Fribourg : Femme et islam au 9e Forum des religions de l'Université de Fribourg
«La femme comme seule victime d’un islam barbare ?» s’interroge le Père Monge
Fribourg, 4 mai 2014 (Apic) L’oppression de la femme dans les pays musulmans est davantage liée à des questions culturelles et anthropologiques qu’à des raisons proprement religieuses, estime le Père Claudio Monge. Le religieux dominicain, qui s’exprimait le 2 mai 2014 dans le cadre du 9e Forum des religions à l’Université de Fribourg, déplore «l’acharnement dramatique et artificiel» à faire de la femme la seule victime d’un islam barbare.
Le Père Claudio Monge, qui vit depuis une douzaine d’années à Istanbul, s’est dit frappé de recevoir constamment le témoignage de femmes non musulmanes harcelées par les hommes dans la rue ou les transports publics parce que non ‘décemment’ couvertes. Il s’étonne aussi des fatwas qui ordonnent à la femme d’adopter une tenue décente pour donner d’elle l’image d’une femme sérieuse et honnête, ni tentatrice, ni séductrice. Pour le Père Monge, c’est une curieuse manière de faire porter à la femme les regards et les comportements indécents de l’homme. Au lieu de corriger les comportements machistes, les sociétés préfèrent masquer la féminité. Ce n’est pas l’islam en tant que message religieux qui opprime la femme, mais son interprétation figée dans des normes juridiques.
Interroger le rapport homme-femme
Dans toutes les questions liés au port du voile, c’est donc le rapport homme-femme qui est interrogé. Plus que d’une question religieuse, il s’agit d’une vision anthropologique. Le camouflage de la part féminine est ainsi la négation de la création comme acte de différenciation, de séparation. L’univers est marqué par la dualité et la complémentarité homme-femme porteuse de respect et de sens, insiste Claudio Monge.
Il s’agit donc d’intégrer la diversité dans son propre regard. La femme n’existe pas dans la réalisation du regard posé sur elle. Elle n’est pas le miroir de l’homme, relève le Père Monge, en reprenant une idée de Simone de Beauvoir. L’altérité féconde précède la référence à l’égalité des sexes ou des genres. Comme philosophe, Claudio Monge n’adhère d’ailleurs pas à cette ‘égalité des sexes’, alors qu’il s’agit en fait de ‘l’égalité des droits’ ce qui est différent.
L’altérité contre l’altération
Dans l’islam, l’égalité est encore souvent perçue comme une notion étrangère, voire comme un complot contre la religion. Le Coran, comme la Genèse biblique, raconte la création de la femme à partir de la côté d’Adam. Dans une lecture patriarcale, ce récit signifie infériorité de la femme et sa dépendance par rapport à l’homme. Une lecture plus neutre relève que si la femme provient de l’homme, elle ne lui est pas inférieure mais qu’elle lui est indispensable pour assurer la postérité.
Pour le Père Monge, la question de la place de femme dans l’islam, et ailleurs, ne peut se résoudre que dans un retour au fondement, c’est-à-dire à la notion d’altérite comme différence non-hiérarchisée. Cette altérité bien comprise ne doit pas devenir altération, conclut-il. (apic/mp)



