La foi s’affiche au Vietnam, notamment chez les catholiques
Pagodes, temples, églises, oratoires fleurissent au Vietnam. Entreprises et foyers entretiennent leurs autels dédiés au culte des anciens, tandis que chaque conducteur de voiture «Grab» protège son habitacle avec la statuette d’une divinité ancestrale, de la Vierge ou de bouddha. Un vivre ensemble spirituel harmonieux, qui profite aujourd’hui au catholicisme.
Environ 8% de la population du Vietnam est chrétienne, dont la grande majorité catholique (7,2 millions). Dans une interview à Asia News, le 20 mars 2026, Mgr Marek Zalewski, représentant du Vatican au Vietnam, fait part de son enthousiasme quant à la vitalité de l’Église dans ce pays. «Rien qu’en 2025, plus de 200 églises, canonicats, bâtiments ecclésiastiques et autres édifices similaires ont été construits ici», témoigne-t-il.
Cette croissance est en partie représentative de la liberté religieuse qui gagne le pays depuis les années 1990, mais elle est surtout consécutive à la culture spirituelle ancestrale, axée sur l’ouverture et l’harmonie, marquant le quotidien des Vietnamiens.

Le culte des ancêtres, partagés par tous
De tradition animistes depuis l’Antiquité, les habitants de ces terres vénèrent encore une multitude de dieux, avec un accent particulier pour ceux liés à l’agriculture, tels que le soleil, la lune, la terre, la montagne, la rivière et la forêt, ainsi que pour les déesses-mères. Chaque minorité ethnique au Vietnam a développé sa propre façon de pratiquer ses croyances.
Parmi les coutumes subsistantes issues de cette tradition – et partagées aujourd’hui encore par l’ensemble de la population, y compris par les catholiques-, la plus répandue est certainement le culte des ancêtres, avec les célébrations des anniversaires des décès des aïeux. Chaque entreprise, chaque foyer a un autel dédié pour ce faire.
Le christianisme, deuxième religion du pays
Sur le plan religieux, la majorité des habitants du pays sont bouddhistes. Le bouddhisme mahayana a été introduit en provenance de Chine dans le delta du fleuve Rouge aux environs de l’an 200, tandis que le bouddhisme theravada a été importé d’Inde dans le delta du Mékong entre les années 300 et 600. Le bouddhisme vietnamien conjugue les traditions taoïste et confucianiste, formant les concepts de Tam giáo dông nguyên (trois religions ayant la même origine) et de Tam giáo dông quy (trois religions ayant le même but).
Le christianisme, pour sa part, a été importé au Vietnam au XVIe siècle par des missionnaires espagnols et portugais. C’est ainsi qu’a été bâtie en 1627 la première église chrétienne à Hanoï. La christianisation du pays, par contre, a subi un sérieux revers au XXe siècle. En 1975, l’armée nord-vietnamienne entre à Saïgon (actuelle Ho Chi Minh-Ville). En quelques semaines, le Sud s’effondre, scellant la victoire communiste et la fin de la guerre. Suite à la constitution de la République socialiste du Vietnam, tous les prêtres et religieux de nationalité étrangères doivent quitter le pays.
Depuis les années 1990, toutefois, l’horizon s’éclaircit à nouveau pour les catholiques. Le gouvernement a progressivement développé une politique plus conciliante qu’auparavant à leur égard, permettant la réouverture des séminaires et des noviciats religieux.
Relations diplomatiques avec le St-Siège
Les relations entre le Vietnam et le Vatican se sont aussi améliorées ces dernières années. Depuis 2024, le Saint-Siège dispose d’un «représentant pontifical résident» au Vietnam (qui n’est pas un ambassadeur ou un nonce), Mgr Marek Zalewski. Signe de ce rapprochement, Léon XIV a reçu au Vatican, le 30 juin 205, la vice-présidente de la République socialiste du Vietnam, Vo Thi Anh Xuan.
Le gouvernement vietnamien continue cependant à exercer sa surveillance sur l’Église, les messes restant, par exemple, soumises à son autorisation. La loi sur les croyances et religions de 2016 (entrée en vigueur en 2018) stipule que toute organisation religieuse doit être enregistrée et reconnue par l’État pour exercer légalement ses activités. Ce cadre permet d’interdire les pratiques jugées «contraires à l’intérêt national». Échaudées par l’histoire coloniale, par la guerre du Vietnam et la guerre froide, les autorités redoutent particulièrement les mouvements perçus comme vecteurs d’influence étrangère ou de contestation sociale. Des églises protestantes indépendantes et des groupes minoritaires sont ainsi interdits et régulièrement ciblés par des fermetures de lieux de culte.
Un nouveau dynamisme catholique
Beaucoup d’églises catholiques sont elles-mêmes fermées au culte. Celles qui sont ouvertes, par contre, sont très actives. Les messes sont faites en langue nationale, ainsi que les prières et les chants.Les catholiques font donc preuve de dynamisme, tant sur le plan des vocations religieuses et sacerdotales que sur l’engagement des laïcs. Plus de 2000 paroisses sont réparties sur l’ensemble du territoire. Les diocèses, au nombre de 27 – dont trois archidiocèses majeurs: Hanoï, Hué et Ho Chi Minh-Ville – connaissent une recrudescence impressionnante.
L’archidiocèse de Ho Chi Minh-Ville rassemble à lui seul plus de 720’000 fidèles et près de 400 prêtres diocésains, auxquels s’ajoutent de nombreux religieux et religieuses engagés dans la pastorale, l’éducation et l’action sociale. La cathédrale Notre-Dame, construite entre 1877 et 1880, vient d’être restaurée au niveau de sa toiture, de la structure porteuse et de ses clochers. Le 19 mars 2026, des nouvelles des croix d’acier recouvertes de feuille d’or de près de quatre mètres ont été replacées sur ses tours jumelles, à une hauteur de 57 mètres, celles d’origine, gravement détériorées, ayant été retirées.
A la paroisse de l’église François-Xavier du quartier chinois de Hô-Chi-Minh-Ville, des messes quotidiennes sont célébrées. Cette église a été construite entre 1900 et 1902. La statue dans son clocher représente Mgr François-Xavier Tam Assou (1855-1934), un vicaire apostolique d’origine chinoise. La congrégation de l’église, très dynamique, compte environ 3000 Vietnamiens et 2000 Chinois.
Par le passé récent, cette église néo-gothique a été le théâtre de sombres événements. Renversés par le coup d’État de novembre 1963 (soutenu par les États-Unis), le président catholique Ngô Dinh Diêm et son frère Ngô Dinh Nhu, qui s’en étaient pris aux bouddhistes, s’y réfugièrent, avant d’accepter de se rendre. Ils furent exécutés sur place, juste à l’extérieure de l’église, où une petite plaque commémorative apposée sur un banc marque le lieu de l’assassinat.
Un développement qui gagne le nord du pays
Plus implantés dans le sud, terre première de mission, le catholicisme se développe à présent au nord aussi, là où de nombreux biens de l’Église «ont longtemps été négligés depuis l’exode rural massif des catholiques vers le sud en 1954», conséquence de l’arrivée au pouvoir du gouvernement communiste dans cette partie du pays, explique Mgr Zalewski.
Plus des deux tiers des nouveaux bâtiments se situent ainsi dans les diocèses du nord. De nouvelles églises voient également le jour «dans les zones urbaines en expansion » à mesure que les migrants s’installent en ville et fondent de nouvelles paroisses.

L’église de Lang Van, dans la province de Ninh Binh, au nord, inaugurée en décembre 2025, serait aujourd’hui la plus grande d’Asie du Sud-Est. Il aura fallu dix ans et 15,2 millions de dollars pour achever le chantier de cette église financée par un homme d’affaires catholique de la région. De style néo-gothique, elle peut accueillir 5000 personnes, avec une salle souterraine de huit cent places supplémentaires et un clocher culminant à 110 mètres. Cette nouvelle église remplace l’ancienne devenue trop petite pour accueillir les quelque 4000 fidèles qui se pressaient à sa porte. (cath.ch/ag/arch/lb)





