Zimbabwe: Un militant zimbabwéen s’interroge dans un livre sur la désillusion Mugabe
La lente descente vers la tyrannie d’un illusionniste nommé Mugabe
Londres, 18 septembre 2009 (Apic) Un militant catholique des droits de la personne qui, jadis, dénonçait les atrocités de la minorité blanche au pouvoir dans le pays qu’on appelait alors la Rhodésie, a dressé le tableau de la «descente vers la tyrannie» de celui qui a pris le pouvoir après l’indépendance du Zimbabwe : Robert Mugabe.
Pendant plus de 20 ans, jusqu’en 1999, Mike Auret a travaillé pour la Commission catholique Justice et paix, mise en place par les évêques catholiques du pays.
Dans son dernier livre, «From Liberator to Dictator: An Insider’s Account of Robert Mugabe’s Descent into Tyranny» (Du libérateur au dictateur: la descente de Robert Mugabe vers la tyrannie vue de l’intérieur», Mike Auret raconte qu’il a rencontré le président Mugabe à plusieurs reprises et qu’il a été captivé par l’intelligence et l’apparente sincérité de l’homme.
«Mon admiration pour lui s’accentuait à chaque contact et dans les mois qui ont suivi, je me suis retrouvé à le mettre sur un piédestal – une position dont j’ai eu tout le mal du monde à le déloger les années suivantes, malgré tout ce qui s’est produit», a expliqué Mike Auret.
Cependant, Mike Auret a été anéanti lorsqu’il a découvert ce qui s’est passé dans la région du Matabeleland et la province du Midlands entre 1983 et 1987. Plus de 20’000 hommes, femmes et enfants accusés d’être des «dissidents» ont été tués afin d’éradiquer la base du soutien au principal rival de Mugabe dans la lutte pour la libération, Joshua Nkomo. Presque toutes les personnes qui ont trouvé la mort dans ce massacre étaient des Ndebeles, l’ethnie à laquelle appartenait Joshua Nkomo.
Ils ont été tués par la cinquième brigade, une unité spéciale de l’armée, formée par des Coréens du Nord. Les membres de la brigade étaient des Shona, groupe ethnique dont fait partie Robert Mugabe.
La plupart des 11,5 millions d’habitants d’origine africaine du Zimbabwe sont divisés en deux grands groupes «tribaux», les Shonas (80 %) et les Ndebeles (environ 20 %).
«J’ai écrit ce livre en partie pour tenter de comprendre comment nous avons pu être si nombreux à mal interpréter la situation au Zimbabwe une fois l’indépendance acquise», écrit Mike Auret. «Comment est-il possible qu’une erreur de jugement aussi grave ait pu être commise par tant de gens, non seulement au Zimbabwe, mais dans le monde ?»
Fils d’un colon blanc, Mike Auret a mené en Afrique une carrière qui s’est étendue de la domination blanche, dans les années 1950, à la crise économique et politique du Zimbabwe au début du XXIe siècle. Il a rejoint l’armée en 1956 mais en a démissionné après que Ian Smith eut déclaré illégalement et unilatéralement l’indépendance de la Rhodésie du Sud vis-à-vis du Royaume-Uni en 1965.
Dans son livre, Mike Auret raconte qu’il faisait partie de ceux qui ont été touchés par les déclarations de Robert Mugabe sur la nécessité de «réconciliation» après les sept années de guerre, de 1972 à 1979, qui ont causé la mort de 30’000 personnes.
Cependant, «dans la seconde décennie, les désillusions ont commencé et l’élan pour le développement s’est transformé en élan pour la démocratie et la protection des droits de la personne … Je me souvenais de l’homme raisonnable et je me demandais s’il avait changé ou s’il avait vraiment toujours été aussi sinistre, mais qu’il le cachait mieux auparavant.»
Mike Auret a démissionné de son poste de directeur de la Commission catholique justice et la paix en 1999, quand l’Eglise catholique a refusé de publier un rapport élaboré par la Commission et la Legal Resources Foundation, une organisation de défense des droits de la personne, qui portait sur les atrocités commises par la cinquième brigade dans le Matabeleland.
Il a par la suite été élu député de Harare sous les couleurs du Mouvement pour le changement démocratique, le principal parti d’opposition, mais il a quitté le Zimbabwe après avoir démissionné de sa fonction en 2003.
Il vit actuellement en Irlande, mais il maintient des contacts étroits avec des exilés zimbabwéens. (apic/eni/pr)



