Inde: Malgré l'opposition des habitants, la Cour suprême autorise l'implantation d'un complexe sidérurgique en Orissa

La politique d’industrialisation de New Delhi se heurte à l’incompréhension des autochtones

Orissa, 16 mai 2013 (Apic) La Cour Suprême indienne a donné son feu vert à l’entreprise sud-coréenne Pohang Iron and Steel Company, appelée aussi Posco, pour son projet d’implantation d’un gigantesque complexe sidérurgique dans l’Etat de l’Orissa, rapporte le 16 mai 2013 l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris, Eglises d’Asie. Lancé il y a huit ans, ce projet rencontre depuis le début l’opposition farouche des habitants auxquels se sont joints de nombreux militants de différents partis, des ONG de défense des droits de l’homme et de l’environnement ainsi que l’Eglise catholique.

Annulant les décisions de la Haute Cour de l’Orissa et du Tribunal environnemental qui avaient invalidé l’autorisation donnée par le gouvernement de l’Orissa à la Pohang Iron and Steel Company ( Posco), la Cour Suprême a jugé valide la licence accordée à l’entreprise sud-coréenne. Le gouvernement central indien à New Delhi doit toutefois encore donner sa validation définitive.

Depuis plus de huit ans, le projet, qui envisage d’utiliser 1080 hectares de terres collectives exploitées par cinq villages, est bloqué par les habitants. Ces derniers refusent une expropriation qui les priverait de tout moyen de subsistance. Par ailleurs, pour ces habitants, l’indemnisation est totalement insuffisante en raison de la qualification de la région en Zones économiques spéciales (SEZ).

En 2005, le géant sud-coréen, qui compte parmi les quatre plus grands producteurs d’acier du monde, avait signé un contrat avec l’Etat de l’Orissa (devant être validé définitivement par Delhi), pour installer dans le district de Jagatsinghpur un gigantesque complexe industriel, comprenant l’extraction du minerai de fer, des usines sidérurgiques et la construction d’un port. Ce projet colossal d’un montant de 12 milliards d’euros s’était heurté immédiatement à l’opposition des habitants de la région, en majorité des aborigènes, des dalits et des chrétiens vivant des ressources de la forêt, de la pisciculture et de l’agriculture.

La firme sud-coréenne avait vainement tenté de convaincre les villageois que le site assurerait le développement économique de la région, la création d’emplois, l’accès aux soins médicaux et la scolarité de leurs enfants. Les détracteurs du projet dénonçaient quant à eux un désastre écologique, la pollution irréversible de l’environnement ainsi que le non-respect des droits des autochtones.

Bras-de-fer

Suite aux protestations des «anti-Posco», la Haute Cour de l’Orissa a annulé en juillet 2010 la licence accordée par l’Etat, donnant raison aux écologistes et défenseurs des droits de l’homme. Mais en décembre 2011, les autorités de l’Orissa et l’entreprise sud-coréenne signaient un nouvel accord, déclenchant une série de protestations et de violents affrontements entre les manifestants et les ouvriers de Posco, faisant un mort et plusieurs blessés. Enfin, le 30 mars 2012, après une requête déposée par des militants écologistes, le «Tribunal Vert national», chargé de régler les différends environnementaux, a suspendu cette seconde licence accordée par l’Etat de l’Orissa à Posco.

La Cour Suprême, que le groupe sud-coréen a saisi en appel l’an dernier est donc le premier tribunal à statuer en faveur de l’implantation du site sidérurgique. Les dirigeants de l’entreprise sud-coréenne ont déclaré le 12 mai avoir 2013 bon espoir que Delhi valide rapidement l’accord définitif.

Alors que les confiscations de terres au profit des grandes entreprises et les manifestations contre différents projets industriels se multiplient à l’heure actuelle dans toute l’Inde, ” l’affaire Posco», ainsi que la tout aussi récente décision de la Cour Suprême d’autoriser la mise en fonctionnement d’une centrale nucléaire très controversée dans le Tamil Nadu , illustrent bien le nouveau virage pris par le gouvernement indien dans sa politique d’industrialisation à grande échelle. (apic/eda/cw)

16 mai 2013 | 11:26
par webmaster@kath.ch
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