«La Messe était plus importante que tout!»

Valais: Sœur Gabriela, entre médias et livres, le plaisir de communiquer

St-Maurice, 20 janvier 2012 (Apic) Sous le voile, le ton est joyeux. Derrière le comptoir de la librairie Saint-Augustin, à Saint-Maurice, sœur Gabriela accueille clients et visiteurs avec la même chaleur. Découverte d’une femme sincère, entre la Roumanie, la Suisse et le Togo.

Sourire facile, accent chantant, esprit pétillant, Gabriela Enasoae est une jeune sœur de Saint-Augustin, à Saint-Maurice. Jeune? «Je ne suis plus la plus jeune maintenant. Une nouvelle sœur vient de prononcer ses premiers vœux», se réjouit cette femme de 43 ans. Il faut dire qu’il n’est pas toujours facile d’embrasser de nos jours la vie religieuse. «Au début, j’ai eu l’impression d’être enterrée vivante, parce qu’il n’y avait pas d’autres sœurs de mon âge à Saint-Maurice. Mais j’ai prié et mes peurs se sont transformées. ’Si le grain de blé ne meurt…’ Les paroles de Jésus ont été vie pour moi et m’ont ressuscité.» Que fait cette Roumaine au pied des falaises, près du tombeau des saints martyrs thébains?

Gabriela Enasoae est née dans un petit village catholique de la Moldavie roumaine, le 1er février 1969. Le pays – qui compte une écrasante majorité d’orthodoxes – est alors soumis à la férule communiste. «Notre hiérarchie a été emprisonnée et nos prêtres persécutés. Mais nous pouvions aller à la messe. Les enfants s’y rendaient en bande, on y jouait, on s’y chamaillait.» Attirée par la Parole de Dieu, la petite Gabriela suit la cérémonie religieuse chaque jour durant les vacances et jusqu’à trois fois par jour quelques dimanches. «Lorsque j’y ai invité ma mère, elle m’a dit qu’elle ne pouvait aller à la messe chaque jour car elle avait une famille à élever. J’ai répondu innocemment: ’Mais alors je ne fonderai pas une famille’.» Et sa mère d’affirmer tendrement: «Tu dis cela maintenant, mais tu diras différemment quand tu seras grande.»

A la chute du communisme – en décembre 1989 – et après des études en sciences économiques, elle se met à la disposition de l’évêque de Iaşi. Dans une période caractérisée par le bouillonnement des idées, la liberté d’expression retrouvée, elle travaille pour le mensuel diocésain, traduisant et rédigeant des articles. «Je faisais aussi la mise en page. J’ai appris sur le tas et c’était un très gros travail au début. A chaque fois qu’il fallait boucler une édition, je perdais 1 kilo!». C’est alors qu’elle découvre les sœurs de Saint-Augustin, au travers d’un congrès de l’Union catholique internationale de la presse (UCIP), en Italie. Un premier contact qui déterminera profondément son avenir.

Une vocation précoce, mais qui a pris du temps

«En 1999, avec le consentement de mon évêque, je voulait aller à l’étranger pour gagner un peu d’argent en vue de poursuivre ma consécration laïcale en Roumanie. C’est comme ça que j’ai repris contact avec les sœurs de Saint-Augustin.» Car depuis ses 17 ans, et un pèlerinage à Cacica, Gabriela se sent appelée à la vie consacrée. Après une tentative infructueuse chez les Sœurs Pauline, de 1994 à 1997, la jeune femme craint d’être incapable de vivre en communauté. «J’avais un grand complexe à ce sujet. A l’époque de mon expérience chez les ’Pauline’, nous (les Roumaines et les Italiennes, ndlr) n’étions pas prêtes à surmonter la différence culturelle.» Mais grâce à un séjour au Togo, où elle travaille dans l’édition pour les sœurs de Saint-Augustin en tant que coopératrice missionnaire, elle se sent à nouveau attirée par «ce style de vie très beau».

En 2001, elle commence un postulat auprès des sœurs de Saint-Augustin et en 2004 elle prononce ses premiers vœux. En 2010 enfin, elle célèbre sa profession perpétuelle, en présence de sa famille. Un cheminement qui, elle le reconnaît, n’a pas été facile. «Quand j’ai annoncé ma décision à mes parents, ma mère s’est plainte de mon départ. Mais j’étais convaincue que le Seigneur pourvoirait et c’est ce qui est arrivé», raconte-t-elle. Aujourd’hui, la Suisse est devenue sa deuxième patrie, et le Togo sa troisième. Autour des fêtes de Noël, elle ne peut s’empêcher toutefois de ressentir une certaine nostalgie. «Les fêtes sont très spirituelles en Roumanie. Toute la famille est réunie, on se rend visite, les portes sont ouvertes.»

A Saint-Maurice, elle a troqué les médias pour les livres. «Je pense que c’est un peu mon don. Petite, il n’y avait à la maison que le catéchisme de l’Eglise catholique comme littérature religieuse. Ce livre-là, je le lisais plusieurs fois par année.» En 2005, elle entame un apprentissage de libraire afin de mieux répondre aux besoins de la mission de la Congrégation. «Ce n’était pas facile parce que j’avais 36 ans. J’avais le sentiment de tout recommencer à zéro. Là, on peut dire que j’ai fait ma crise de la quarantaine», avoue-t-elle en rigolant. C’est en civil qu’elle suit sa formation, au milieu des adolescents. Aujourd’hui, elle se déclare émerveillée par l’immense diversité des ouvrages publiés et estime que chaque livre à une grande valeur.

Quelques propositions pour passer l’hiver en lecture? Sœur Gabriela hésite… «Il y en a tellement. Disons ’Rien ne s’oppose à la nuit’ de Delphine de Vigane et ’Je vous appelle mes amis’ de Timothy Radcliffe.» (apic/amc)

20 janvier 2012 | 11:19
par webmaster@kath.ch
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