Honduras: Un collaborateur de Radio Progreso assassiné après avoir reçu des menaces

La radio des jésuites est constamment menacée

El Progreso, 15 avril 2014 (Apic) Carlos Mejia Orellana, responsable du marketing de Radio Progreso – la radio de la communauté jésuite au Honduras – a été assassiné à son domicile, dans la ville d’El Progreso, près de San Pedro Sula, au nord de ce pays d’Amérique centrale. Selon l’organisation de défense de la liberté de la presse «Reporters Sans Frontières» (RSF), cet employé de Radio Progreso depuis treize ans a succombé à plusieurs coups de couteau dans la poitrine le 11 avril 2014.

Agé de 35 ans, Carlos Mejia Orellana aurait dû pourtant bénéficier de mesures de protection de la part de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). Il était également membre de l’Equipe de Réflexion, de Recherche et de Communication (ERIC-SJ), sous l’égide de l’Apostolat Social d’Amérique Centrale de la Compagnie de Jésus.

Irina Bokova, directrice générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), a dénoncé le 15 avril 2014 l’assassinat Carlos Mejia Orellana. «Il est essentiel que ce crime donne lieu à une enquête approfondie, de même qu’il convient de faire le maximum pour mettre un terme à la violence et à l’intimidation contre les journalistes au Honduras», a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse.

Carlos Mejia Orellana avait demandé des mesures de protection suite à des menaces de mort. Selon le directeur de la radio, le Père jésuite Ismael Moreno, une quinzaine de ses employés en ont également reçues. «Tout journaliste ou employé des médias qui se sent menacé doit pouvoir compter sur une protection efficace lorsqu’il en fait expressément la demande», a souligné la directrice générale de UNESCO. Carlos Mejia Orellana est le quatrième journaliste ou employé de médias assassiné au Honduras depuis le début de l’année 2013.

Dans le collimateur des militaires honduriens

RSF rappelle que Radio Progreso avait fait partie des premières victimes de raids de l’armée hondurienne à la suite du coup d’Etat du 28 juin 2009, pour s’être élevé contre le putsch militaire. Quelques heures seulement après l’expulsion du pays du président élu Manuel Zelaya, vingt-cinq militaires avaient fait irruption dans les locaux de Radio Progreso pour empêcher toute diffusion d’information relative à l’interruption du processus démocratique.

La CIDH avait déjà appelé le gouvernement hondurien à octroyer des mesures de protection à Carlos Mejia Orellana en 2009, 2010 et 2011. Le Père Moreno accuse les autorités d’avoir «ignoré ces demandes et les menaces dont il faisait l’objet, alors que sa vie de était de toute évidence en jeu».

Les acteurs de l’information au Honduras sont menacés

Selon RSF, l’enquête en cours n’a pas encore pu établir le mobile de l’assassinat. La police émet d’ores et déjà l’hypothèse d’un crime passionnel, mais RSF demande à ce que le lien avec la profession ne soit pas écarté d’emblée, rappelant qu’il est de la responsabilité des autorités de prendre de toute urgence les mesures adaptées «pour briser ce cycle de violences qui touche les acteurs de l’information honduriens». Elles auraient dû prendre en compte les multiples avertissements de la CIDH quant au danger qui pesait sur Carlos Mejia Orellana. «Un mécanisme de protection efficace doit absolument être mis en place et appliqué à tous les journalistes et collaborateurs des médias à risques qui en font la demande».

Le Honduras, 129 ème sur 180 pays dans l’édition 2014 du Classement mondial de la liberté de la presse de RSF, est l’un des pays les plus dangereux de la région pour la profession. Les menaces de mort sont souvent suivies d’exécutions et l’impunité règne. (apic/radprogreso/rsf/unesco/be)

15 avril 2014 | 17:18
par webmaster@kath.ch
Partagez!