Donner un sens profond et une valeur réelle à l’expérience

La Pastorale du Monde du travail soucieuse de l’avenir professionnel des cinquantenaires

Déo Negamiyimana, pour l’Apic

Renens, le 21 février 2008 (Apic) Dans le cadre de la Pastorale du monde du travail, le Groupe oecuménique Solidarité face au travail et au chômage dans l’ouest lausannois a organisé, mercredi, une soirée de réflexions autour des personnes âgées de 50 ans et plus. Les participants ont désapprouvé l’attitude de nombreux employeurs qui véhiculent des préjugés sans fondement au sujet de cette tranche d’âge.

Trop vieux, dépassé, trop coûteux à 50 ans. ? Les clichés sont nombreux pour écarter les cinquantenaires de leur emploi. Christiane Gerber, animatrice en pastorale et conseillère en personnel n’en revient pas. A travers l’écoute des chômeurs et les lectures qu’elle fait au sujet de ceux qui sont concernés par le chômage, les statistiques font froid dans le dos : Si 85% des hommes âgés de 55 à 64 ans travaillaient en 1991, ils sont aujourd’hui évalués à 78%. Le chômage de longue durée est plus important à 50 ans et les entreprises suisses préfèrent pour 60 à 80% des postes, un personnel jeune.

Date «de péremption» à partir de 38 ans déjà

Si le Conseil fédéral a fixé l’âge de la retraite à 65 ans sans flexibilité pour les hommes, les entreprises l’estiment au contraire à 45 ans. Un paradoxe lourd de conséquences quand on s’imagine combien il peut être difficile de prendre sa préretraite 20 ans avant l’âge officiel. Mais le phénomène explose tellement que certains humoristes n’hésitent plus à parler de date de «péremption» calculée à partir de 45 ans et même dès 38 ans déjà dans des secteurs comme l’informatique et la communication.

Christiane Gerber estime qu’il faut combattre tous les clichés autour de ces «seniors précoces». Pour la conseillère en personnel, il suffit de d’un peu de discernement pour comprendre que les 50 ans et plus sont plutôt un plus pour les employeurs. «Dire qu’ils coûtent cher, souligne-t-elle, c’est oublier que le salaire se stabilise vers la cinquantaine puis diminue vers la soixantaine. Penser qu’ils ne sont pas assez rentables, c’est ignorer qu’ils sont plus efficaces et commettent moins d’erreurs. Au lieu de dire que leur potentiel est en baisse, il faudrait remarquer qu’il est supérieur à celui des moins de 30 ans suite notamment à un sens plus stratégique de l’agir et à l’important capital professionnel acquis au fil des années.»

Aux yeux de cette animatrice en pastorale, les 50 ans et plus constituent plus de bien que de mal. «Ils distinguent l’essentiel de l’accessoire. Ils sont plus habitués aux changements et aujourd’hui en meilleure santé plus que jamais, tandis que leur présence au sein d’une équipe plus jeune donne un effet apaisant», observe-t-elle.

Ces atouts professionnels sont bien reconnus dans les milieux associatifs qui s’occupent des chômeurs. Invitée pour témoigner de ce qu’elle vit au sein de l’association «Le Défi» qui s’occupe entre autres de l’aide à la réinsertion professionnelle, Marianne Jucker abonde dans le même sens. Elle fait en plus remarquer qu’en écoutant attentivement les «seniors», on se rend compte qu’ils sont pleins de ressources à revaloriser, ce que font rarement les conseillers ORP (Offices régionaux de placement), par manque de temps. Ancienne usagère de l’association «Le Défi», une Erythréenne, 58 ans, que les agences de placement voulaient placer en lingerie témoigne et apprécie cette approche à sa juste valeur. «J’étais hôtesse chez Ethiopian Airlines dans mon pays. Après être arrivée en Suisse, j’ai cherché désespérément à travailler dans mon domaine mais jusqu’à un certain moment, je n’ai pas réussi. Après avoir bénéficié de l’écoute et du soutien de Marianne Jucker, j’ai pu embrasser de nouveau ma carrière. Je pense que je n’y serais jamais arrivée si je m’étais confiée aux seules agences temporaires et ORP. Par le simple fait de ma couleur de peau, ils me disaient qu’il n’y avait aucune place disponible dans la lingerie alors que je ne m’étais même pas encore exprimée sur mes aptitudes professionnelles.»

Pas que de l’emploi

Du côté de l’association «avec les 50 ans et plus», l’objectif primordial est de désormais permettre une meilleure promotion des Suisses de plus de 50 ans et des résidents étrangers établis depuis plus de 10 ans dans le pays. D’après Marcel-Raymond Vonnez, 78 ans et membre de l’association, les employeurs doivent comprendre que les «seniors» ont acquis des valeurs indispensables à la bonne marche de nombreuses entreprises. En attendant, le conseiller en relation humaines demande aux chômeurs d’être créatifs et de considérer qu’ils ne demandent pas seulement de l’emploi mais qu’ils offrent surtout des services. Cet appel a été bien accueilli par une participante de 55 ans qui, suite à un plan social initié par son employeur qui est une grande entreprise fédérale, s’est vue confiée des tâches surhumaines. «J’ai préféré, a-t-elle confié, réduire mon taux d’occupation et suivre parallèlement une formation plutôt que de travailler avec des horaires horribles et un rythme imposé et inadapté à mes capacités physiques. Je me prépare à aller voir ailleurs.»

La PMT ?

La Pastorale Monde du Travail fonctionne sous l’égide du mandat de l’Eglise catholique de Suisse romande. Ses activités s’élaborent et se constituent à partir de la rencontre avec les personnes concernées par les réalités du travail et du non-travail. Sa mission particulière est d’être présente dans les réalités de vie rencontrées dans l’objectif de se rendre proche, d’aller vers les travailleurs et les chômeurs pour leur offrir un espace de parole libérateur.

Si la PMT ne peut se contenter de dénoncer les injustices du monde du travail, elle se dit déterminée à rendre compte dans la société et dans l’Eglise de ce que vivent les travailleurs. Avec eux et en leur nom, la PMT est responsable d’informer de la dégradation des conditions de travail en vue de sensibiliser l’opinion publique à cette problématique. (apic/dng/pr)

21 février 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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