Argentine : Un tribunal reconnaît la complicité de l’Eglise dans les persécutions sous la dictature

La hiérachie a ignoré les persécutions et les crimes

Buenos Aires, 14 février 2013 (Apic) Pour la première fois un tribunal argentin a accusé l’Eglise catholique de complicité avec la dictature militaire argentine de 1976 à 1983. Selon le quotidien «Pagina 12», les juges du tribunal de la Rioja ont considéré comme prouvé que la hiérarchie ecclésiale a systématiquement ignoré les informations sur les persécutions de prêtres de l’opposition.

Concrètement le tribunal de la Rioja se réfère à l’assassinat en 1976 de deux prêtres : l’Argentin Carlos de Dios Murias et le Français Gabriel Longueville. Le Père Longueville et son vicaire Murias avaient été enlevés le 18 juillet 1976 dans la paroisse d’El Salvador d’El Chamical. Leurs corps criblés de balles avaient été retrouvés, les yeux bandés, dans un terrain vague de la ville. Le Père Longueville – l’un des 18 Français assassinés ou disparus durant la dictature – faisait partie du Mouvement des prêtres pour le Tiers monde, une des bêtes noires du régime. Un procès pour la béatification des deux prêtres a été ouvert par le diocèse en 2010.

Complice de graves violations des droits de l’homme

Quelques jours plus tard, l’évêque de La Rioja, Mgr Enrique Angelelli, fut tué dans un accident de voiture provoqué. Il venait de constituer un dossier sur l’assassinat des deux prêtres. Le procès a permis de démontrer que Mgr Angelelli, ainsi que d’autres prêtres, avaient bien informé la conférence des évêques sur la situation dans la région. Les juges ont considéré que la hiérarchie ecclésiale a été au moins indifférente voire complice de graves violations des droits de l’homme et particulièrement des persécutions et des agressions contre les laïcs et le clergé du diocèse de La Rioja.

Selon les organisations des droits de l’homme, un évêque, au moins dix prêtres, deux séminaristes et cinq agents pastoraux ont été tués pendant la dictature. Dix autres prêtres, sept séminaristes et 45 agents pastoraux sont considérés comme disparus. Dans l’ensemble, quelque 30’000 personnes ont disparu pendant la dictature argentine entre 1977 et 1983. (apic/kna/pagina 12/mp)

14 février 2013 | 14:21
par webmaster@kath.ch
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