La presse écrite, dont la peau, pour certains spécialistes de la communication, est déjà vendue à l’ogre Internet ou autres «nouveaux médias», se défend plutôt bien. «Gutenberg est en pleine forme», titre ainsi l’hebdomadaire catholique français «La Vie»
Un bon millier de journalistes catholiques, d’éditeurs, de chercheurs et d’enseignants en communication de près de 120 pays de tous les continents – la plus forte audience jamais atteinte pour un tel événement – planchent durant quatre jours sur le thème: «La presse écrite, un média pour demain – Vision chrétienne et pratique professionnelle». Si la presse catholique, comme en Suisse par exemple, s’est réduite à une peau de chagrin ces dernières années, ce n’est pas le cas en France, où la Fédération française de la presse catholique (FFPC) revendique – tous titres et toute périodicité confondus – quelque 156 millions d’exemplaires distribués chaque année.
Accueillant les congressistes de l’UCIP, Aimé Savard, président de la FFPC, a tout de même posé la question de l’avenir de la presse écrite à la veille du XXIème siècle. Pour affirmer d’emblée, à l’unisson du Congrès, que cette presse reste «un média pour demain» pour peu que la cote d’amour du public pour l’écrit (voir le dernier sondage CSA/La Vie, où la presse écrite, considérée largement comme «fiable», est pléébiscitée comme lieu d’approfondissement de l’information) se concrétise en abonnements et numéros vendus.
Car la presse catholique membre de la FFPC présente cette originalité: ne dépendant pas directement de l’épiscopat, elle est éditée par des sociétés commerciales privées appartenant à des laïcs ou à des congrégations religieuses. Elle doit donc s’affirmer sur le marché et, au-delà du public des paroisses et des organisations catholiques, rejoindre ceux qui sont plus ou moins éloignés de l’institution ecclésiale.
Vibrant plaidoyer de Catherine Trautmann
Invitée de marque pour l’ouverture du Congrès, la ministre française de la Culture et de la Communication Catherine Trautmann, a fait un vibrant plaidoyer pour la presse écrite et expliqué les mesures mises en oeuvre depuis longtemps par l’Etat – effort budgétaire et fiscal – pour consolider les bases de son développement. Le gouvernement socialiste va mettre sur pied ces prochaines semaines un Fonds de modernisation de la presse quotidienne pour accopagner la modernisation nécessaire des entreprises de presse.
«Par sa capacité à traiter en profondeur l’actualité politique et générale, à conjuguer exposés factuels et articles d’analyse, enquêtes et points de vue d’experts, la presse d’information générale paraît bien armée pour répondre à la quête de sens ressentie par nos contemporains», a souligné la ministre française, elle-même petite-fille de pasteur et titulaire d’une maîtrise de théologie protestante.
Ne pas voir Internet seulement comme une menace
Pour Catherine Trautmann, Internet n’est pas seulement une menace ou une concurrence pour la presse écrite, mais peut représenter aussi une possibilité de valoriser la richesse des fonds éditoriaux développés par la presse écrite. Internet favorise également une approche spécialisée particulièrement adaptée à la culture de la communication «jeune» en vigueur sur Internet. Pour la ministre française de la communication et de la culture, la «valeur ajoutée» de la presse écrite ne pourra pas être évincée par l’audiovisuel, qui joue sur d’autres registres que l’écrit. Et de noter que la transcription des textes prononcés au cours d’un journal télévisé couvre à peine l’espace d’une page de quotidien… La compréhension des phénomènes complexes ne pourra donc jamais faire l’impasse sur l’écrit.
L’être humain, patrimoine unique de l’humanité
Dans son allocution de bienvenue, le directeur général de l’UNESCO Federico Mayor a rappelé que la mission qu’a reçue son organisation au lendemain de la guerre, comme branche intellectuelle des Nations Unies, a été de construire la paix par l’éducation, la science et la culture. «Il faut bâtir la paix là où commence la guerre: dans l’esprit des gens, vaincre la force brute par la force de la parole»; a-t-il lancé à l’adresse des journalistes catholiques.
Dans son plaidoyer pour la libre circulation de l’information, la démocratie et les droits de l’homme, Federico Mayor a rappelé que les plus beaux monuments de pierre dont l’UNESCO a la garde – d’Abou Simbel à Borobudur en passant par le Macchu Pichu – et qui font partie du patrimoine de l’humanité, ne seront jamais plus importants à ses yeux que «ces monuments uniques que sont les êtres humains». Si la seule globalisation réelle, c’est la globalisation de la pauvreté, de la marginalisation et de l’exclusion, si nous ne sommes pas capables de réorienter les tendances de notre monde, «la guerre va à nouveau frapper à notre porte!» Et le directeur général de l’UNESCO de demander aux journalistes catholiques de contribuer à développer une culture de paix, de tolérance et de non-violence. La liberté d’expression, sans laquelle il ne peut y avoir de justice durable, est l’un des grands piliers de ce projet. Federico Mayor a encore demandé aux journalistes catholiques membres de l’UCIP de se faire là où c’est nécessaire «la voix de ceux qui n’ont pas de voix.» (apic/be)



