Rome: Un vieux contentieux immobilier sème le trouble entre Zagreb et le Vatican

La question ecclésiale est passée sur le terrain de la politique

Rome, 2 août 2011 (Apic) Le Vatican regrette l’instrumentalisation politique du contentieux immobilier entre le diocèse croate de Porec et Pula et les bénédictins de Praglia (Italie). L’affaire, révélée ces derniers jours dans la presse croate, vise «exclusivement à rétablir la justice au sein de l’Eglise» et il s’agit là d’une question «purement ecclésiale», a-t-il fait savoir dans un communiqué publié le 2 août.

Le 6 juillet, le pape a suspendu l’évêque de Porec et Pula, Mgr Ivan Milovan, le temps qu’un émissaire du Vatican signe l’accord de dédommagement réglant un vieux contentieux opposant le diocèse croate aux bénédictins de Praglia. Les deux parties se disputent les droits de propriété d’un ancien monastère, à Dajla, en Istrie (Nord-Ouest), dans un ex-territoire italien. «Une question proprement ecclésiale, dont nous regrettons l’instrumentalisation politique et démagogique, comme si l’on souhaitait nuire à la Croatie. Au contraire, cette question vise exclusivement à rétablir la justice au sein de l’Eglise, de plus avec un remboursement seulement partiel», a souligné le Saint-Siège dans un communiqué.

30 millions d’euros pour les bénédictins

Les bénédictins de l’abbaye de Praglia espèrent depuis des dizaines d’années obtenir un dédommagement quant au monastère qu’ils ont fondé au XVIIIe siècle. Un temps confisqué par le régime de Tito (1892-1980), à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’édifice a été restitué au diocèse de Porec et Pula.

La requête des bénédictins a été rejetée une première fois par les autorités croates, car sur la base du Traité d’Osimo, signé en 1975 entre Rome et Belgrade, l’abbaye de Praglia avait été déjà dédommagée à hauteur de 1,7 milliard de lires (878’000 euros environ) par l’Etat italien. En 2006, les bénédictins italiens ont aussi demandé 30 millions d’euros au diocèse de Porec et Pula.

En novembre 2008, une commission a été créée par le pape afin d’éviter un procès. Des négociations, auxquelles participaient le cardinal italien Attilio Nicora, alors président de l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA), et l’archevêque de Zagreb, le cardinal Josip Bozanic, ont eu lieu. Le Saint-Siège déplore aujourd’hui que le diocèse de Porec et Pula ait à ce moment-là tenté «certaines actions unilatérales».

La commission a finalement tranché en décembre 2010 en faveur des bénédictins. Le diocèse croate et la paroisse de Dajla ont été sommés de verser 6 millions d’euros à l’abbaye de Praglia et de restituer les biens restants, ou alors de leur allouer un montant total de quelque 30 millions d’euros. Une somme «purement forfaire», affirme aujourd’hui le Saint-Siège, qui juge que la valeur des biens récupérés par le diocèse est de loin supérieure. L’Eglise locale a en effet vendu des terrains en bord de mer, pour la construction de terrains de golf et d’hôtels.

Vent de contestation

Après le refus de Mgr Ivan Milovan de signer cet accord, Benoît XVI a eu recours à la nomination ad actum d’un commissaire, l’Espagnol Mgr Santos Abril y Castello, vice-camerlingue et ancien nonce dans les Balkans. Une méthode assez inhabituelle, pour mettre fin au contentieux et obtenir la signature manquante.

A Zagreb, et plus particulièrement en Istrie, la manière de faire de Rome a provoqué l’ire de responsables politiques, qui lui ont reproché d’outrepasser les traités internationaux – en particulier le Traité d’Osimo, qui définissait les frontières de la Yougoslavie -, mais aussi de menacer le diocèse croate de banqueroute. Le cardinal secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone a été particulièrement montré du doigt par certains responsables ecclésiaux croates.

Dans son communiqué du 2 août, le Saint-Siège regrette ce vent de contestation. Il précise que démarche papale était basée sur des critères «d’équité et de justice». Selon l’agence I.MEDIA, l’ambassadeur de Croatie auprès du Saint-Siège, Filip Vucak, est rentré précipitamment de vacances. Il devait être reçu par des responsables de la Secrétairerie d’Etat, à Rome, le 2 août en milieu de journée.

A Zagreb, le nonce apostolique a été convoqué le 1er août, au ministère des Affaires étrangères. Lors d’une rencontre avec Mgr Milovan, le premier ministre Jadranka Kosor lui a assuré qu’elle écrirait au pape et au secrétaire d’Etat du Saint-Siège. (apic/imedia/ami/nd)

2 août 2011 | 15:09
par webmaster@kath.ch
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