Rome: Les ’Vatileaks’ s’invitent aux réunions de pré-conclave
La presse spécule à cœur joie
Rome, 7 mars 2013 (Apic) Certains cardinaux souhaitent comprendre les tenants et les aboutissants du scandale des ’Vatileaks’, les fuites de documents confidentiels qui ont secoué la curie romaine il y a un an. Selon l’agence I.MEDIA, le président de la commission d’enquête mandatée par Benoît XVI, le cardinal Juliàn Herranz, a été interpellé par ses pairs sur le sujet lors des réunions de pré-conclave. La presse italienne fait écho de tensions internes au sacré collège en rapport au contenu du rapport d’enquête.
Peu avant la fin annoncée de son pontificat, Benoît XVI avait reçu une dernière fois en audience les trois cardinaux de la commission chargée d’enquêter sur les ’Vatileaks’. Il leur avait demandé de transmettre leur épais rapport à son successeur, sans le rendre public.
Mais les résultats des recherches et des dizaines d’interviews menées par ceux que la presse italienne a baptisé les «cardinaux détectives» pèsent sur la préparation du conclave. Les cardinaux n’appartenant pas à la curie veulent comprendre ce qui a provoqué la mise en lumière de tels dysfonctionnements au cœur du Saint-Siège et jusque dans les appartements pontificaux. Ils demandent davantage de temps et de réflexion avant d’entrer en conclave. De leur côté, les cardinaux de la curie, le camerlingue Tarcisio Bertone en tête, ne semblent pas désirer une telle attention sur le fameux rapport et voudraient voir s’accélérer le processus de l’élection.
Au premier jour des congrégations générales, le cardinal Herranz a été, selon certaines indiscrétions, interrogé sur son travail par les cardinaux Kasper, Schönborn et Erdö. Mgr Herranz aurait donné une réponse très générale.
Rapports avec la presse
Si aucune annonce publique n’a eu lieu, il semble que l’ancien secrétaire d’Etat de Benoît XVI, le cardinal Bertone et le doyen du sacré collège, le cardinal Angelo Sodano, aient demandé à leurs pairs, dans la matinée du 6 mars, de garder le silence face à la presse, au-delà de leur serment de réserve sur les éléments attenants directement à l’élection du souverain pontife. L’exemple le plus frappant est l’annulation au dernier moment, le jour même, du point presse quotidien des cardinaux américains. «Sacré bâillon» titrait le le quotidien italien «La Repubblica». A ceux qui avaient choisi d’établir un rapport direct et transparent avec la presse s’opposent ceux qui préfèrent transmettre leurs messages dans les journaux italiens, de façon plus ou moins anonyme, en parlant avec tel ou tel journaliste de la péninsule.
Le retour des ’corbeaux’
La presse italienne fait état d’une «pression maximale» dans la Salle du synode. A grand renfort de titres et expressions à sensation, les ’corbeaux’, protagonistes dans l’affaire des ’Vatileaks’, refont leur apparition.
Dans une interview anonyme publiée sur «La Reppublica», un ’corbeau’, qui semble être un prélat de curie, assure que de nombreuses «vérités» doivent encore être dévoilées. Il prétend que la renonciation de Benoît XVI constitue un «défi» au gouvernement de l’Eglise, pour qu’il mène à bien «ce que lui n’a pas réussi» à obtenir : «une Eglise libre, forte et transparente». Le ’corbeau’ assure cependant que le pape n’a pas démissionné à cause des ’Vatileaks’, ni en raison de pressions.
Se présentant comme un complice de Paolo Gabriele, l’ancien majordome du pape, condamné pour avoir transmis à l’extérieur du Vatican des centaines de documents confidentiels, l’informateur dénonce les cardinaux de la curie qui cherchent à atténuer l’importance du rapport de la commission. Il les accuse d’avoir lancé une véritable «chasse aux sorcières».
Le quotidien de Turin, «La Stampa», n’est pas en reste. Dans son édition du 7 mars, le journal a révélé que pendant la congrégation générale du 6 mars, un cardinal aurait pris la parole pour évoquer l’affaire des ’Vatileaks’ et demander des informations sur deux laïcs dont les noms figureraient dans le dossier élaboré par les trois «cardinaux détectives» de Benoît XVI. Mais un communiqué du camerlingue Tarcisio Bertone et du doyen du sacré collège, Angelo Sodano, aurait invité les participants à la congrégation à ne pas donner de noms en cas d’incertitude. Cela afin d’éviter de créer un climat de soupçons et de haine, affirme le vaticaniste Andrea Tornielli.
Quelques jours auparavant, l’un des vaticanistes les plus en vue, l’Italien Sandro Magister, a écrit que jamais un pré-conclave n’avait été plus «vulnérable» aux pressions internes et externes. «Le quatrième pouvoir, celui des médias, n’accorde aucune trêve aux cardinaux appelés au conclave». Dans un univers fortement marqué par la culture du secret, les spéculations sur des dossiers troubles abondent, assure le vaticaniste. (apic/imedia/mm/rz)



