Sénégal: Coup d’envoi du 11e Forum social mondial (FSM) à Dakar

La plus grande manifestation sociale de la planète

Dakar, 7 février 2011 (Apic) Quelque 70’000 personnes, selon les estimations du ministre sénégalais de l’Intérieur, Ousmane Ngom, ont participé dimanche 6 février à Dakar à une marche pour marquer l’ouverture du 11e Forum social mondial (FSM) qui se tient dans la capitale sénégalaise jusqu’au 11 février. Les délégations sont composées essentiellement de membres d’organisations de la société civile, à savoir associations et mouvements de paysans, syndicats, ONG. Les travaux se sont ouverts lundi 7 février.

La première journée des travaux était consacrée à l’Afrique et à l’accaparement de terres africaines par des conglomérats étrangers, un processus qualifié de «néocolonialisme» spéculateur. Un demi-siècle après son accession à l’indépendance, l’Afrique attise en effet les appétits de nombreux groupes européens ou asiatiques, mais aussi d’Etats comme l’Arabie Saoudite, qui convoitent désormais ses terres arables. Selon la Banque mondiale (BM), entre août 2008 et octobre 2009, ce ne sont pas moins de 42 millions d’hectares qui ont été achetés dans les pays du sud.

De nombreux mouvements catholiques et humanitaires, tels qu’Oxfam, ATD Quart Monde ou l’ONG française CCFD-Terre Solidaire (Comité catholique contre la faim et pour le développement) sont aussi présents à cette manifestation planétaire.

Pour une société planétaire axée sur l’être humain

Les participants au FSM réclament plus de justice et d’équité sociales dans le monde, veulent bâtir une société planétaire axée sur l’être humain. Ils dénoncent la mondialisation et son cortège de pauvreté et de misère, le capitalisme sauvage, l’accaparement des terres de culture par les multinationales, tout en estimant, comme le veut son slogan, qu’»un autre monde est possible». Les militants veulent bâtir une société planétaire axée sur l’être humain.

Le FSM se voulait à l’origine comme un «contre-sommet» du Forum économique mondial de Davos (WEF), considéré comme le «sommet des riches». Il est organisé chaque année, depuis 2000, par des altermondialistes, opposés au néo-libéralisme et à la domination du monde par les forces du «grand capital» et toute forme d’»impérialisme». C’est un espace de rencontre ouvert, qui vise à approfondir la réflexion, le débat d’idées démocratiques, la formulation de propositions, l’échange en toute liberté d’expériences, et l’articulation, en vue d’actions efficaces.

Le président Bolivien Evo Morales prône la lutte électorale

Après une marche sur plus de deux kilomètres, l’immense foule a été rejointe, à l’entrée de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), par le président de la Bolivie, Evo Morales. Sur la tribune dressée dans l’enceinte de l’UCAD comme point d’arrivée de la marche, le chef de l’Etat bolivien a déclaré que cette forte mobilisation des forces sociales du monde entier, est un message «d’opposition à l’impérialisme nord-américain».

«Je suis agréablement surpris par cette forte mobilisation qui a caractérisé l’ouverture du Forum social mondial de Dakar», a-t-il notamment souligné, tout en appelant les pays du Sud, à «sécuriser» les services sociaux de base que sont l’eau, l’électricité, le téléphone, la santé, entre autres, qui «ne doivent plus être gérés par des privés».

«En Afrique, a-t-il dit, vous avez connu la domination, nous l’avons également vécue en Amérique latine. Mais c’est à travers le combat de résistants qui ont parfois donné leur vie que nous avons recouvré la liberté».

«L’Afrique ne doit plus être un champ de bataille pour les grandes puissances»

Selon le président Morales, il est certes utile de lutter contre «l’injustice», mais, il faudrait également penser à la prise du pouvoir. «C’est cela qui doit nous intéresser afin de pouvoir passer de la lutte sociale à la lutte électorale et pouvoir changer les choses», a-t-il indiqué. Pour le Tunisien Taoufikh Ben Abdalah, coordonnateur du Forum social africain, celui-ci se tient dans un contexte où le monde est «en train de changer avec l’agonie du système capitaliste… Il ne faut plus permettre à quiconque de nous diviser et de décider de notre avenir. Le Forum de Dakar doit contribuer à changer le monde», a-t-il lancé.

Pour ce militant, «l’Afrique ne doit plus être un champ de bataille pour les grandes puissances» et doit pouvoir élaborer ses propres stratégies de développement». Le 11e FSM a organisé quelque 200 manifestations parallèles, dont des conférences, des expositions, des séminaires, entre autres. Cette journée a également été marquée par la présence de l’ancien président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, qui participait en tant que syndicaliste il y a 11 ans au 1er FSM organisé à Porto Alegre, au sud du Brésil. (apic/ibc/be)

7 février 2011 | 16:11
par webmaster@kath.ch
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