. Il ne suffit pas de dire que les droits humains doivent être en consonance avec les lois des pays respectifs, il faut encore attester la conformité des lois à la dignité humaine, a insisté le président du Groupe «Islam». Si la prémisse est que seul le Coran est lumière et tout le reste ténèbre, le discours est terminé. Au contraire, si au blanc et au noir on oppose les couleurs de l’arc-en-ciel et on cherche les voies de la compréhension dans la diversité, peut-être quelque nouvel objectif peut être atteint. Du point de vue des musulmans, ce qui n’est pas selon le Coran est athée, matérialiste, infidèle. Sur le fond, le discours de la laïcité remonte à la surface: donner à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, non seulement dans les consciences privées, mais aussi dans le social et le public, a relevé l’évêque de Lugano. Les rencontres ont quand même confirmé que le dialogue doit être l’unique voie parcourable entre les hommes de foi, mais aussi de raison. En conclusion, l’évêque a rappelé que le dialogue de foi ne peut être, pour l’Homme, qu’un assentiment raisonnable. (apic/GdP/pgg/ggc)

21 janvier 2011 | 17:53
par webmaster@kath.ch
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