La faute à la Charte des valeurs québécoises ?

Montréal: Les musulmans fustigent une islamophobie «croissante» au Québec

Montréal, 11 novembre 2013 (Apic) Le Conseil Musulman de Montréal (CMC) et le Collectif Québécois Contre l’islamophobie (CQCI) dénoncent l’islamophobie «croissante» au Québec. Les deux organisations indiquent qu’un musulman québécois sur quatre affirme avoir été victime d’un acte criminel ou haineux au cours des trois derniers mois.

Le CQCI a révélé, au cours d’une conférence de presse à Montréal, avoir reçu 117 plaintes entre le 15 septembre et le 15 octobre 2013 concernant des actes ou des propos islamophobes. A titre comparatif, le groupe soutient n’avoir reçu «que» 25 plaintes entre le 1er janvier et le 31 juillet 2013. Sur ces 117 cas, 114 concernent des femmes voilées, rapporte la radio chrétienne «Radio Ville-Marie». Ces cas sont tantôt des agressions verbales, tantôt des agressions physiques, selon le CQCI. A plusieurs reprises le voile de certaines musulmanes a été arraché au cours des dernières semaines.

Le gouvernement du Québec accusé de ne pas protéger les minorités

Le Conseil musulman de Montréal, présidé par l’imam Salam El Menyawi, a pour sa part rejeté le blâme sur le gouvernement du Québec, l’accusant de jeter de l’huile sur le feu et laissant entendre qu’il ne joue pas son rôle de protecteur des minorités.

Certains médias sont également accusés de jouer un rôle «islamophobe». Le Journal de Montréal, citant le Service de police de la Ville de Montréal, a cependant indiqué que les statistiques de la police ne démontrent aucune augmentation des crimes haineux à l’endroit de la communauté musulmane.

Les représentants de la communauté musulmane demandent au gouvernement du Québec de renoncer à son projet de «Charte des valeurs québécoises», qu’ils jugent responsable de l’augmentation des cas islamophobes recensés au Québec. Le 31 août, du sang de porc a été déversé sur la mosquée de Saguenay. La profanation a suscité un tollé d’indignation.

En septembre, le cas d’une femme musulmane invectivée publiquement dans un centre commercial de Québec et le dévoilement d’une vidéo d’un homme s’en prenant verbalement à une femme voilée dans un autobus de la ville de Montréal ont défrayé la chronique.

Condamnation de tout geste haineux à l’endroit des religions

Bernard Drainville, ministre québécois des Institutions démocratiques, a déposé le 7 novembre 2013 à l’Assemblée nationale le projet de «Charte des valeurs québécoises», entre-temps rebaptisée «Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’Etat ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodements». Le ministre s’est exprimé à de multiples reprises au cours des derniers mois pour condamner tout geste haineux à l’endroit des religions. L’élément le plus critiqué de la Charte, soit l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires dans la fonction publique, est maintenu.

La «Charte des valeurs» ne suscite pas seulement la crainte dans les milieux musulmans du Québec. Elle a provoqué la réaction négative des Eglises chrétiennes et des congrégations religieuses, et inquiète également les organisations juives. Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA-Québec) a ainsi fait part de sa «consternation» et de sa «frustration» devant ce qu’il qualifie d’»intransigeance» du gouvernement du Québec dans son projet de charte de la laïcité. L’organisme juif considère que le projet de loi 60 déposé le 7 novembre à l’Assemblée nationale «limite arbitrairement les libertés et les droits et fondamentaux». (apic/rvm/be)

11 novembre 2013 | 12:05
par webmaster@kath.ch
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