La guerre classique n’est pas la solution contre le terrorisme, selon «La Civiltà Cattolica»

Le bimensuel jésuite pas tendre avec la politique de Washington

Rome, 19 octobre 2006 (Apic) La «Civiltà Cattolica», le bimensuel italien des jésuites, a condamné la guerre classique comme solution pour éradiquer le terrorisme international.

Dans un éditorial intitulé «Quelle lutte contre le terrorisme, 5 ans après le 11 septembre 2001» la revue rappelle que la «lutte contre le terrorisme n’est pas la lutte contre l’Islam» et que la guerre nourrit l’esprit anti-occidental. Le texte est à paraître dans le numéro du 21 octobre 2006 de la revue.

La revue jésuite, relue par la Secrétairerie d’Etat avant publication, critique la stratégie des Etats-Unis et de leurs alliés dans la lutte contre le terrorisme. L’éditorial affirme ainsi que «les guerres contre l’un ou l’autre des pays islamistes – après l’Afghanistan et l’Irak, elles pourraient toucher la Syrie ou l’Iran – ne combattent pas et détruisent encore moins le terrorisme international». Au contraire, elles «l’alimentent et le font grandir».

Le terrorisme, explique La Civiltà Cattolica, dans un long développement, apparaît en effet aux yeux de certains comme «un instrument de plus en plus privilégié pour défendre l’islam des «agresseurs’ occidentaux», qui d’un côté veulent s’emparer de la grande richesse qu’Allah a donné aux croyants – le pétrole – et de l’autre, veulent imposer leur modèle de vie et leur système politique démocratique pour mieux les dominer».

Selon des idéologies terroristes, explique La «Civiltà Cattolica», certains «Etats islamiques puissants trouvent leur intérêt à combattre l’Occident». Le bimensuel insiste sur le fait que «cette idéologie anti-occidentale n’est pas adoptée par tous les musulmans». Mais «différentes organisations terroristes islamiques» réussissent «à recruter de nombreux jeunes de condition socio-culturelle élevée et d’une foi profonde» pour en faire des «combattants de Dieu».

Longue et incertaine

«Pour combattre le terrorisme, il est nécessaire de mettre de côté toute idée de guerre – encore pire si ’préventive’ – contre un Etat islamique et chercher d’autres solutions, en étant cependant convaincu que la lutte contre le terrorisme islamique sera très longue et à l’issue incertaine», peut-on encore lire dans cet éditorial.

La «Civiltà Cattolica» propose donc d’autres solutions pour lutter contre le terrorisme. Selon la revue jésuite, il convient «d’éviter les gestes politiques et militaires qui peuvent apparaître comme une invitation directe à combattre, à humilier et à se moquer des populations islamiques».

L’éditorial suggère aussi d’»abandonner l’idée d’imposer aux populations musulmanes la démocratie, dans le sens occidental du terme». En effet, pour l’occident «l’autorité est fondée sur le suffrage du peuple, et nie, selon les fondamentalistes, l’autorité absolue d’Allah sur les croyants». Rappelant qu’on peut «souhaiter que le système démocratique se répande» dans les pays islamiques, la revue jésuite souligne cependant qu’il doit se faire par «l’initiative des pays islamiques, dans le respect de leur culture et de leurs valeurs».

La Maison Blanche – et Londres – a écarté, le 18 octobre, un changement de stratégie en Irak, malgré les lourdes pertes américaines en octobre et les appels de plus en plus pressants à un changement de politique à la veille d’élections, y compris dans la majorité républicaine du président George Bush.

Depuis début octobre, 67 soldats américains ont été tués en Irak. Ce mois s’annonce comme l’un des plus meurtriers pour l’armée américaine, qui a perdu 2771 soldats depuis l’invasion de mars 2003, selon les chiffres officiels du Pentagone. (apic/imedia/pad/pr)

19 octobre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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