Pakistan: Les deux chrétiens accusés de blasphème assassinés devant un tribunal
La foule musulmane avait réclamé la peine de mort contre eux
Lahore, 19 juillet 2010 (Apic) Deux frères chrétiens accusés d’avoir écrit un pamphlet blasphématoire pour l’islam et le prophète Mahomet ont été abattus lundi dans l’est du Pakistan, a annoncé la police locale. Selon l’AFP, un inconnu a tué par balles Rashid Emmanuel, 32 ans, et son frère Sajiad, et grièvement blessé le policier qui les escortait alors qu’ils quittaient un tribunal à Faisalabad.
Les deux frères avaient été arrêtés le 2 juillet, à la suite d’accusations montées de toute pièce selon leurs partisans.
Quelques jours auparavant, des centaines de musulmans aveuglés par la haine, avaient réclamé la mort des deux «blasphémateurs» chrétiens et saccagé le quartier chrétien de Faisalabad, au Pakistan, informait Eglises d’Asie. Des centaines de manifestants musulmans avaient en effet envahis les rues.
Eglises d’Asie citait à ce propos l’organisation oecuménique Minorities Concern of Pakistan (MCP) qui donnait des précisions sur la première des violentes manifestations qui se sont produites le 10 et 11 juillet derniers à Faisalabad, dans la province du Pendjab. Ces fondamentalistes musulmans réclamaient ni plus nu moins la mise à mort des deux frères chrétiens, le pasteur Rashid Emmanuel, 32 ans et Sajid Emmanuel, étudiant en marketing à Daud Nagar.
Les deux chrétiens, qui clament leur innocence, ont été arrêtés le 2 juillet et inculpés sous l’accusation de blasphème, en raison d’une brochure qu’ils auraient écrite et dont le contenu aurait été insultant envers le Prophète Mahomet.
Selon des sources ecclésiastiques, à la suite d’appels à la violence lancés lors de la prière du vendredi dans les mosquées locales, des centaines de musulmans ont déferlé dans le quartier de Waris Pura, l’une des plus importantes banlieues de Faisalabad, où vivent plus de 100’000 chrétiens. « Ils voulaient attaquer et brûler le quartier (…) Les manifestants scandaient des slogans, brandissaient des armes et criaient qu’ils allaient donner une leçon aux chrétiens. Ils menaçaient de faire justice eux-mêmes si les deux frères n’étaient pas condamnés à mort, et disaient qu’ils se vengeraient non seulement sur eux mais sur toute la communauté chrétienne », a déclaré au MCP, Atif Jamil Pagaan, un travailleur social chrétien qui a assisté à l’émeute.
«Nous avons demandé la protection des autorités (…) Nous sommes inquiets et la communauté chrétienne vit sous tension», rapportait à l’agence Fides, le P. Pascal Paulus, curé de l’église du Saint-Rosaire caillassée par les manifestants.
Le 16 juillet enfin, malgré de nouvelles manifestations de protestation dans le quartier de Waris Pura et le placardage sur les maisons et les lieux de culte, d’affiches contenant des menaces envers les chrétiens, la situation semblait « maîtrisée ». Les inquiétudes se sont finalement avérées fondées, avec l’assassinat de ces deux frères.
Une grande partie de la communauté chrétienne de Waris Pura, terrorisée, s’est réfugiée chez des proches dans les villes et les villages voisins. En 2009, des attaques de villages et de quartiers chrétiens par des musulmans, également au nom de la loi anti-blasphème, avaient fait, toujours au Pendjab, de nombreux morts.
Les accusations contre eux sont fausses, aucune preuve n’a été fournie et il n’y a aucun témoin», a dénoncé Atif Jamil Pagaan, porte-parole de la fondation démocratique des minorités du Pakistan, ajoutant que les pamphlets avaient été écrits à la main, photocopiés et distribués de manière anonyme. La loi pakistanaise sur le blasphème, controversée, prévoit jusqu’à la peine de mort, qui n’a toutefois jamais été appliquée dans ce cadre. Les militants des droits de l’homme réclament l’abrogation de ce texte qui est exploité selon eux à des fins personnelles et encourage l’extrémisme islamiste. (apic/ag(arch/pr)



