L’Eglise catholique est menacée en Russie: Alexis II n’en a cure
La division s’accentue entre le Vatican et le Patriarcat de Moscou
Lettre du pape à Boris Eltsine:
l’Eglise catholique n’est pas une communauté étrangère !
Rome, 18 juillet 1997 (APIC) Le fossé entre le patriarcat de Moscou et le Vatican s’est encore agrandi. Quelques heures après la publication, jeudi à Rome, de la lettre personnelle du pape au président Eltsine, demandant à ce dernier de mettre son veto au projet de loi sur la liberté de conscience et les associations religieuses, adopté par la Douma, Alexis II faisait connaître sa position. En priant ce même président de signer cette nouvelle loi.
Le projet de loi sur la liberté de conscience et les associations religieuses adopté le mois dernier par la Douma inquiète en effet le pape Jean-Paul II. Il l’a fait savoir au président Eltsine. «Ce texte est «une réelle menace» pour le déroulement normal des activités de l’Eglise catholique «et même pour sa survie», écrit-il dans une lettre datée du 24 avril, dont le texte a été rendu public jeudi par le Vatican.
Le 18 juin dernier, la Chambre des députés du Parlement russe, la Douma, adoptait en effet en deuxième lecture et à une majorité écrasante, une législation restrictive qui lui avait été soumise le 15 juin, destinée à protéger les religions traditionnelles de la Russie. Contrôlée par les communistes et dominée par les tendances nationales-conservatrices, la Douma entend limiter sévèrement les activités des missionnaires étrangers et des groupes religieux minoritaires considérés comme des sectes.
Une présence séculaire
Dans sa lettre, Jean-Paul II se souvient des ses «entretiens cordiaux» avec le président de la Fédération de Russie pour lui exprimer «en toute confiance» sa «grave préoccupation» face à ce texte «très restrictif» par rapport à la loi «sur les Confessions religieuses» de 1990. Un texte qui, «s’il était définitivement adopté, constituerait pour l’Eglise catholique qui est en Russie une réelle menace pour le déroulement normal de ses activités pastorales et même pour sa survie».
Le Saint Siège regrette de ne trouver dans le texte aucune mention des «religions traditionnelles», «parmi lesquelles a toujours figuré le catholicisme», et que «pas une fois l’Eglise catholique n’est citée». Le pape note que si le principe de la liberté de religion, qui peut être pratiquée individuellement et en communauté, et l’égalité des communautés religieuses devant la loi sont clairement affirmés, «d’autres dispositions, particulièrement minutieuses, en réduisent considérablement la portée».
Jean-Paul II vise en particulier les dispositions du chapitre II, qui «conduisent à penser que les autorités civiles russes désirent assimiler l’Eglise catholique à une communauté étrangère, sans aucune considération pour sa présence et son action séculaires en Russie ni même pour son organisation hiérarchique spécifique».
Copie à revoir
Le pape se dit sûr que, «comme par le passé», le président saura «être vigilant et, le moment venu, prendre les décisions opportunes afin qu’aucun obstacle légal ou administratif ne vienne entraver la vie religieuse d’un bon nombre de vos concitoyens qui professent la foi catholique et attendent des autorités civiles respect et sécurité».
Le pape rappelle encore à Boris Eltsine les engagements souscrits par la Russie lors de l’adoption, à Vienne, du document final de la réunion de la CSCE (19 janvier 1989), par lequel les Etats s’engagent à respecter les droits des communautés religieuses à s’organiser «conformément à leur propre structure hiérarchique et institutionnelle».
Le malaise est profond
La lettre du pape à Boris Eltsine n’a sans doute pas été appréciée par le patriarche de l’Eglise orthodoxe russe, Alexis II. Encore accentué par les échecs successifs des «rencontres» régulièrement annulées au dernier moment entre les deux hommes, le fossé s’est à nouveau agrandi. Puisque Alexis II demande ni plus ni moins au président Eltsine de signer cette nouvelle loi.
Par celle-ci, avance le patriarche, on évitera la déstabilisation continuelle de la spiritualité et de la morale à laquelle le pays doit faire face. Selon Alexis II, on pourra, enfin distinguer les religions «nationales» des sectes, assure-t-il, sans faire mention à l’Eglise catholique.
Toutes… à l’exception du catholicisme
La loi «sur la liberté de conscience et les associations religieuses» annule la législation libérale adoptée en 1990. Le projet de loi devrait être adopté en troisième lecture très prochainement et soumis au président Boris Eltsine pour signature, à moins que la deuxième Chambre, le Conseil de la Fédération, n’exprime son désaccord, ce qui semble improbable. Toutefois, il se pourrait que de fortes pressions, en particulier de l’étranger, soient exercées sur le président pour qu’il oppose son veto. Ce que demande également le pape.
Dans le projet de loi, les religions considérées comme «nationales» en Russie sont l’orthodoxie, l’islam, le judaïsme et le bouddhisme.
Un dignitaire de l’Eglise orthodoxe russe, l’imam de la Russie et le grand rabbin ont suivi les débats à la Douma d’un air approbateur, depuis la galerie du gouvernement.
Le préambule définit l’orthodoxie comme «une part inaliénable de l’héritage historique, spirituel et culturel» de la Russie. L’islam, le bouddhisme, le judaïsme et d’autres «religions et croyances locales existant traditionnellement» ont droit au «respect» de l’Etat. L’Eglise catholique, présente en Russie depuis plusieurs générations, surtout suite à l’immigration et aux déportations tsaristes, puis staliniennes, n’est citée nulle part.
Allemagne: La police met fin à un asile d’Eglise en Basse-Saxe
Malgré la résistance de 20 religieuses bénédictines
Hanovre, 18 juillet 1997 (APIC) La police allemande est entrée jeudi avec violence dans le château de Dinklage, une localité située à 100km au nord ouest de Hanovre, en arrêtant de force une famille ukrainienne protégée par les Eglises locales. Malgré la résistance préalable de 20 religieuses bénédictines- dont le couvent se trouve dans l’édifice- et qui ont bloqué durant des heures le départ d’une voiture de la police.
Selon l’association d’appui aux réfugiés de Basse-Saxe, qui rapporte les faits, l’action des religieuses se voulait une protestation grave contre les méthodes expéditives de la police qui sans avertissement ont envahi, à l’aube, des bâtiments appartenant à l’Eglise, des méthodes qui rappellent étrangement des actions «nuit et brouillard» de triste mémoire, alors que des négociations étaient en cours. Les religieuses ont également déclaré. que leur résistance était une manière légitime de protéger des personnes quand l’exercice des droits de l’homme ne fonctionne plus.
Selon les religieuses, il était cinq heures du matin quand un agent de la sûreté de l’Etat et un autre de la police locale ainsi qu’un fonctionnaire de la commune de Dinklage se sont présentés au château. Après que les policiers eurent enfoncé la porte de la chambre à coucher de la famille Zubatschev, d’origine ukrainienne, le père de famille a été arrêté et placé, menottes aux mains, dans une voiture de police. Sa femme eut juste le temps d’avertir les bénédictines toutes proches de ce qui se passait avant qu’elle ne soit, elle aussi embarquée avec son fils par les policiers. C’est alors que les 20 religieuses formèrent une chaîne, s’assirent sur le sol tout en priant le Rosaire en bloquant ainsi la sortie. Devant cette résistance, plusieurs autres policiers sont alors arrivés. Quand les sœurs ont protesté en affirmant qu’ils étaient entrés illégalement dans un bâtiment appartenant à l’Eglise, la police a répondu qu’elle n’avait pas à en tenir compte, car ils avaient reçu une ordre d’Hanovre de faire enlever, si nécessaire, les propres religieuses. La police a finalement concédé que Natalja Zubaschev et sa fille pouvaient rester sur place.
La communauté de travail œcuménique de Basse-Saxe en faveur de la protection des réfugiés a protesté contre cette action violente de la police. Des observateurs politiques estiment que le gouvernement de Basse-Saxe, à travers cette action musclée, veut montrer. sa nouvelle politique envers les réfugiés. C’est la première fois, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, dans l’histoire de cet Etat, que des fonctionnaires de la police et de la sécurité criminelle utilisent de telles méthodes pour pénétrer de force dans un bâtiment religieux. (apic/kna/ba)



