La réconciliation des chrétiens n’est «pas en panne»

Fribourg: Le dominicain René Beaupère appelle à garder confiance dans l’œcuménisme

Fribourg, 7 mars 2013 (Apic) «Je me refuse à dire que l’œcuménisme est en panne. ’Globalement’ ce n’est pas vrai», a lancé le Père René Beaupère, figure majeure du mouvement de réconciliation entre chrétiens. Invité le 6 mars 2013, au Centre spirituel Ste-Ursule, à Fribourg, le dominicain lyonnais âgé de 88 ans a répété sa confiance dans le dialogue oecuménique. Le combat de sa vie, émaillé de très nombreuses initiatives de rapprochement avec les frères orthodoxes et protestants, est exposé dans son livre «Nous avons cheminé ensemble», paru en 2012.

«S’il-vous-plaît, dessinez-moi l’œcuménisme», demande l’une des participante à la conférence du Père René. Cet admirateur d’Antoine de Saint-Exupéry, comme lui lyonnais de naissance, dresse alors un portrait plutôt encourageant du dialogue inter-chrétien, tel qu’il est actuellement. Pour lui, il s’agit d’avoir une «image globale», de la situation. Il ne faut pas se focaliser sur les relations entre les instances supérieures des Eglises. Celles-ci peuvent parfois être décevantes, admet-il. Le Père René préfère voir toutes les micro-initiatives de dialogue et de rencontres entre chrétiens qui surgissent, de manière parfois très discrètes, dans le monde entier. «L’œcuménisme fleurit parfois dans des lieux où on ne l’attend pas», précise le dominicain.

«Oecuméniser» tous les aspects de sa vie

Pour lui, le rapprochement entre chrétiens n’est pas seulement l’affaire des grands pontes. Tout chrétien devrait «oecuméniser tous les aspects de sa vie». Il appelle les chrétiens à ne pas faire de cette démarche de réconciliation «un domaine à part» de leur existence. Cette dimension serait ainsi «indispensable dans la vie des fidèles et des Eglises». Même s’il affirme que dans ce domaine, des progrès considérables ont été réalisés depuis les années 1960, il admet qu’il y a encore «un bon bout de chemin à faire».

Des textes œcuméniques «plus clairs»

Le combattant de l’œcuménisme se dit «émerveillé» par le nombre de textes d’accord, de convergence, de rapprochement publiés par les Eglises au cours des dernières décennies. Il regrette cependant que, à quelques exceptions près, ils n’aient pas été officialisés par les instances supérieures. «A ce niveau précis, on piétine «, déplore-t-il. Ces bonnes intentions n’ont pas été réellement concrétisées. Si cette convergence a «un petit peu passé» sur le plan liturgique, il constate qu’elle n’a pas atteint la catéchèse.

Pour le dominicain, la faute en revient principalement aux théologiens qui rédigent ses textes. Principalement parce que leur phrasé est la plupart du temps peu compréhensible par le commun des mortels. Il faudrait selon lui plus de pédagogues parmi ces théologiens, de gens qui s’expriment «clairement et distinctement». Le message œcuménique passerait mieux auprès de la base des fidèles.

Une vie au service de l’oecuménisme

Né à Lyon en 1925, Maurice René Beaupère, a expliqué être tombé «tout petit dans la marmite œcuménique». C’est en effet dès l’âge de 14 ans qu’il est initié, par un de ses professeurs du collège de chartreux de Lyon où il étudie, aux mystères de l’orthodoxie. C’est à l’Université qu’il découvre le protestantisme, notamment à travers la personne du pasteur luthérien Albert Greiner.

Lors de ses études à l’Ecole Biblique de Jérusalem, le jeune dominicain va prier aux vêpres chez les moniales orthodoxes russes du Mont des Oliviers. Il apprend également «tout de la liturgie orientale» au contact d’un jeune prêtre catholique melkite.

Le Père René a été un précurseur central du mouvement œcuménique. En 1937, près de 25 ans avant le Concile Vatican II, il a été parmi les créateurs du «groupe des Dombes», une plateforme de réflexion de théologiens catholiques et protestants, qui sera un important outil du rapprochement entre les deux confessions. Ses travaux inspireront notamment le concile Vatican II et le Conseil œcuménique des Eglises (COE).

En 1953, le dominicain crée le «Centre Saint-Irénée», à Lyon. Il y organise entre autres des Pèlerinages œcuméniques, afin de faire découvrir à des chrétiens francophones catholiques, protestants et orthodoxes les lieux saints. Dans ce cadre, il fonde aussi les «foyers mixtes», où des couples issus de diverses confessions chrétiennes se rencontrent et sont encouragés à «garder la richesse de leurs propres racines».

Lors de la conférence, Le Père René a également redit l’immense apport et inspiration tiré de ses rencontres avec la communauté de Taizé et ses responsables, notamment Frère Roger et Frère Aloïs. (apic/rz)

7 mars 2013 | 10:29
par webmaster@kath.ch
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