Liban: Après l’attentat de Beyrouth, des groupes armés sèment la terreur à Tripoli
La peur des salafistes
Tripoli (Liban), 22 octobre 2012 (Apic) Les intimidations armées et les menaces se multiplient à Tripoli, dans le nord du Liban. Elles font Suite à l’attentat meurtrier du 19 octobre 2012 dans un quartier chrétien de Beyrouth, qui a coûté la vie au chef des services de renseignements des Forces de sécurité intérieures libanaises, le général Wissam al-Hassan . Les témoignages d’habitants recueillis le 22 octobre 2012 par le quotidien libanais «L’Orient Le Jour» reflètent surtout une crainte des salafistes, des fondamentalistes musulmans en pleine progression au Moyen-Orient.
Il est 21 h quand Muutaz entend des tirs alors qu’il se rend au café Ahwak, à Tripoli. Des hommes en treillis le dévisagent. L’un d’eux, armé jusqu’aux dents, lui reproche de ne pas pleurer la mort de Wissam el-Hassan. «Va pleurer sa mort au lieu de boire un café. On tire pour que vous fichiez le camp», explique l’homme.
Pour Sahar, propriétaire du café Ahwak, la multiplication des menaces n’est plus soutenable. «On avait mis une chaîne qui passait les infos quand tout à coup les tirs ont semé la panique. Encore ce matin, des voyous ont menacé de détruire mon café. On ne m’a pas demandé solennellement de fermer, on est entré chez moi et on a terrorisé tous mes clients», poursuit-elle.
Les salafistes, une menace aussi pour les musulmans modérés
Issa, 25 ans, a lui aussi été témoin d’une scène inédite. Des dizaines d’hommes armés, parmi lesquels des islamistes, ont cerné son immeuble, le soir de l’assassinat de Wissam el-Hassan. «On m’a demandé de lever les bras et de rentrer chez moi les mains en l’air», raconte-t-il.
Muutaz, quant à lui, prévoit de prendre ses distances avec la ville. «Ça fait un moment que je ne viens pas à Tripoli et le fait de vivre ce genre d’expériences me confirme que cette ville n’est plus pour moi. Ce ne sont pas seulement les chrétiens qui sont menacés, les salafistes sont aussi une menace pour les musulmans modérés», dit-il.
L’ombre de la Syrie
Ces heurts témoignent de la vive tension qui règne au Liban après l’assassinat du général al-Hassan.
A Beyrouth, les obsèques de Wissam al-Hassan se sont transformées le 21 octobre 2012 en une violente manifestation antisyrienne et antigouvernementale.
Les manifestants ont accusé Damas d’être responsable de l’assassinat du général al-Hassan. Les manifestants réclamaient aussi la démission du Premier ministre, Najib Mikati. Il est le chef d’un gouvernement libanais dominé par les partis prosyriens, dont le puissant Hezbollah chiite, qu’ils tiennent pour complice du meurtre. Wissam al-Hassan avait ouvertement défié le régime de Damas. Il avait arrêté en été 2012 un ex-ministre libanais prosyrien, Michel Samaha, soupçonné de préparer des attentats à la bombe au Liban pour le compte des services secrets syriens, indique le quotidien français, «Le Figaro».
Les rues de Beyrouth sont presque désertes. Les chars de l’armée sont déployés aux carrefours, et les axes principaux sont bloqués par des barrages. (apic/ag/rz)



