France: Les évêques se forment au dialogue interreligieux

La moitié de l’épiscopat français a assisté à une session doctrinale de formation sur le dialogue interreligieux

Lyon, 17 février 2011 (Apic) Cinquante évêques français ont participé à la cession annuelle de formation de la Conférence des évêques de France (CEF) sur le dialogue interreligieux, dont le thème était: «Foi chrétienne en Dieu et dialogue interreligieux». Elle a eu lieu au Domaine Lyon – Saint-Joseph, à Lyon, du 14 au 16 février 2011, a rapporté le quotidien français «La Croix».

La moitié de l’épiscopat français, soit 50 évêques, ont repris le chemin de l’école, pour «prendre du recul» sur le dialogue interreligieux. Cela s’est fait dans la bonne humeur: «Nous sommes heureux de nous retrouver, gratuitement, sans texte à voter, sans décision à prendre», a déclaré Mgr Pierre-Marie Carré, président de la Commission doctrinale de la conférence épiscopale. Les évêques ont souhaité aborder «un sujet neuf par rapport à la formation qu’ils ont reçue, tant le contexte a changé», afin d’être au plus prêt de la réalité, parfois difficile à gérer.

Perplexité des fidèles

La session comprenait une partie théorique, avec des exposés sur des questions théologiques posées par le dialogue avec les autres religions. Le Père Michel Fédou, professeur de patristique et de théologie dogmatique au Centre Sèvres, a comparé la situation actuelle à celle des Pères de l’Église. A leur époque, «il a fallu penser le christianisme dans des cultures nouvelles».

Nombre d’évêques partagent la perplexité de beaucoup de catholiques face à cette question, a analysé le Père Jean-Marc Aveline, vicaire général du diocèse de Marseille et directeur de l’Institut catholique de la Méditerranée. «Ils affichent leur volonté de comprendre ce qui fonde l’engagement de l’Église dans le dialogue interreligieux, pour s’appuyer dessus» lorsqu’ils sont interpellés dans leur charge. Le théologien a posé le décor. D’une part, «Les évêques sont de plus en plus souvent sollicités par les pouvoirs publics sur des questions relevant de la paix sociale. Dans le même temps, ils sentent à l’intérieur du peuple chrétien des interrogations profondes, dont ils ne peuvent pas ne pas tenir compte».

80% de musulmans dans des établissements catholiques

Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, s’est interrogé sur la manière d’annoncer l’Evangile? Comment accueillir les fêtes musulmanes? Que peut-on accepter?, alors que l’on est confronté à la présence importante d’élèves de confession musulmane dans les établissements scolaires catholiques. «Jusqu’à 80 % dans certaines écoles implantées dans les quartiers populaires», a-t-il précisé. Il a également invité à ne pas fuir ces questions. Son appel a été entendu, puisqu’elles ont été abordées, lors d’un dialogue avec Azzedine Gaci, président du Conseil régional du culte musulman.

Ces enjeux se posent aux diocèses urbains, où les relations avec la communauté musulmane sont parfois conflictuelles. Notamment «en banlieue, avec l’influence croissante d’un islam de courant salafiste», a relevé Mgr Michel Santier, évêque de Créteil en région parisienne et président du Conseil pour les relations interreligieuses. La conséquence est que les responsables musulmans engagés dans le dialogue prennent alors leurs distances. «Les plus jeunes doivent faire face à certaines provocations, qui les obligent à approfondir leur foi», a conclu l’évêque de Créteil.

Toutefois, dans les diocèses ruraux, les enjeux ne sont pas inexistants. Le dialogue interreligieux progresse, «jusque dans le bassin minier», a expliqué Mgr Benoît Rivière, évêque d’Autun.

Le dialogue interreligieux comme expérience spirituelle

Mgr Rivière s’est inquiété: «On me demanderait presque d’apprendre à résister contre l’islam. Tout cela ne trouve pas écho en moi». Au contraire, il a appelé à «une formation chrétienne plus profonde». Pour l’évêque d’Autun, le dialogue interreligieux est une expérience spirituelle, demandant «un approfondissement de notre propre relation au Christ».

Du côté des fidèles, il y a une attente face à la question de l’interreligieux: «On me demande de plus en plus souvent des formations, des conférences, des lieux de rencontre entre chrétiens et musulmans», a confié Mgr Rivière.

Mgr Michel Santier a rappelé que «Si nous voulons que le dialogue interreligieux porte ses fruits, il faut que les parties prenantes soient fortement enracinées dans leur foi».

Encadré

«Comment chrétiens et musulmans parlent-ils de Dieu?»

La Commission doctrinale des évêques de France avait publié, en 2008, une note intitulée: «Comment chrétiens et musulmans parlent-ils de Dieu ?». Ce texte faisait suite aux débats des évêques de France à Lourdes, en novembre 2007, sur le dossier «Catholiques et musulmans dans la France d’aujourd’hui». Il avait été demandé à la Commission doctrinale de faire une note sur les différences théologiques, dans l’approche du Dieu des chrétiens et des musulmans, pour aider les catholiques à répondre à cette affirmation souvent entendue: nous avons – ou pas – le même Dieu. Ce texte clarifiait la position de l’Église pour les fidèles et les pasteurs. Après avoir rappelé que christianisme et islam sont des religions monothéistes, il soulignait les différences dogmatiques qui peuvent être des oppositions radicales (la Trinité, l’Incarnation, la croix…), et en tirait les conséquences au point de vue pastoral. (apic/la croix/bt/ggc)

17 février 2011 | 10:50
par webmaster@kath.ch
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