Saint-Jorioz: Les agents pastoraux fribourgeois en session pastorale autour de la mort

La pastorale du deuil et des funérailles au cœur des préoccupations de l’Eglise

Saint-Jorioz/Annecy, 6 octobre 2011 (Apic) C’est sur le thème de la mort que plus d’une centaine de prêtres et agents pastoraux laïcs du canton de Fribourg ont vécu du 4 au 6 octobre 2011 leur traditionnelle session cantonale à Saint-Jorioz, à une dizaine de kilomètres d’Annecy, dans le département de Haute-Savoie, en France voisine.

Suite aux conférences de la conteuse Alix Noble Burnand (*) et du Dr. Thierry Collaud (**), médecin et éthicien à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg, différentes pistes ont été esquissées pour mieux vivre les expériences dans la pastorale du deuil et des funérailles.

En début de session, le vicaire épiscopal Marc Donzé a rappelé la difficulté que représente le thème de la mort. «C’est un sujet qui nous concerne tous, a-t-il dit, soit dans notre existence, soit dans notre vie professionnelle comme agent pastoral». Il a relevé qu’une telle session n’est pas seulement destinée à acquérir des connaissances mais aussi à vivre des partages «qui contribueront à nous faire grandir dans l’idée de faire Eglise, en accompagnant les défunts ainsi que les familles endeuillées».

Le choix de ce thème vient notamment du fait que la pastorale du deuil et des funérailles est depuis toujours au cœur des préoccupations de l’Eglise. Accompagner les morts vers leur dernière demeure constitue une bonne part de l’activité des agents pastoraux, souligne Marie-Dominique Minassian, responsable du dicastère Formation et ressources en pastorale (FRP), basé à Villars-sur-Glâne. Pour M.-D. Minassian, «dans une société qui a de plus en plus tendance à évacuer la douleur et la mort de son champ de vie et peut-être Dieu aussi…, nous ne devons pas renoncer à offrir humblement à nos contemporains la présence, les gestes et les paroles pour les aider à poursuivre le chemin en dépit de la perte de l’être cher. C’est un ministère d’espérance, et une diaconie importante, inspirés par le Christ, le Vivant».

Les représentations de la mort

La thématique de la mort n’est plus aujourd’hui l’apanage du religieux, annonce d’entrée la conteuse et thanatologue Alix Noble Burnand. Devant d’une part, les cas de suicides ou de décès de collègues dans les entreprises, la mort d’un élève suite à une maladie dans les écoles, ou la perte d’un membre d’une association, et d’autre part, le rapport distant que la société entretient avec la mort, la question du deuil devient un thème d’actualité. Un sujet sociétal, qui peut être source de confusion.

Avec beaucoup d’humour, Alix Noble Burnand est revenue sur l’évolution de la notion de mort dans l’histoire de l’homme. Pour la conférencière, l’homme est devenu humain le jour où il s’est doté de la réalité de la mort. En d’autres termes, il est devenu humain quand il a été capable de se reconnaître mortel et de se poser des questions sur l’existence: «A quoi sert la vie ? Quel est le sens de la vie, si elle doit s’arrêter d’une minute à l’autre ?»

Les réponses à ces grandes questions donneront une structure de sens à la vie. Ce qui sera à la base des croyances et des spiritualités des religions. Pour mieux comprendre cette idée, la thanatologue propose un arbre des représentations de la mort, à trois branches et à trois racines. Les trois branches sont composées de la croyance, du rituel et de l’imaginaire. Alors que la culture, la famille et l’individu constituent les racines. L’importance d’une de ces différentes parties influence considérablement le rapport de l’individu à la mort.

Dans le cas de la mort, les agents pastoraux interviennent auprès des endeuillés souvent au niveau de la branche «rituel», d’où l’importance de tenir compte de toutes les composantes de l’arbre. La thanatologue rappelle alors le soin à apporter au rituel en période de deuil, parce que «le rite a la fonction d’accompagner le défunt en lui permettant d’accéder à l’au-delà ou en faire un protecteur. Il accompagne les proches dans la maîtrise de la douleur, la structure des émotions et permet d’apaiser leur culpabilité. Enfin, le rite prend soin du corps social ou de la communauté. Il assure la continuité et fait trace de mémoire», explique la conteuse.

Aider les membres des familles à «récupérer leur mort»

Tout en soulignant les bienfaits des liturgies catholiques au moment du deuil, Alix Noble Burnand exhorte les agents pastoraux à aider les membres des familles à «récupérer leur mort» en personnalisant les chapelles mortuaires selon leurs goûts pour mieux vivre un rite qui leur fera sens. Il faut adapter les rites pour qu’ils conviennent aux endeuillés sans trahir la foi catholique et la culture. Elle propose aux agents pastoraux de faire une place importante au récit en demandant aux endeuillés de raconter, de prendre la plume et d’exprimer le «je» face au défunt; de rédiger une lettre au défunt, à lire soi-même ou par un proche. Associer les enfants dans la famille à ce processus en leur permettant, avec des précautions qui s’imposent, de vivre des rites par des dessins ou des textes à mettre dans le cercueil par exemple.

La démarche doit comprendre les différentes composantes d’un rituel à savoir: faire un groupe, avoir un lieu, être avec un officiant, prendre un temps, prendre un repas ensemble et écouter un récit. La thanatologue invite enfin l’agent pastoral en temps de deuil à prendre sa place de «sorcier», d’»officiant», c’est-à-dire celui qui donne le ton, qui conduit le groupe, quand les endeuillés sont perturbés et envahis par la douleur.

Une lecture biblico-théologique de la mort

Un autre temps fort de cette session fut l’intervention le 5 octobre du Dr. Thierry Collaud, du Département de théologie morale de l’Université de Fribourg. Il a proposé aux participants un apport biblico-théologique de la mort, ainsi que des clés de lecture des causes du suicide. Des histoires bibliques aux textes des Pères de l’Eglise, en passant par certains auteurs, Thierry Collaud a ressorti des ambiguïtés qui peuvent entourer la problématique de la mort et de la vie.

Mais l’intérêt d’aborder ce sujet de la mort est, selon l’éthicien, de pouvoir vivre une vie sans qu’elle soit gâchée par la mort. Eviter la tristesse de la finitude. Pouvoir vivre à côté du fini, comme l’écrit la jeune juive hollandaise Etty Hillesum, qui mourut à l’âge de 29 ans au camp de concentration nazi d’Auschwitz. Elle écrivait dans son journal le 3 juillet 1942: «…sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie, par peur de la mort et refus de l’accepter, c’est le meilleur moyen pour le plus grand nombre, parce qu’on en a peur et qu’on ne l’accepte pas, de ne garder qu’un pauvre petit bout de vie mutilée, méritant à peine le nom de vie. Cela peut paraître presque paradoxal: en excluant la mort de sa vie, on se prive d’une vie complète, et en l’y accueillant, on élargit et on enrichit sa vie».

La session s’est poursuivie le 6 octobre avec des discussions par UP (unité pastorale) et des pistes de concrétisation d’une pastorale de deuil qui accompagne le défunt et entoure les familles durant les funérailles.

(*) Son ouvrage «La Mort tout conte fait» sera disponible dès novembre 2011sur la boutique online de www.alixraconte.ch.

(**) Le Dr. Thierry Collaud a pratiqué la médecine générale sur le littoral neuchâtelois durant 20 ans. Depuis 2004, il est chargé de cours et collaborateur au Département de théologie morale de l’université de Fribourg. Il dirige le «Certificat de formation continue en éthique et spiritualité dans les soins», et président de la Commission de bioéthique de la Conférence de évêques suisses (CES) et est membre du comité de la Société Suisse de Gérontologie. (apic/elom/be)

6 octobre 2011 | 14:04
par webmaster@kath.ch
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