La femme avait épousé un dalit: même ses parents ont jeté les pierres
Inde: La récente lapidation d’un couple «inter-caste» provoque l’indignation
New Delhi, 10 juin 2010 (Apic) La récente lapidation d’un couple «inter-caste» en Inde suscite une vague d’indignation en Asie, au sein des communautés religieuses d’obédience chrétiennes. La femme avait épousé un dalit.
Des organisations asiatiques de défense des droits de la personne s’indignent, affirmant que la récente lapidation de deux personnes, mariées alors qu’elles étaient de castes différentes, est un «sinistre rappel» de l’importance que conserve le système de castes dans le deuxième pays le plus peuplé au monde.
A Hong Kong, la Commission asiatique des droits de la personne a fait savoir, dans un message envoyé à l’Agence œcuménique ENI que la mort de Swapna Reddy, élevée dans une famille issue d’une caste supérieure, et son mari, Sunkari Sriniwas, offre une nouvelle preuve de «la dure réalité de la pratique – toujours vivace – de la discrimination de caste et des préjugés de caste en Inde.»
La Commission asiatique a indiqué que le couple a été lapidé le 26 mai après que la famille de Swapna Reddy a exprimé sa ferme opposition au mariage. Le mari était quant à lui dalit, la caste de ceux qu’on appelait autrefois «intouchables».
Six personnes ont été appréhendées après cet assassinat, y compris les propres parents de Swapna Reddy, selon les informations du 28 mai du site d’actualités en ligne India-server.com.
L’Inde s’est doté d’un arsenal juridique pour lutter contre la discrimination de caste, une réalité vieille de plus de 3000 ans, mais pour la Commission des droits de la personne, «bien que l’Inde se vante d’avoir des dalits parmi ses hauts fonctionnaires – notamment un ancien président, des ministres et des juges de la Cour constitutionnelle, dont un ancien juge en chef -, dans la réalité, les effets de ces nominations ne sont que purement symboliques.
«Le fait que les parents d’une femme sont allés jusqu’à lapider leur propre fille pour avoir épousé un dalit met en évidence une réalité, celle que les lois à elles seules ne suffiront pas à mettre fin à la discrimination de caste», a affirmé la Commission.
Celle-ci a indiqué que l’Inde est à la fois «provocante et sensible» face aux critiques nationale et internationales concernant la discrimination de caste, mais qu’elle refuse de faire preuve de «sensibilité lorsqu’elle traite la question à l’intérieur même de ses frontières».
Bijo Francis, responsable de programme au Bureau Asie du Sud de la Commission asiatique des droits de la personne/Centre asiatique de services juridiques, a déclaré à ENI le 1er juin que «le système de caste est l’une des violations les plus cruelles des droits de la personne, or il est très répandu en Inde et dans le reste de l’Asie». Selon lui, les Eglises ont un rôle majeur à jouer dans la lutte contre ce fléau social, notamment en éduquant la population, en accompagnant les personnes qui souffrent et en prenant le parti de la justice.
Sunita Suna, coordinatrice des femmes pour la région Asie-Pacifique de la Fédération universelle des associations chrétiennes d’étudiants, a pour sa part estimé que «le système de castes est une honte» qui doit être dénoncée par toutes les Eglises. «Il n’est pas facile d’éradiquer le système de castes. Cela nécessite des politiques volontaristes dans la société», a-t-elle dit. «C’est pourquoi toutes les Eglises et mouvements de l’Inde devraient s’exprimer publiquement contre ce système». (apic/eni/pr)



