Birmanie: L’Eglise catholique réfléchit sur les difficultés rencontrées dans la formation de séminaristes
La prêtrise vue comme un moyen de promotion sociale
Mandalay, 25 janvier 2011 (Apic) A l’occasion de la célébration des 25 ans de la fondation du séminaire catholique Saint-Thomas à Mandalay, au centre de la Birmanie (Myanmar), son recteur, le Père Dominic Jyo Du, a exprimé publiquement ses inquiétudes concernant la formation des futurs prêtres. Selon lui, le principal défi auquel est confronté le séminaire n’est pas le financement, mais plutôt la faible réceptivité des étudiants à l’enseignement qui leur est proposé, ainsi que leur manque de maturité et de sens des responsabilités, rapporte Eglises d’Asie (EDA), l’agence des Missions étrangères de Paris (MEP).
«Nous ne pouvons attendre de nos jeunes séminaristes qu’ils deviennent tous prêtres, mais nous voulons au moins qu’ils deviennent de bons chrétiens», confié le Père Dominic Jyo Du à l’agence Ucanews. Joseph Ahkee, un laïc qui enseigne le latin dans l’établissement depuis sa création, partage l’avis du recteur. Il y a 20 ans, constate-t-il, les séminaristes avaient une maturité et un enthousiasme pour l’instruction que n’ont plus les étudiants des dernières promotions. Aujourd’hui, ils manquent souvent de certaines qualités morales, du sens de l’engagement, de maturité en général et même d’aptitudes à l’étude, poursuit-il, ajoutant que la formation spirituelle est à la base de tout: «Si les séminaristes se développent spirituellement, leur formation morale et intellectuelle en fait autant».
Formation «inadaptée»
Un constat sévère, mais qui n’est pas nouveau. Déjà en 2003, les responsables de tous les séminaires du pays avaient été convoqués à Rangoun, à l’initiative de la Conférence épiscopale de Birmanie, afin de réfléchir aux problèmes de la formation à la prêtrise dans leurs établissements, formation jugée «inadaptée», aussi bien sur le plan académique, que personnel ou spirituel. Les mêmes difficultés étaient déjà pointées du doigt: le «manque de responsabilisation» des étudiants en vue de leur future activité de prêtre, le manque de relation entre «ce qui était prêché et ce qui était pratiqué», le peu de temps consacré à la prière et à l’apprentissage de la vie communautaire, ainsi que la mauvaise assimilation des bases académiques, les étudiants étant habitués à apprendre par coeur sans assimiler ni parfois comprendre les concepts enseignés.
Conscients que l’accès à la prêtrise est encore considéré dans de nombreuses familles du pays comme un moyen de promotion sociale, les formateurs avaient alors souligné la nécessité de permettre un véritable discernement sur le sens profond de la vie sacerdotale.
91 prêtres sur 655 séminaristes!
Depuis sa création il y a 25 ans, le séminaire Saint-Thomas a formé 655 séminaristes, dont 91 sont devenus prêtres et quatre devenus diacres. Cette année, l’établissement accueille 57 jeunes, qui suivent parallèlement un programme universitaire par correspondance (1). Le Père Tin Htun, prédécesseur de l’actuel recteur du séminaire, rapporte que le fait qu’un nombre important d’ex-séminaristes n’ait pas accédé à la prêtrise, a nécessité une réflexion au sein de l’Eglise et l’élaboration d’un programme d’accompagnement. «Pour ces anciens séminaristes qui ne deviendront pas prêtres, il y a l’espoir qu’ils puissent servir l’Eglise à leur manière». Dans l’archidiocèse de Mandalay, comme dans d’autres diocèses de Birmanie, des sessions et des rencontres pour ex-séminaristes ont ainsi été créées, ainsi que des associations «d’anciens du séminaire».
En 2007, l’Association des «anciens séminaristes de Mandalay» a été fondée, à l’incitation de leur archevêque, Mgr Zinghtung Grawng. Le prélat est très au fait de la situation de la formation au sacerdoce, en tant que responsable du séminaire national de Birmanie. Avec aujourd’hui plus d’une centaine de membres à son actif, le groupe fournit un contingent important de «volontaires» pour assurer divers services dans l’Eglise, qu’il s’agisse d’opérations humanitaires lors de catastrophes naturelles ou d’aide dans les paroisses (préparations liturgiques, formation des fidèles, etc).
Membre de l’Association, James Bo Khin, 34 ans, a expliqué à Ucanews qu’il n’a finalement pas été choisi par Dieu pour devenir prêtre mais, vu que le diocèse s’est occupé de lui au séminaire pendant 10 ans, il voulait se mettre au service de l’Eglise en tant qu’ex-séminariste.
Selon les statistiques des Eglises locales, les chrétiens de Birmanie représentent aujourd’hui un peu plus de 4 % (dont un quart de catholiques) d’une population bouddhiste à 89 %. Les catholiques se répartissent au sein de 13 diocèses et de trois archidiocèses.
Notes
(1) Il y a actuellement en Birmanie une vingtaine de petits séminaires (établissement supérieur ou pré-universitaire), parmi lesquels on compte des «séminaires intermédiaires» (comme celui de St Thomas qui possède le statut de «pre-major» ou «intermediate».) L’âge minimum requis est de 18 ans, ainsi qu’un niveau d’études équivalent à la fin du secondaire (le petit séminaire permettant souvent à l’étudiant de rattraper les bases «mal acquises» dans le système scolaire étatique). Le grand séminaire est quant à lui partagé en trois établissements: à Pyn Oo Lwin pour les années de philosophie, à Rangoun pour la théologie et enfin à Taunggyi pour la dernière année dite de «spiritualité». (apic/eda/nd)



